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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102294

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102294

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP MOUGEL-BROUWER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mars 2021, M. B A, représenté par Me Jean-Pierre Mougel, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 29 janvier 2021 par laquelle le jury académique a émis un avis défavorable à sa titularisation et l'arrêté du 19 février 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 19 février 2021 a été signé par une autorité incompétente ;

- la délibération du 29 janvier 2021 est entachée d'un défaut de motivation et d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée de la communication de son dossier ;

- les deux décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2021, la rectrice de l'académie de Lille, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 13 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 février 2022 à 23 heures 59.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°92-1189 du 6 novembre 1992 ;

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Babski,

- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui exerçait les fonctions de maître-auxiliaire, a été admis à l'examen professionnalisé réservé de recrutement du concours d'accès au corps des professeurs de lycée professionnel, et nommé stagiaire dans la discipline " économie et gestion option transport et logistique " à compter du 1er septembre 2018. A l'issue de sa première année de stage, il n'a pas été titularisé et son stage a été prolongé pour l'année scolaire 2019-2020. Par une délibération du 29 janvier 2021, le jury académique a émis un avis défavorable à sa titularisation dans le corps des professeurs de lycée professionnel à l'issue de sa seconde année de stage. Le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a, par un arrêté du 19 février 2021, prononcé son licenciement. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la délibération du 29 janvier 2021 et de l'arrêté du 19 février 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la délibération du jury académique du 29 janvier 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ".

3. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. Il en résulte que la décision de ne pas le titulariser en fin de stage n'est pas au nombre des catégories de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la délibération du conseil académique du 29 janvier 2021 est inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, après avoir pris connaissance des avis suivants : / I. - Pour les stagiaires qui effectuent leur stage dans les établissements publics d'enseignement du second degré : / 1° L'avis d'un membre des corps d'inspection de la discipline désigné par le recteur, établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur désigné par le recteur, pour accompagner le fonctionnaire stagiaire pendant sa période de mise en situation professionnelle. L'avis peut également résulter, notamment à la demande du chef d'établissement, d'une inspection ; / 2° L'avis du chef de l'établissement dans lequel le fonctionnaire stagiaire a été affecté pour effectuer son stage établi sur la base d'une grille d'évaluation ; / 3° L'avis de l'autorité en charge de la formation du stagiaire pour les parcours effectués en alternance. " Aux termes de son article 6 : " Le jury entend au cours d'un entretien tous les fonctionnaires stagiaires pour lesquels il envisage de ne pas proposer la titularisation. " Selon l'article 7 de ce décret : " Le fonctionnaire stagiaire a accès, à sa demande, à la grille d'évaluation, aux avis et aux rapports mentionnés à l'article 5 ".

5. M. A soutient que la délibération du 29 janvier 2021 est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la communication de son dossier. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que son dossier d'évaluation était joint au courrier de la rectrice de l'académie de Lille du 21 janvier 2021 fixant l'entretien avec le jury académique au 29 janvier 2021 en application de l'article 6 de l'arrêté précité du 22 août 2014 dont il a accusé réception le jour même et, d'autre part, que l'intéressé a reconnu avoir pris connaissance de son dossier le 26 janvier 2021 et, en particulier, de certaines pièces mentionnées à l'article 7 de l'arrêté du 22 août 2014. Dès lors, le requérant doit être regardé comme ayant eu communication de son dossier au moins trois jours avant l'entretien avec le jury. Par ailleurs, la circonstance que la rectrice a, par une lettre du 1er février 2021, informé M. A de la proposition du jury académique et lui a rappelé la possibilité de consulter son dossier, en adressant une demande écrite au secrétariat du jury académique, est sans incidence sur la régularité de la délibération attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En dernier lieu, le jury académique se prononce à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen, où le juge apprécie souverainement la qualité des résultats des candidats, mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir, qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation peut être censurée par le juge de l'excès de pouvoir en cas d'erreur manifeste.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'avis du jury académique du 29 janvier 2021, d'une part, que M. A ne maîtrise pas les compétences attendues d'un professeur de lycée professionnel, que ce soit en matière de réglementation, de responsabilité professionnelle, de didactique et de relation avec les élèves et de travail en équipe, d'autre part, que son langage et son attitude sont incompatibles avec le métier d'enseignant et qu'il manque de bienveillance et de rigueur avec les jeunes qui lui sont confiés et ne parvient pas à analyser ses pratiques pédagogiques, ni à les adapter et, enfin, que lorsque les difficultés rencontrées lui sont exposées, il en impute la responsabilité à son environnement professionnel. Il a ainsi été relevé par l'inspecteur pédagogique, que les méthodes du requérant étaient inadaptées et ses compétences insuffisantes, dix-huit des vingt-quatre compétences évaluées n'étant pas suffisamment acquises par l'intéressé pour permettre sa titularisation. Si M. A conteste " l'avis nuancé et mitigé " d'une proviseure adjointe qui aurait, selon ses allégations, estimé que des efforts étaient indispensables dans certains domaines et étaient conditionnés à sa capacité à prendre du recul et à porter une analyse réflexive sur son positionnement et ses activités, il ne produit, cependant, aucun élément de nature à démontrer l'absence de manquement concernant sa manière de servir en qualité de stagiaire. Par ailleurs, la circonstance que l'école supérieure du professorat et de l'éducation (ESPE) a émis un avis favorable à la titularisation de l'intéressé pour la session 2019, n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le jury académique sur ses capacités professionnelles à enseigner alors que cet avis ne porte pas sur l'évaluation de sa pratique pédagogique mais sur les compétences qu'il a acquises dans le cadre de sa formation. Enfin, si le requérant fait valoir qu'il enseigne, depuis la rentrée de septembre 1991, la matière " économie et gestion option transport et logistique " et qu'il a bénéficié, durant sa carrière d'enseignant en qualité de maître-auxiliaire, d'excellentes notations et appréciations et des avancements d'échelon, ces circonstances, ne sont pas de nature à remettre en cause les appréciations émises par les évaluateurs pendant son stage. Il résulte ainsi de l'ensemble de ces éléments que M. A, en dépit de la durée de sa pratique professionnelle antérieure, présente des lacunes pédagogiques importantes. Dans ces conditions, le jury académique n'a pas entaché son avis d'une inexactitude matérielle des faits ni d'une erreur manifeste d'appréciation en ne proposant pas la titularisation de M. A à l'issue de sa prolongation de stage.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports du 19 février 2021 :

8. Aux termes de l'article 10 du décret du 6 novembre 1992 relatif au statut particulier des professeurs de lycée professionnel, dans sa version modifiée applicable au litige : " () / Le stage a une durée d'un an. Au cours de leur stage, les professeurs stagiaires bénéficient d'une formation organisée, dans le cadre des orientations définies par l'Etat, par un établissement d'enseignement supérieur, visant l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier. Cette formation alterne des périodes de mise en situation professionnelle dans un établissement scolaire et des périodes de formation au sein de l'établissement d'enseignement supérieur. Elle est accompagnée d'un tutorat et peut être adaptée pour tenir compte du parcours antérieur des professeurs stagiaires. / () / A l'issue du stage, la titularisation est prononcée par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage est accompli, sur proposition du jury. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat de lycée professionnel. / Le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage a été effectué peut autoriser l'accomplissement d'une seconde année de stage. A l'issue de cette période, l'intéressé est soit titularisé par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle il a effectué cette seconde année, soit licencié par le ministre chargé de l'éducation nationale, soit réintégré dans son grade d'origine ou dans son corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. () " . Aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. " L'article 9 de cet arrêté dispose que : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. () Il transmet au ministre les dossiers des stagiaires qui n'ont été ni titularisés ni autorisés à accomplir une seconde année de stage et qui sont, selon le cas, licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. ".

9. Il résulte des dispositions précitées que le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports était tenu de prononcer le licenciement de M. A dès lors que sa titularisation n'avait pas été proposée par le jury académique et que l'intéressé avait déjà été autorisé à accomplir une seconde année de stage. Par suite, les moyens, soulevés à l'encontre de l'arrêté du 19 février 2021 tirés de l'incompétence de son signataire, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation sont inopérants et doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 29 janvier 2021 et de l'arrêté du 19 février 2021. Par suite ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la rectrice de l'académie de Lille et à Me Jean-Pierre Mougel.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, président,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

D. BABSKI

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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