lundi 31 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102126 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GREENLAW AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 mars 2021 et les 11 novembre 2022, 30 décembre 2022, le 17 février 2023 et le 31 mars 2023, M. A C, représenté par Me Borrel, demande au tribunal :
1°) d'annuler ou, à défaut, d'abroger, l'arrêté du 3 février 2021 par lequel le préfet du Nord l'a mis en demeure de remettre à leur état d'origine en prairies permanentes herbacées les parcelles cadastrées ZH0046, ZH0047, ZH0048 et ZH0049, sises sur la commune de Beaudignies, au plus tard le 15 mai 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a pas procédé au retournement des prairies, les parcelles lui ayant été transmises au printemps 2020 en état de terre labourable ;
- il est dépourvu de base légale dès lors que la mise en culture des parcelles est intervenue à la mi-août 2018, et non à la fin de l'année 2020, soit antérieurement à l'édiction de l'arrêté préfectoral du 30 août 2018 relatif au 6ème programme d'actions à mettre en œuvre en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole pour la région Nord-Pas-de-Calais qui constitue la base légale de l'arrêté attaqué et alors que l'arrêté préfectoral antérieur du 25 juillet 2014 établissant le programme en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole pour la région Nord-Pas-de-Calais a été annulé à compter du 31 mai 2018 par un jugement du tribunal administratif de Lille du
27 septembre 2017.
Par des mémoires enregistrés les 23 septembre et 9 décembre 2022 et les 8 février,
13 mars et 2 mai 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le préfet du Nord pour édicter la décision attaquée compte tenu du rapport de manquement établi le 15 décembre 2020 par un agent de contrôle de la direction départementale des territoires et de la mer du Nord.
Par des mémoires enregistrés les 27 juin et 3 juillet 2023, M. C a présenté des observations en réponse au moyen relevé d'office.
Par un mémoire enregistré le 30 juin 2023, le préfet du Nord a présenté des observations en réponse au moyen relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du
17 décembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune ;
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 30 août 2018 du préfet du Nord établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole en Hauts-de-France ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grard,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- les observations de Me Borrel, représentant M. C,
- et les observations de Mme B, représentant le préfet du Nord.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un rapport de manquement établi le 15 décembre 2020 par un contrôleur de la direction départementale des territoires et de la mer du Nord, constatant le 8 décembre 2020 le retournement de la prairie permanente implantée sur les parcelles ZH0046, ZH 0047, ZH0048 et ZH 0049, sis sur la commune de Beaudignies, le préfet du Nord, par un arrêté du 3 février 2021, a mis en demeure M. C, exploitant de ces parcelles, de les remettre en état d'origine en prairies permanentes herbacées. Le recours gracieux du 26 mars 2021 de M. C a été implicitement rejeté. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler ou, à défaut, d'abroger l'arrêté préfectoral du 3 février 2021.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 171-6 de code de l'environnement : " Lorsqu'un agent chargé du contrôle établit à l'adresse de l'autorité administrative compétente un rapport faisant état de faits contraires aux prescriptions applicables, en vertu du présent code, à une installation, un ouvrage, des travaux, un aménagement, une opération, un objet, un dispositif ou une activité, il en remet une copie à l'intéressé qui peut faire part de ses observations à l'autorité administrative ". Aux termes de l'article L. 171-8 du même code : " I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine () ".
3. D'autre part, aux termes du I de l'article R. 211-80 du code de l'environnement : " L'utilisation des fertilisants organiques et minéraux, naturels et de synthèse contenant des composés azotés, ci-après dénommés fertilisants azotés, ainsi que les pratiques agricoles associées font l'objet de programmes d'actions dans les zones vulnérables délimitées conformément aux dispositions de l'article R. 211-77. / II. - Ces programmes comportent les mesures et actions nécessaires à une bonne maîtrise des fertilisants azotés et à une gestion adaptée des terres agricoles dans ces zones, en vue de limiter les fuites de nitrates à un niveau compatible avec les objectifs de restauration et de préservation de la qualité des eaux souterraines, des eaux douces superficielles et des eaux des estuaires, des eaux côtières et marines. () IV. Ces programmes d'actions comprennent : ()2° Des programmes d'actions régionaux constitués de mesures renforcées par rapport à celles du programme d'actions national sur tout ou partie des zones vulnérables et de mesures spécifiques à chaque zone ou partie de zone vulnérable. () ". Le IV de l'article 2 de l'arrêté du 30 août 2018 du préfet du Nord établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole en Hauts-de-France prévoit que le retournement des prairies permanentes est interdit en zones humides, dans les périmètres de protection éloignée de captage, dans les aires d'alimentation de captage et sur les sols dont la pente est supérieure à 7%. Les prairies permanentes sont définies au h) du 1 de l'article 4 du règlement (UE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune, comme étant " les terres consacrées à la production d'herbe ou d'autres plantes fourragères herbacées (ensemencées ou naturelles) qui ne font pas partie du système de rotation des cultures de l'exploitation depuis cinq ans au moins ( .. ) ".
4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsque l'inspecteur de l'environnement a constaté, selon la procédure requise par le code de l'environnement, des faits contraires aux prescriptions applicables, en vertu de ce code, à une installation, un ouvrage, des travaux, un aménagement, une opération, un objet, un dispositif ou une activité, le préfet, sans procéder à une nouvelle appréciation de la violation constatée, est tenu d'édicter une mise en demeure de satisfaire à ces conditions dans un délai déterminé, qui a pour objet de régulariser la situation, en vue d'éviter une sanction. Si l'article L.171-8 du code de l'environnement laisse au préfet un choix entre plusieurs catégories de sanctions en cas de non-exécution de son injonction, la mise en demeure qu'il édicte n'emporte pas par elle-même une de ces sanctions.
5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de manquement établi le 15 décembre 2020 par un agent de la direction départementale des territoires et de la mer du Nord qu'à l'occasion d'une opération de contrôle réalisée le 8 décembre 2020, deux agents de contrôle de cette direction ont constaté le retournement des prairies permanentes implantées sur les parcelles ZH0046, ZH0047, ZH 0048 et ZH 0049 sur la commune de Beaudignies, situées en zone vulnérable sur des sols dont la pente est supérieure à 7% et exploitées par M. C. Celui-ci ne conteste pas la qualité de prairies permanentes des parcelles concernées avant la mi-août 2018. Il soutient toutefois qu'elles n'avaient plus cette qualité dès cette même date et donc lors des opérations de contrôle eu égard au retournement réalisé à la mi-août 2018 par les précédents exploitants de ces parcelles. Suivant M. C, ce retournement a alors consisté en un sur-semis de luzerne, plante légumineuse fourragère, associé à un désherbage chimique des graminées présentes sur ces parcelles, un tel retournement n'étant au surplus pas prohibé à cette même date en raison de l'annulation par un jugement du 27 septembre 2017 du tribunal de céans de l'arrêté du 25 juillet 2014 établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole pour la région Nord Pas-de-Calais et notamment du IV de l'article 2 de cet arrêté interdisant le retournement des prairies en zone vulnérable.
6. Si la matérialité du sur-semis n'est pas contestée par le préfet du Nord, la réalité du désherbage chimique n'est toutefois pas établie par les seules pièces versées au dossier consistant en deux attestations du 17 février 2023 établies d'une part par la veuve du précédent exploitant des parcelles ZY 0047, ZH0048 et ZH0049 et d'autre part par le précédent exploitant de la parcelle ZH0046, le renvoi par M. C aux bonnes pratiques agricoles, sans aucun document associé, et la critique par l'intéressé des photographies des parcelles apportées au débat par le préfet. Dans ces conditions, à l'issue de l'opération de sur-semis de luzerne, les parcelles concernées n'ont pas constitué une surface de légumineuses fourragères pures, mais une surface présentant un mélange de graminées et de légumineuses, soit une surface consacrée à la production d'herbe ou d'autres plantes fourragères herbacées, ensemencées ou naturelles, et caractérisant l'existence d'une prairie permanente au sens des dispositions du règlement (UE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 précitées. Il résulte en outre de l'instruction que M. C a réalisé un semis de maïs sur ces parcelles en août 2020, qu'il a récolté en octobre 2020, procédant dès lors à un retournement des parcelles demeurées jusqu'alors en l'état de prairies permanentes. Un tel retournement est constitutif d'un manquement aux dispositions du IV de l'article 2 de l'arrêté du 30 août 2018 du préfet du Nord établissant le programme d'actions régional en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole en Hauts-de-France précitées, alors applicables.
7. Il résulte de ce qui précède, M. C ne remettant pas en cause la matérialité du constat de manquement du 8 décembre 2020 par les seuls éléments qu'il produit, que le préfet du Nord était en situation de compétence liée pour édicter l'arrêté contesté. Par suite, les moyens tirés du défaut de compétence du signataire, de l'erreur d'appréciation et du défaut de base légale doivent être écartés comme inopérants.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
E. GRARD
Le président,
signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026