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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102020

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102020

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantANGLE DROIT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 17 mars 2021 et 8 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Lachèvre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 18 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Tourcoing l'a licencié sans préavis ni indemnité ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Tourcoing à lui verser la somme de 3 285,33 euros en réparation du préjudice financier correspondant à la perte de revenus ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Tourcoing à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Tourcoing la somme de 830 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- l'avis de la commission de discipline du 2 décembre 2020 ne lui a pas été communiqué, en méconnaissance des dispositions de l'article 11 du décret du 7 novembre 1989, relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière, et il n'a pas été annexé à la décision litigieuse ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne précise pas les motifs pour lesquels l'avis de la commission de discipline, qui proposait la sanction disciplinaire de blâme, n'a pas été suivi ;

- les faits de crevaison de pneus qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- la sanction est disproportionnée ;

- l'illégalité de son licenciement lui a causé une perte de revenus du 9 février 2021 au 30 avril 2021 ;

- l'illégalité de son licenciement lui a causé des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral, dont il est fondé à demander la réparation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le centre hospitalier de Tourcoing, représenté par Me Brazier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- M. B, agent contractuel, ne peut utilement se prévaloir des dispositions relatives à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires ;

- ni les dispositions du décret du 6 février 1991, relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière, ni celles de l'arrêté du 8 janvier 2018, relatif aux commissions consultatives hospitalière, ni le règlement intérieur de la commission paritaire du Nord ne prévoient la communication de l'avis du conseil de discipline à l'intéressé par l'administration ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 8 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté en qualité d'ingénieur hospitalier par le centre hospitalier de Tourcoing par contrat à durée indéterminée à compter du 24 février 2020 pour occuper le poste de responsable sécurité incendie et lutte contre la malveillance. Par une décision en date du 18 janvier 2021, dont M. B demande l'annulation, le directeur du centre hospitalier de Tourcoing lui a infligé la sanction disciplinaire de licenciement sans préavis ni indemnité. M. B demande également au tribunal la condamnation du centre hospitalier de Tourcoing à lui verser diverses sommes en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fins d'annulation et de condamnation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique : " () / Le directeur exerce son autorité sur l'ensemble du personnel dans le respect des règles déontologiques ou professionnelles qui s'imposent aux professions de santé, des responsabilités qui sont les leurs dans l'administration des soins et de l'indépendance professionnelle du praticien dans l'exercice de son art. / () ".

3. Par un arrêté du 12 décembre 2017, la directrice générale du centre de gestion a placé M. C en position de détachement dans l'emploi fonctionnel de directeur du centre hospitalier de Tourcoing à compter du 1er janvier 2018. Par suite, ce dernier avait compétence, en cette qualité, pour infliger une sanction disciplinaire aux agents de cet établissement. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, M. B, agent contractuel, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 11 du décret du 7 novembre 1989 susvisé, relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière, qui ne lui sont pas applicables. D'autre part, aucune disposition, ni aucun principe ne fait obligation au directeur du centre hospitalier de Tourcoing de communiquer à l'agent intéressé, au besoin en l'annexant à la décision de sanction, l'avis de la commission consultative paritaire de discipline. Par suite, le moyen tiré de l'absence de communication de l'avis de la commission consultative paritaire de discipline est inopérant.

5. En troisième lieu, la décision attaquée vise l'ensemble des textes applicables et détaille précisément les raisons de fait pour lesquelles le directeur du centre hospitalier de Tourcoing a infligé à M. B la sanction disciplinaire de licenciement. Par suite, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'autorité disciplinaire n'ait pas expressément indiqué les raisons pour lesquelles elle avait décidé de ne pas suivre l'avis de la commission consultative paritaire de discipline, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 39 du décret du 6 février 1991 susvisé, relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale () d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée. / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. / () ". Aux termes de l'article 39-2 de ce décret : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour infliger à M. B la sanction disciplinaire de licenciement, le directeur du centre hospitalier de Tourcoing lui a fait grief d'avoir, le 25 septembre 2020, dans un premier temps, relevé les essuie-glaces d'un véhicule mal stationné sur une place réservée aux personnes à mobilité réduite, geste qui ne correspond à aucune technique applicable, dans un second temps, eu des échanges verbaux virulents avec les propriétaires du véhicule, sur le parking puis au service technique, ce qui a conduit le responsable de M. B à lui demander de se calmer, et, dans un troisième temps, alors même que le véhicule avait été stationné à un autre emplacement, dégradé ce véhicule en en crevant deux pneus.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la présence de M. B près du véhicule dégradé a été attestée par le visionnage des caméras de vidéo-surveillance et par un témoin qui a indiqué avoir entendu un " bruit fort d'air comparable à celui d'un pneu qui se dégonfle soudainement ", avant de se retourner et de remarquer une personne qui se relevait subitement à proximité de l'arrière gauche du véhicule et qu'il a identifiée, au regard de sa tenue vestimentaire et de sa morphologie, comme étant M. B. Le témoin a constaté, après le départ de l'individu, que le pneu arrière gauche du véhicule était dégonflé, puis au retour de sa pause, qu'un deuxième pneu était aussi dégonflé. M. B conteste les faits en soutenant que sa présence à côté du véhicule, garé à proximité des unités tourquennoises de psychiatrie, s'expliquait par le fait qu'il se rendait dans ces unités à la suite d'un appel de Mme Desmet, secrétaire, et qu'il réajustait son bas de pantalon. Toutefois, le relevé des appels téléphoniques internes et externes du poste téléphonique de M. B ne fait apparaître aucun appel entrant des unités de psychiatrie ou de Mme Desmet. Dans ces conditions, au regard des éléments concordants et circonstanciés, le centre hospitalier de Tourcoing doit être regardé comme établissant les faits de dégradation reprochés à M. B, lesquels constituent, avec les autres faits reprochés, dont la matérialité n'est pas contestée par le requérant, des fautes de nature à justifier qu'une sanction disciplinaire soit infligée.

9. D'autre part, les fautes commises par M. B présentent une gravité certaine et constituent un manquement grave à ses obligations d'ingénieur responsable de la sécurité et de la lutte contre la malveillance, dont la mission consiste, notamment, à faire respecter le règlement intérieur et à prévenir les altercations verbales et les dégradations de biens. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la sanction de licenciement sans préavis ni indemnité revêt un caractère disproportionné.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 18 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Tourcoing lui a infligé la sanction disciplinaire de licenciement sans préavis ni indemnité. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, cette décision n'étant ainsi pas entachée d'une illégalité fautive, celles tendant à la condamnation du centre hospitalier de Tourcoing à lui verser des sommes en réparation des préjudices qu'il allègue avoir subis.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Tourcoing, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais qu'il a exposés. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le centre hospitalier de Tourcoing au même titre.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Tourcoing au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier de Tourcoing.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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