mercredi 19 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2101925 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PLACEO - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 mars 2021, 23 juin 2022 et 11 octobre 2022, M. A C, représenté par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter, Audrey d'Halluin et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 13 novembre 2020 par laquelle la préfète de la zone de défense et de sécurité Nord a refusé de lui accorder l'agrément préalable à l'exercice de la profession de gardien de la paix, ensemble la décision confirmative du 4 février 2021 ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la zone de défense et de sécurité Nord de lui délivrer un agrément aux fonctions de gardien de la paix dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié que l'agent ayant consulté le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) ait été individuellement désigné et spécialement habilité à cet effet au jour de la consultation ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur les faits qui lui sont reprochés ;
- la décision attaquée est fondée sur des faits matériellement inexistants ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2021, la préfète déléguée pour la défense et de sécurité Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de procédure pénale ;
- code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public,
- et les observations de Me Robillard pour M. C.
Une note en délibéré, non communiquée, présentée par M. C, a été enregistrée le 29 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C a été admis à la session du 25 septembre 2018 du concours externe de recrutement de gardien de la paix organisé par le secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur. Par décision du 13 novembre 2020, la préfète de la zone de défense et de sécurité Nord a refusé de lui délivrer l'agrément pour l'exercice des fonctions correspondantes. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cette décision, ainsi que de la décision du 4 février 2021 par laquelle le préfet a rejeté son recours gracieux dirigé contre celle-ci.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " Les décisions administratives de recrutement () prévues par des dispositions législatives ou réglementaires concernant () les emplois publics participant à l'exercice des missions de souveraineté de l'Etat () peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques () intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. / Ces enquêtes peuvent donner lieu à la consultation de traitements automatisés de données à caractère personnel relevant de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. Les conditions dans lesquelles les personnes intéressées sont informées de cette consultation sont précisées par décret. ". Aux termes de l'article R. 40-23 du code de procédure pénale : " Le ministre de l'intérieur (direction générale de la police nationale et direction générale de la gendarmerie nationale) est autorisé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel, dénommé "traitement d'antécédents judiciaires", dont les finalités sont celles mentionnées à l'article 230-6. ". Aux termes de l'article R. 40-28 du même code : " I. Ont accès à la totalité ou, à raison de leurs attributions, à une partie des données mentionnées à l'article R. 40-26 pour les besoins des enquêtes judiciaires : 1° Les agents des services de la police nationale exerçant des missions de police judiciaire individuellement désignés et spécialement habilités () ". Il résulte du 1° du I de l'article R. 40-29 du même code que les agents habilités selon les modalités prévues au 1° du I de l'article R. 40-28 peuvent consulter les données à caractère personnel figurant dans le traitement des antécédents judiciaires, qui se rapportent à des procédures judiciaires closes ou en cours, sans autorisation du ministère public, dans le cadre des enquêtes prévues à l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, applicable en particulier à l'instruction des demandes d'agrément préalable à l'exercice de la profession d'adjoint de sécurité.
3. Dès lors que les dispositions citées au point précédent du code de la sécurité intérieure prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance d'un agrément personnel, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions également citées ci-dessus du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande d'agrément. Par suite, le moyen tiré du défaut d'habilitation des personnes ayant procédé à la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires est inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; / 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale et par l'institution visée à l'article L. 5312-1 du code du travail, sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction. / Les dispositions de l'article L. 121-1, en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans l'intérêt du service, si les candidats à un emploi des services actifs de la police nationale présentent les garanties requises pour l'exercice des fonctions auxquelles ils postulent. Toutefois, dès lors que les dispositions du code de la sécurité intérieur précitées ne prévoient pas de procédure contradictoire préalable, elles n'ont ni pour objet, ni pour effet d'exclure l'application du principe général du droit de la défense, codifié à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration précité, qui, s'agissant notamment d'un refus d'agrément pris en considération de la personne, garantit à la personne intéressée d'être mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales.
6. Si M. C soutient qu'il n'a pas pu présenter d'observations préalablement à l'édiction de la décision en litige, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'enquête administrative préalable diligentée par le service départemental de l'information générale de la direction départementale de la sécurité publique du Pas-de-Calais le 18 septembre 2019 qu'il a été entendu durant cette enquête et n'a pas souhaité formuler d'observation concernant les faits qui lui étaient reprochés. Dès lors, M. C a été mis à même de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure lié au défaut du caractère contradictoire de la procédure suivie doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 4 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " Outre les conditions générales prévues par l'article 5 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée et les conditions spéciales prévues par les statuts particuliers, nul ne peut être nommé à un emploi des services actifs de la police nationale : () 3° Si sa candidature n'a pas reçu l'agrément du ministre de l'intérieur. ".
8. S'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans l'intérêt du service, si les candidats à un emploi des services actifs de la police nationale présentent les garanties requises pour l'exercice des fonctions qu'ils postulent, il incombe au juge de l'excès de pouvoir de vérifier que le refus d'agrément d'une candidature est fondé sur des faits matériellement exacts et de nature à le justifier légalement.
9. Pour refuser de délivrer un agrément à M. C, la préfète de la zone de défense et de sécurité Nord, qui s'est notamment fondée sur les conclusions de l'enquête préalable diligentée le 18 septembre 2019 par le service départemental de l'information générale de la direction départementale de la sécurité publique du Pas-de-Calais, a retenu que M. C est connu pour des faits de harcèlement d'une tierce personne par l'entremise des réseaux sociaux et tentative de séquestration d'une mineure le 25 mars 2015.
10. Il ressort des pièces du dossier que deux plaintes ont été déposées à l'encontre du requérant en 2014 et 2015. La première plainte du 17 novembre 2014 émane d'une camarade de classe du requérant qui l'a accusé d'harcèlement à son égard entre le 3 septembre 2014 et le 15 novembre 2014. Elle a ainsi notamment déclaré avoir reçu lors de son hospitalisation en octobre 2014 sept lettres d'amour de l'intéressé, lequel a affirmé à sa mère qu'il ne cesserait pas ses agissements jusqu'à obtenir ce qu'il veut. Il est constant que ces faits l'ont conduit à être définitivement exclu du lycée qu'il fréquentait après avoir proféré des menaces de mort envers cette camarade et sa mère en présence du proviseur du lycée et des forces de police auxquelles ce dernier avait fait appel en raison de la violence du comportement de M. C. La seconde plainte du 25 mars 2015 a été déposée par une jeune fille de 9 ans pour tentative d'enlèvement sur la voie publique. Il est également constant que l'intéressé, alors qu'il était en fugue de l'établissement de soins psychiatriques où il était hospitalisé de façon contrainte par décision du représentant de l'Etat depuis le 6 février 2015 en raison d'une décompensation suite à des troubles de l'humeur et alors qu'il avait subi une première hospitalisation contrainte du 13 au 22 janvier 2015, a accosté cette enfant dans la rue et lui a demandé de " venir ". Par suite, M. C n'est pas fondé à contester la matérialité des faits qui lui sont reprochés.
11. Le requérant conteste la dangerosité de son comportement en faisant valoir, qu'au moment de ces faits, il souffrait d'une pathologie psychiatrique ayant aboli son discernement et le contrôle de ses actes. A cet égard, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport d'examen psychiatrique établi le 1er juin 2015 dans le cadre de la procédure pénale le mettant en cause pour les faits de harcèlement en milieu scolaire, que M. C souffre de troubles bipolaires " ce qui justifie les phases d'exaltations entrecoupées de périodes de marasmes dépressifs, ce qui représente un véritable handicap au niveau de la socialisation puisqu'il se sent en permanence incompris, plus ou moins objet de rejet, d'autant plus qu'il est animé d'un besoin de reconnaissance, et notamment vis-à-vis des filles auprès desquelles il se trouve en recherche d'amour et de considération ce qui ne représente pas de connotation d'ordre sexuel ". L'examen médical conclut que l'infraction reprochée à M. C se trouve en relation directe avec un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes selon l'article 121-1 alinéa 2 du code pénal. Il ressort également du rapport médical réalisé lors de la garde à vue de M. C le 25 mars 2015 à la suite de son interpellation pour tentative de séquestration d'une jeune fille, que celui-ci présente un état maniaque dangereux pour autrui et non accessible à une sanction pénale. Enfin, il ressort d'un certificat médical signé le 23 septembre 2022 que M. C " n'est plus suivi sur le plan psychiatrique depuis 2015 et ne présente plus de trouble bipolaire, d'anxio-dépression et travaille () comme livreur sans aucun problème ". Si ces documents médicaux tendent à établir que les troubles psychiatriques dont a souffert M. C peuvent expliquer les faits et le comportement associé qui lui est reproché, il n'en demeure pas moins qu'un tel comportement ne présente pas les garanties requises pour l'exercice des fonctions auxquelles il postule. La circonstance que ces faits sont relativement anciens et n'ont pas fait l'objet d'une condamnation pénale, n'a aucune incidence sur la matérialité des faits reprochés incompatibles avec les garanties morales que l'Etat est en droit d'exiger pour l'exercice de fonctions de sécurité. Par suite, compte tenu des missions exercées par les gardiens de la paix, ainsi que de leurs conditions d'exercice, la préfète de la zone de défense et de sécurité Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que l'ensemble des agissements et du comportement de M. C n'était pas compatible avec l'exercice des fonctions d'adjoint de sécurité.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 novembre 2020 par laquelle la préfète de la zone de défense et de sécurité Nord a refusé de lui accorder l'agrément préalable à l'exercice de la profession de gardien de la paix, ensemble la décision confirmative du 4 février 2021. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la zone de défense et de sécurité Nord.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.
La présidente-rapporteure,
Signé
J. BL'assesseur le plus ancien dans l'ordre
du tableau,
Signé
T. BOURGAU
La greffière,
Signé
N. PAULET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
No 2101925
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026