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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102099

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102099

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2021, M. A B, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre à l'OFII de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- il n'est pas démontré, en méconnaissance des articles L. 744-7 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il a été informé du fait que les conditions matérielles d'accueil pouvaient lui être retirées ;

- la décision litigieuse n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable, en méconnaissance du principe général des droits de la défense, ainsi que des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de celles de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations au regard de sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît ces mêmes dispositions en tant que l'OFII n'a pris en compte ni les documents qu'il a produits ni sa demande d'avis médical ;

- elle méconnaît ces mêmes dispositions dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de motifs légitimes l'ayant empêché de présenter sa demande d'asile dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés ;

- la demande d'asile du requérant ayant été définitivement rejetée, il ne peut plus bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2021.

La clôture d'instruction a été fixée au 20 avril 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 30 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 14 février 1996 en République centrafricaine, de nationalité centrafricaine, est entré en France, selon ses déclarations, le 25 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 3 novembre 2020. Le même jour, par une décision dont le requérant demande l'annulation, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, à l'occasion de sa demande d'asile, M. B a sollicité un avis médical Medzo. Cet avis médical a été rendu le 14 janvier 2021 par le médecin coordinateur de zone, soit postérieurement à la décision de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le requérant, qui a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision du 3 novembre 2020 prise par le directeur territorial de l'OFII de Lille à l'encontre de M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif seul retenu, le présent jugement implique seulement que l'OFII procède au réexamen de la demande de bénéfice des conditions matérielles présentée par M. B. Il y a lieu de fixer à l'OFII pour ce faire un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Danset-Vergoten, conseil de M. B, renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à ce conseil de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 novembre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Lille a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de la demande de bénéfice des conditions matérielles d'accueil présentée par M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Danset-Vergoten la somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Danset-Vergoten.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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