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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102156

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102156

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP BIGNON LEBRAY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 mars 2021 et le 24 février 2022, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 18 janvier 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il classe sa parcelle cadastrée 000AI n° 159 en zone agricole ;

2°) d'ordonner une mesure d'expertise afin d'apprécier la situation de la parcelle.

Il soutient que :

- le classement de sa parcelle 000AI n° 159, située sur le territoire de la commune d'Hérin, en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la commission d'enquête n'a pas apprécié de manière satisfaisante la situation de sa parcelle et la désignation d'un expert doit pourvoir remédier à cette insuffisance ;

- le classement de sa parcelle méconnait le principe d'égalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2022, la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut, représentée par la SCP Bignon-Lebray, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- M. A ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- la requête est tardive ;

- la requête méconnait les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative en ce qu'elle ne comporte pas de conclusion ;

- le moyen soulevé par M. A n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- et les observations de Me Mercier, représentant la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal, d'une part, d'annuler la délibération du 18 janvier 2021 par laquelle le conseil communautaire de la Porte du Hainaut (CAPH) a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant qu'il classe sa parcelle cadastrée 000AI n° 159 en zone agricole et, d'autre part, de désigner un expert en vue de l'analyse de la situation de sa parcelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, en vertu de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la présente espèce, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites "zones A". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

3. D'une part, il résulte des articles L. 151-5, L. 151-9 et R. 151-22 du code de l'urbanisme qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

4. D'autre part, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des orientations retenues dans le projet d'aménagement et de développement durables du PLUi, qu'au titre des partis d'urbanisme retenus, la communauté d'agglomération a entendu, d'une part limiter l'étalement urbain et préserver les espaces agricoles, et, d'autre part, valoriser une agriculture de proximité et maîtriser la consommation des espaces naturels et agricoles. Si la parcelle cadastrée 000AI n° 159, dont le requérant conteste le classement en zone agricole ne fait l'objet d'aucune exploitation de cette nature, il apparaît cependant qu'elle est vierge de toute construction et composée de végétation et d'arbres. Contrairement à ce que M. A soutient, elle n'est pas desservie par les réseaux d'eau et d'assainissement et ne constitue pas, eu égard à sa configuration, une " dent creuse ". Elle est en outre située au sud-est du territoire de la commune d'Hérin, dans un secteur mixte composé à la fois de maisons d'habitation et de parcelles agricoles. Ainsi sur son flanc sud-est, la parcelle en litige s'ouvre sur un vaste secteur agricole composé de champs dépourvus de construction. Si sur son flanc sud-ouest, elle jouxte des parcelles sur lesquelles sont bâties des maisons individuelles, le fond de ces parcelles est classé en Zone UJ, zonage recouvrant des espaces naturels artificialisés et souvent positionnés à l'interface d'espaces agricoles et d'espaces urbanisés, et dont l'objectif est de limiter leur constructibilité en ne permettant que l'implantation de structures légères. Le requérant invoque par ailleurs les objectifs de construction de logements mentionnés dans le PLUi, celui-ci prévoyant la production de 11 100 logements d'ici 2030 sur le territoire de la communauté d'agglomération dont celui de la commune d'Hérin. Toutefois, il ne peut utilement soutenir que dans le cadre du parti d'aménagement ainsi retenu, un classement de sa parcelle en zone urbaine est possible dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de vérifier si un autre classement que celui retenu par les auteurs du plan est possible, mais seulement de s'assurer que celui-ci n'est pas manifestement erroné en tant que tel. Au demeurant, eu égard à sa localisation telle qu'elle est décrite ci-dessus et à sa superficie de 1 678 m2, la parcelle en cause ne correspond pas aux caractéristiques attendues pour l'urbanisation d'un terrain notamment en termes de proximité des commerces, des services, des transports et de desserte par les réseaux publics. Dans ces conditions, eu égard aux partis d'aménagement retenus et aux caractéristiques de la parcelle en cause, les auteurs de plan local d'urbanisme intercommunal n'ont pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant celle-ci en zone agricole.

6. En second lieu, il est de la nature de toute règlementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. En l'espèce, dès lors que le classement en zone A de la parcelle du requérant ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée de ses caractéristiques, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le moyen selon lequel il porterait atteinte au principe d'égalité en ce que d'autres parcelles agricoles supporteraient, selon le requérant, des constructions à usage d'habitation, ne saurait être accueilli. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense ni d'ordonner la mesure d'expertise sollicitée par le requérant, que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la délibération du 18 janvier 2021 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut en tant qu'elle classe sa parcelle en zone agricole doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERELe président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

J. DEREGNIEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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