mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102371 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS DUCHATEAU-SCHOEMAECKER- ANDRIEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mars 2021, le 22 avril 2022, M. D E, représenté par Me Andrieux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 27 janvier 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement ;
2°) de déclarer le jugement à intervenir commun et opposable à Me Miquel, en qualité d'administrateur, et de Me Delezenne, en qualité de mandataire judiciaire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société Transports Couturier une somme de 1 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre les dépens de l'instance à la charge du défendeur.
Il soutient que :
- le délai de convocation à l'entretien préalable n'a pas été respecté ;
- l'inspecteur du travail aurait dû s'assurer de la réception par le salarié membre du comité social économique dont le licenciement est envisagé d'une double convocation ;
- les membres du comité social et économique n'ont pas été convoqués dans les formes requises, ils n'ont pas été destinataires d'un ordre du jour et n'ont reçu aucune information précise avant de rendre leur avis sur le projet de licenciement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2021, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er juin 2021 et le 9 mai 2022, la société par actions simplifiée Transports Couturier conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient avoir respecté le délai de convocation à l'entretien préalable, ainsi que ses obligations en matière de convocation des membres élus du comité social et économique et concernant M. E.
Par une intervention, enregistrée le 14 avril 2022, la société d'exercice libéral par actions simplifiée (SELAS) BMA Administrateurs judiciaires, en qualité d'administrateur de la société par actions simplifiée (SAS) Transports Couturier désormais dénommée THDF, et la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Delezenne et associés, en qualité de mandataire judiciaire de la société THDF, représentées par Me Lecaille, doivent être regardées comme demandant au tribunal de rejeter la requête de M. E, par les mêmes motifs que ceux exposés en défense.
Par ordonnance du 26 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure civile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Legros, représentant la SAS THDF, la SELAS BMA Administrateurs judiciaires et la SELARL Delezenne et associés.
Considérant ce qui suit :
1. M. E a été embauché à temps complet en qualité de chauffeur routier courte distance par la société Transports Couturier à compter du 10 janvier 2012, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Il a été élu membre suppléant de la délégation du personnel au comité social et économique de la société Transports Couturier. En raison d'un accident cérébral, il a été placé en arrêt maladie du 4 octobre 2017 au 31 août 2020, avant d'être reconnu en invalidité 2ème catégorie, ce qui correspond à l'incapacité d'exercer une quelconque activité professionnelle, à compter du 1er septembre 2020. Par courrier du 17 décembre 2020, la société Transports Couturier a, à la suite d'un avis d'inaptitude du médecin du travail, sollicité de l'inspection du travail l'autorisation de licencier M. E de son emploi. Par décision du 27 janvier 2021, l'inspecteur du travail de Dunkerque a autorisé le licenciement de M. E. Par courrier du 9 février 2021, M. E a été licencié de son emploi pour inaptitude et impossibilité de reclassement.
Sur l'intervention :
2. La société BMA Administrateurs Judiciaires, en qualité d'administrateur de la société par actions simplifiée THDF, et la société Delezenne et Associés, en qualité de mandataire judiciaire de la société THDF ont intérêt au maintien de la décision attaquée. Leur intervention est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 1232-2 du code du travail : " L'employeur qui envisage de licencier un salarié le convoque, avant toute décision, à un entretien préalable. / La convocation est effectuée par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. / L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation ". D'autre part, aux termes de l'alinéa 1er de l'article 641 du code de procédure civile : " Lorsqu'un délai est exprimé en jours, celui de l'acte, de l'événement, de la décision ou de la notification qui le fait courir ne compte pas ", l'article 642 du même code disposant que : " Tout délai expire le dernier jour à vingt-quatre heures. / Le délai qui expirerait normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant ". Il résulte de ces dispositions que le délai minimal de cinq jours entre la convocation à l'entretien préalable au licenciement et la tenue de cet entretien constitue une formalité substantielle, dont la méconnaissance vicie la procédure de licenciement, le jour de remise de la lettre, et le dimanche qui n'est pas un jour ouvrable, ne comptant pas dans le délai.
4. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 23 novembre 2020, reçu le mercredi 25 novembre 2020, M. E a été convoqué à un entretien préalable fixé le mercredi 2 décembre 2020 à 14h30, de sorte qu'il a bénéficié de cinq jours ouvrables pleins pour préparer sa défense. L'accusé de réception produit par la société en défense comporte, non pas une mention " convid-19 " comme il est soutenu mais une signature, dont rien n'indique qu'elle ne serait pas celle du requérant. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la convocation à l'entretien préalable doit être écarté.
5. En second lieu, l'alinéa 1er de l'article L. 2421-3 du code du travail dispose que : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement dans les conditions prévues à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III ". Aux termes de l'alinéa 1er de l'article R. 2421-9 de ce code : " L'avis du comité social et économique est exprimé au scrutin secret après audition de l'intéressé ". Saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, il appartient à l'administration de s'assurer que la procédure de consultation du comité d'entreprise a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité d'entreprise a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation. Aucune disposition n'impose une double convocation du salarié du fait de ses qualités de salarié protégé et de membre, titulaire ou suppléant, du comité social et économique.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. E, qui a été entendu par les membres du comité social et économique lors de sa réunion extraordinaire du 10 décembre 2020, a été régulièrement convoqué à cette réunion tant en qualité de salarié protégé par courrier recommandé du 23 novembre 2020, reçu le 25 novembre 2020, qu'en qualité de membre suppléant par courrier du 4 décembre 2020 produit par le requérant au soutien de sa requête. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de sa convocation en vue de son audition par le comité social et économique ne peut qu'être écarté.
7. D'autre part, par les pièces qu'elle produit, la société Transports Couturier justifie que l'ensemble des membres titulaires du comité social et économique ont bien été convoqués par courriers du 4 décembre 2020 à la réunion extraordinaire de ce comité du 10 décembre 2020 et qu'il a été porté à leur connaissance le motif de cette réunion, le nom du salarié concerné et le mandat exercé par M. E, ces convocations étant accompagnées de pièces jointes, à savoir l'avis d'inaptitude du médecin du travail du 2 novembre 2020, le procès-verbal de la réunion du comité social et économique du 17 novembre 2020 relatif au reclassement de M. E, les courriers adressés au requérant et au docteur F le 18 novembre 2020, ainsi que le procès-verbal des élections au comité social et économique. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que les convocations précitées seraient irrégulières, ni que les membres du comité social et économique, qui ont pu entendre M. E en complément des informations qui leur ont été transmises, n'auraient pu émettre leur avis en toute connaissance de cause. S'il ressort du procès-verbal de la réunion du comité social et économique du 10 décembre 2020 que M. A était excusé et remplacé par son suppléant, M. B C, la circonstance qu'il ne soit pas justifié de la convocation de ce dernier est indifférente, dès lors qu'il n'est pas contesté que M. C a assisté à cette réunion. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité des conditions de réunion et d'information des membres du comité social et économique doit également être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'inspecteur du travail de Dunkerque du 27 janvier 2021 doivent être rejetées.
Sur la déclaration de jugement commun :
9. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à Me Miquel, en qualité d'administrateur, et de Me Delezenne, en qualité de mandataire judiciaire, la société BMA Administrateurs Judiciaires, en qualité d'administrateur de la société par actions simplifiée THDF, et la société Delezenne et Associés, en qualité de mandataire judiciaire de la société THDF, étant intervenues à l'instance. Par suite, les conclusions, présentées par M. E, tendant à ce que le jugement soit déclaré commun et opposable à Me Miquel, en qualité d'administrateur, et de Me Delezenne, en qualité de mandataire judiciaire, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la société Transports Couturier, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du M. E la somme demandée par la société Transports Couturier au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de la société BMA Administrateurs Judiciaires et de la société Delezenne et Associés est admise.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Les conclusions de la société Transports Couturier présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, à la société par actions simplifiée Transports Couturier désormais dénommée THDF, à la société d'exercice libéral par actions simplifiée BMA Administrateurs judiciaires et à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Delezenne et associés.
Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le rapporteur,
signé
V. FOUGERES
Le président,
signé
J.-M. RIOU La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026