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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101794

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101794

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (5)
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 mars 2021 et 22 décembre 2021 sous le n° 2101794, M. C A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a rejeté son recours administratif dirigé contre la décision du 13 octobre 2020 lui supprimant le bénéfice de l'allocation de logement sociale à compter du 1er novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission de recours amiable ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les articles L. 841-1 et suivants et R. 843-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation ;

- il est de bonne foi.

Par un mémoire enregistré le 21 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que l'argumentation de la requête n'est pas fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2021.

II°) Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 juin 2021 et 22 décembre 2021 sous le n° 2104399, M. C A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a rejeté son recours administratif dirigé contre la décision du 13 octobre 2020 lui supprimant le bénéfice de l'allocation de logement sociale à compter du 1er novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission de recours amiable ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnait les droits de la défense ;

- elle méconnait les articles L. 841-1 et suivants et R. 843-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation ;

- il est de bonne foi.

Par un mémoire enregistré le 21 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que l'argumentation de la requête n'est pas fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Liénard, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes analysées ci-dessus introduites par M. A ont le même objet et sont dirigées contre la même décision. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par une décision du 13 octobre 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a retiré à M. A le bénéfice de l'allocation de logement sociale à compter du 1er novembre 2020 puis a implicitement rejeté le recours gracieux de l'intéressé enregistré le 10 novembre 2020. Par les requêtes susvisées, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de logement sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

4. En premier lieu, et au vu des éléments exposés au point précédent, M. A ne peut utilement se prévaloir des vices propres qui entacheraient la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a rejeté son recours administratif préalable. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de consultation de la commission de recours amiable. De même, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation et de la violation des droits de la défense ne peuvent qu'être écartés comme dépourvus d'incidence sur la solution du litige.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / () / b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 841-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les personnes ne bénéficiant pas de l'allocation de logement familiale ou de l'aide personnalisée au logement peuvent prétendre au bénéfice de l'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article R. 824-7 du même code : " Lorsque le bénéficiaire de l'aide est en situation d'impayé de dépense de logement, l'organisme payeur informe la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives et met en œuvre les mesures prévues au présent article. / Pour se prononcer sur le maintien de l'aide, l'organisme payeur choisit, en fonction de la situation du bénéficiaire, de recourir à l'une ou à l'autre des procédures définies au 1° et au 2°. / 1° L'organisme payeur peut choisir de renvoyer le dossier au bailleur afin que ce dernier établisse, dans un délai de six mois au plus, un plan d'apurement de la dette. Sous réserve de la reprise du paiement de la dépense courante de logement, du respect du plan d'apurement et de son approbation par l'organisme payeur, ce dernier maintient le versement de l'aide personnelle au logement. / A défaut de réception du plan d'apurement dans le délai mentionné au 1° et après mise en demeure du bailleur, l'organisme payeur saisit le fonds départemental de solidarité pour le logement mentionné à l'article 6 de loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, qui dispose d'un délai de trois mois pour établir un dispositif d'apurement. L'organisme payeur tient la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives informée de l'évolution de la situation du bénéficiaire. / En cas de mauvaise exécution du plan ou du dispositif d'apurement ou de non-reprise du paiement de la dépense courante de logement, l'organisme payeur suspend le versement de l'aide personnelle au logement, sous réserve des dispositions de l'article R. 824-28. () ". Aux termes de cet article R. 824-28 : " L'organisme payeur peut décider du maintien du versement de l'aide personnelle au logement : 1° Si l'allocataire s'acquitte du paiement de la dépense courante de logement ; 2° S'il se trouve dans une situation sociale difficile et qu'il s'acquitte du paiement de la moitié au moins de la dépense courante de logement, déduction faite de l'aide ".

6. Il résulte de l'instruction que le bailleur du logement occupé par M. A a refusé le maintien dans les lieux de l'intéressé à la suite d'impayés de loyer. En outre, il est constant qu'aucun plan d'apurement de la dette de M. A n'a été établi ou effectivement mis en place. Par ailleurs, si le fonds de solidarité pour le logement du Pas-de-Calais a été saisi d'une demande d'aide, celle-ci a été rejetée par une décision du 8 octobre 2020. M. A n'établit pas par les pièces qu'il produit qu'il s'est acquitté du paiement de son loyer ni qu'il se trouve dans une situation sociale difficile. Par conséquent, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le refus d'attribuer l'allocation de logement sociale à M. A se fonde sur une quelconque fraude de la part du requérant, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais n'a pas commis d'erreur de droit au regard des dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation en supprimant le bénéfice de l'allocation de logement sociale à M. A à compter du 1er novembre 2020.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonction, d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2101794 et n° 2104399 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais et à Me Desfarges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

Q. LIENARD

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°s 2101794, 2104399

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