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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102091

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102091

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête et des pièces, enregistrées les 16 mars 2021 et 27 mars 2023, M. B A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée en fait ;

- le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet du Nord a produit des pièces, enregistrées le 27 octobre 2022.

La clôture d'instruction a été fixée au 11 avril 2023 à 12h00 par une ordonnance du 27 mars 2023.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2021.

II) Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Schryve, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de l'admettre provisoirement au séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été prise par une autorité habilitée ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 9 janvier 2023 à 12h00 par une ordonnance du 19 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou,

- et les observations de Me Schryve, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 1er avril 2001 à Telico (Guinée), qui déclare être arrivé en France le 10 octobre 2016 alors mineur, a sollicité, le 7 octobre 2020, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 19 octobre 2020, objet de la requête enregistrée sous le n° 2102091, le préfet du Nord a rejeté cette demande.

2. L'intéressé a ensuite sollicité le 14 février 2022 son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par l'arrêté du 4 octobre 2022, objet de la requête enregistrée sous le n° 2208324, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 octobre 2020 :

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé en l'estimant " irrecevable " au motif, d'une part, qu'aucun des parents de M. A ne se trouve sur le territoire français en situation régulière, et d'autre part, qu'il n'a pas été pris en charge par les services départementaux de l'aide sociale à l'enfance. Cette décision, compte tenu de sa formulation qui ne comporte aucun des éléments de fait mentionnés par l'intéressé à l'appui de sa demande de titre de séjour, n'atteste pas de ce que le préfet du Nord a effectivement procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le requérant est fondé, pour ce motif, à en demander l'annulation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 19 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2022 :

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France le 20 octobre 2016 alors âgé de 15 ans, a été scolarisé, après une année de remise à niveau, en seconde générale avant de se réorienter à compter du mois de septembre 2017 en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " cuisine " au sein du lycée hôtelier international de Lille. Plusieurs membres de l'association l'ayant accompagné dans son apprentissage de la langue française ainsi que de la communauté éducative du lycée hôtelier attestent de son sérieux, de sa persévérance et de son assiduité. Après l'obtention de ce diplôme au mois de juin 2020, avec une moyenne de 15.62/20, M. A s'est inscrit au sein de ce même établissement en baccalauréat professionnel " cuisine " en alternance, en intégrant à cette occasion les cuisines d'un restaurant étoilé, dans le cadre de sa première année, puis d'un restaurant gastronomique réputé, au titre de sa seconde année. Le 2 janvier 2022, il a conclu avec ce dernier établissement un contrat à durée indéterminée en qualité de commis de cuisine, le chef de cuisine attestant de sa rigueur, sa ponctualité et sa grande qualité de travail. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que M. A a noué des liens particulièrement intenses avec la famille d'accueil chez qui il est hébergé depuis près de cinq ans ainsi que l'entourage de cette famille. Il a en outre développé un réseau social dense en nouant de nombreux liens amicaux, notamment à l'occasion de ses missions de bénévolat au sein de l'association " le Camion ". Par suite, et alors que son père est décédé et qu'il a dû quitter le domicile familial à la suite du remariage de sa mère avec son oncle, le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Nord a entaché sa décision portant rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision contestée doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Compte tenu de ce qui précède, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord délivre à M. A un titre de séjour temporaire avec autorisation de travail. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. En premier lieu, s'agissant de la requête n° 2102091, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Danset-Vergoten, conseil de M. A, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

9. En second lieu, s'agissant de la requête n° 2208324, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet du Nord en date du 19 octobre 2020 portant refus d'admission exceptionnelle de M. A au séjour est annulée.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Nord en date du 4 octobre 2022 portant refus d'admission exceptionnelle au séjour de M. A, obligation de quitter le territoire français sous trente jours et fixation du pays de renvoi est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. A un titre de séjour temporaire avec autorisation de travail dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Danset-Vergoten, conseil de M. A, une somme de

1 000 (mille) euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 5 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet du Nord et à Me Danset-Vergoten.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Schryve.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.

La rapporteure,

Signé

C. PIOU

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

A. DOUVRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2,

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