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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102046

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102046

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BIGNON LEBRAY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 mars 2021 et 27 septembre 2022 sous le n° 2102046, Mme C B, représentée par Me Fillieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2020 la maintenant en disponibilité d'office pour la période du 7 avril 2019 au 6 décembre 2020 inclus ;

2°) d'enjoindre à la commune de Masny de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Masny la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 alinéas 2 à 4 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 4 du décret n ° 87-602 du 30 juillet 1987 en ce qu'elle n'a pas été informée, à l'occasion de la saisine pour avis du comité médical, de son droit à faire entendre le médecin de son choix, de son droit à obtenir la communication de son dossier et des voies de recours ouvertes contre l'avis rendu ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 72 de loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 en ce qu'elle n'avait pas épuisé ses droits à congé de maladie, son état de santé étant en lien direct avec l'accident de service survenu le 7 septembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, la commune de Masny, représentée par Me Vamour, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance 28 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 octobre 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 18 janvier 2021.

Par courrier de la juridiction du 12 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de Mme B dirigées contre l'arrêté du maire de la commune de Masny du 1er octobre 2020 prononçant son placement en disponibilité d'office à compter du 7 avril 2019 jusqu'au 6 décembre 2020 inclus, sont devenues sans objet dès lors que la décision attaquée a été retirée par arrêté du maire du 27 septembre 2022, postérieur à l'enregistrement de la requête et devenu définitif, plaçant l'intéressée en disponibilité d'office à titre conservatoire dans l'attente de l'avis de la CNRACL (caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales) sur une demande de retraite pour invalidité.

Par mémoire enregistré le 18 janvier 2023, Mme B a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 novembre 2021 et 27 septembre 2022 sous le n° 2109044, Mme C B, représentée par Me Fillieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 la maintenant en disponibilité d'office pour la période du 7 décembre 2020 au 6 janvier 2022 inclus ;

2°) d'enjoindre à la commune de Masny de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Masny la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 38 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 en ce que la commune devait solliciter l'avis de la commission de réforme et non celui du comité médical ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 72 de loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 en ce qu'elle n'avait pas épuisé ses droits à congé de maladie, son état de santé étant en lien direct avec l'accident de service survenu le 7 septembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, la commune de Masny, représentée par Me Vamour, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance 28 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 octobre 2022.

Par courrier de la juridiction du 12 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de Mme B dirigées contre l'arrêté du maire de la commune de Masny du 1er juillet 2021 prononçant son placement en disponibilité d'office à compter du 7 décembre 2020 jusqu'au 6 janvier 2022 inclus, sont devenues sans objet dès lors que la décision attaquée a été retirée par arrêté du maire du 27 septembre 2022, postérieur à l'enregistrement de la requête et devenu définitif, plaçant l'intéressée en disponibilité d'office à titre conservatoire dans l'attente de l'avis de la CNRACL (caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales) sur une demande de retraite pour invalidité.

Par mémoire enregistré le 18 janvier 2023, Mme B a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- les observations de Me Anger-Bourez substituant Me Fillieux représentant Mme B ;

- et les observations de Me Sule substituant Me Vamour, représentant la commune de Masny.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Masny a été enregistrée le 9 février 2023 dans les deux dossiers.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, titulaire du grade d'adjoint d'animation de 2ème classe, est employée depuis 2010 par la commune de Masny. Le 7 septembre 2012, elle a été victime d'une agression par un parent d'élève et cet accident a été reconnu comme étant imputable au service jusqu'à la date de consolidation fixée au 8 janvier 2014. Elle a par la suite été placée en congé de longue durée à compter du 8 janvier 2014 et ce congé a été régulièrement renouvelé jusqu'à son placement en disponibilité d'office pour une durée de trois mois à compter du 7 janvier 2019. Le placement en disponibilité d'office de Mme B a été renouvelé pour la période allant du 7 avril 2019 au 6 décembre 2020 inclus, puis pour la période allant du 7 décembre 2020 jusqu'au 6 janvier 2022 inclus, par deux arrêtés respectivement pris les 1er octobre 2020 et 1er juillet 2021. Mme B sollicite, par les requêtes n° 2102046 et n° 2109044, l'annulation de ces deux décisions.

2. Les requêtes susvisées n° 2102046 et n° 2109044, présentées par Mme B, concernent la situation d'une même agente et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 1er octobre 2020 :

3. Aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. Il est consulté obligatoirement pour : [] f) La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ; [] Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : - de la date à laquelle le comité médical examinera son dossier ; - de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ; - des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur ".

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Par un avis rendu à l'issue de la séance du 25 septembre 2020 au visa duquel a été prise la décision attaquée, le comité médical départemental s'est prononcé en faveur du renouvellement de la disponibilité d'office pour raison de santé de Mme B du 7 avril 2019 au 6 décembre 2020. Mme B soutient qu'elle n'a pas été, en amont de la séance du comité médical du 25 septembre 2020, informée de ses droits concernant la communication de son dossier, de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix, ni même des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur. Faute pour la commune de Masny de produire les convocations adressées à l'intéressée, Mme B est fondée à soutenir que l'avis a été rendu au terme d'une procédure irrégulière l'ayant privé d'une garantie de nature à exercer une influence sur le sens de la décision contestée et que cette irrégularité a entaché d'illégalité l'arrêté du 1er octobre 2020.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête enregistrée sous le n° 2102046, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er octobre 2020 ayant renouvelé son placement en disponibilité d'office pour la période du 7 avril 2019 au 6 décembre 2020.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 1er juillet 2021 :

7. D'une part, aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration, dans sa version applicable au litige : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 (). / La durée de la disponibilité prononcée en vertu du premier alinéa du présent article ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale () ". D'autre part, aux termes du dernier alinéa de l'article 38 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version applicable au litige : " () Le renouvellement de la mise en disponibilité est prononcé après avis du comité médical. Toutefois, lors du dernier renouvellement, l'avis est donné par la commission de réforme ".

8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est toutefois pas de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 7 janvier 2019 par arrêté du 12 mars 2019, que ce placement en disponibilité d'office a été renouvelé par l'arrêté du 1er octobre 2020, pour la période allant du 7 avril 2019 au 6 décembre 2020, et que l'arrêté en litige a procédé au dernier renouvellement possible de cette disponibilité, pour la période du 7 décembre 2020 au 6 janvier 2022, après avis du comité médical rendu à l'issue de la séance du 11 juin 2021 mais sans que la commission de réforme ait été consultée. Au regard de la composition du comité médical qui, à la différence de la commission de réforme seule compétente pour rendre l'avis portant sur le dernier renouvellement d'un placement en disponibilité d'office, ne comporte ni représentants de l'administration ni représentants du personnel, il apparaît que l'arrêté attaqué est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière ayant privé Mme B d'une garantie, l'absence d'avis de la commission de réforme étant de nature à exercer une influence sur le sens de la décision contestée et cette irrégularité a entaché d'illégalité l'arrêté du 1er juillet 2021.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête enregistrée sous le n° 2109044, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2021 ayant renouvelé son placement en disponibilité d'office pour la période du 7 décembre 2020 au 6 janvier 2022 inclus.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Il résulte de l'instruction que le maire de Masny a procédé au retrait des arrêtés en litige par un arrêté du 27 septembre 2022, non définitif, qui place par ailleurs Mme B en disponibilité d'office à titre rétroactif et conservatoire, dans l'attente de l'avis de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales sur une demande de retraite pour invalidité, à compter du 8 janvier 2019. Dans ces conditions, il apparaît que Mme B a été placée rétroactivement dans une position régulière pour la période considérée et les annulations prononcées n'impliquent dès lors aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B dans les deux requêtes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Masny les sommes que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la commune de Masny soient mises à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er octobre 2020 plaçant Mme B en disponibilité d'office pour la période du 7 avril 2019 au 6 décembre 2020 inclus est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 1er juillet 2021 plaçant Mme B en disponibilité d'office pour la période du 7 décembre 2020 au 6 janvier 2022 inclus est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2102046 et n° 2109044 est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Masny présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la commune de Masny et à Me Fillieux.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Leguin, présidente,

- M. Borget, premier conseiller,

- Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

J. A

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN La greffière,

signé

C. CALIN

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2109044

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