mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102496 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL NEOS AVOCATS CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er avril 2021, Mme A B, représentée par Me Dewattine, demande au tribunal :
1°) d'annuler le certificat d'urbanisme délivré le 2 février 2021 par la maire de la commune de Saulchoy, déclarant non réalisable l'opération consistant en la construction d'une habitation individuelle sur le terrain cadastré OA0488 situé rue d'Hébécourt sur le territoire communal ;
2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en l'absence de plan local d'urbanisme, le maire n'était pas compétent pour délivrer le certificat d'urbanisme au nom de la commune ;
- la décision attaquée doit s'analyser comme procédant au retrait du certificat d'urbanisme tacitement obtenu le 1er février 2021 et elle ne pouvait intervenir sans la mise en œuvre préalable de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- aucun retrait n'était possible dès lors que le certificat tacite n'était pas illégal ;
- sa parcelle ne se situe pas en dehors des parties urbanisées de la commune au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et le hameau où se situe son terrain doit être regardé comme un secteur urbanisé du village ;
- la présence d'une ZNIEFF de type II n'est pas un motif de nature à rendre un terrain inconstructible, ce contrôle ne pouvant être opéré qu'au stade d'une autorisation de construire.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2022, la commune de Saulchoy, représentée par Me Poulain, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guyard,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel pour la construction d'une habitation sur la parcelle OA0488 d'une superficie de 1 810 m2 dont elle est propriétaire, rue d'Hébécourt, sur le territoire de la commune de Saulchoy. La maire de la commune a, par arrêté du 2 février 2021, délivré un certificat d'urbanisme indiquant que le projet ne pouvait être réalisé pour l'opération projetée en application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et de l'article R. 111-14 du même code. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté du 2 février 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; / b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que si la caducité du plan d'occupation des sols de la commune, qui n'est pas contestée, a eu pour effet de remettre en vigueur le règlement national d'urbanisme, elle n'a pas eu pour effet de remettre en cause le transfert de compétence à la commune, qui est devenu définitif, et réalisé au profit du maire de la commune conformément aux dispositions citées au point 2. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du maire, signataire de la décision attaquée, doit être écarté.
En ce qui concerne le vice de procédure allégué et la qualification de retrait de l'acte attaqué :
4. Aux termes de l'article R. 410-10 du code de l'urbanisme : " Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, le délai d'instruction est de deux mois à compter de la réception en mairie de la demande. () " et aux termes de l'article R. 410-12 du même code : " A défaut de notification d'un certificat d'urbanisme dans le délai fixé par les articles R. 410-9 et R. 410-10, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite. Celui-ci a exclusivement les effets prévus par le quatrième alinéa de l'article L. 410-1, y compris si la demande portait sur les éléments mentionnés au b de cet article. ".
5. Il résulte de ces dispositions que le certificat d'urbanisme tacite résultant du silence gardé par l'autorité compétente a pour seul effet de faire obstacle à ce que l'administration, pendant une période de 18 mois à compter de la naissance de ce certificat, puisse invoquer, pour le terrain sur lequel porte ce dernier, des dispositions d'urbanisme, des taxes ou participations d'urbanisme ou des limitations administratives au droit de propriété autres que celles qui existaient à la date de ce certificat, à l'exception des dispositions ayant pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. En délivrant, postérieurement à un tel certificat tacite, un certificat se bornant à indiquer que le terrain ne peut être utilisé pour réaliser l'opération envisagée en raison des dispositions d'urbanisme qui lui sont applicables, l'administration, sauf dans l'hypothèse où elle opposerait ainsi des dispositions d'urbanisme entrées en vigueur après la naissance du certificat tacite, ne retire à ce dernier aucun des effets de droit qui lui sont attachés et ne peut, dès lors, être regardée comme procédant à son retrait.
6. Il s'ensuit qu'en indiquant à Mme B, par le certificat d'urbanisme litigieux daté du 2 février 2021 et notifié le 9 février suivant, que l'opération de construction d'une maison qu'elle envisageait de réaliser sur la parcelle cadastrée OA0488 qu'elle possède à Saulchoy n'était pas réalisable dès lors que cette parcelle n'était pas située dans une partie actuellement urbanisée de la commune et que le projet était de nature à entraîner une urbanisation dispersée, le maire n'a pas procédé au retrait du certificat d'urbanisme tacite né le 5 février 2021 du silence gardé sur la demande que la requérante avait présentée le 4 décembre 2020 sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme.
7. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du respect de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et celui tiré de l'erreur de droit à retirer une décision qui n'était pas illégale ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne les dispositions de l'article L. 111-3 et R. 111-4 du code de l'urbanisme
8. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ".
9. D'une part, les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions implantées " en dehors des parties urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre une partie urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.
10. D'autre part, aux termes de l'article R. 111-14 : " En dehors des parties urbanisées des communes, le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature, par sa localisation ou sa destination : / 1° A favoriser une urbanisation dispersée incompatible avec la vocation des espaces naturels environnants, en particulier lorsque ceux-ci sont peu équipés ; () ".
11. En l'espèce, pour refuser de délivrer à la requérante le certificat d'urbanisme sollicité, la maire de la commune de Saulchoy s'est fondée sur les dispositions des articles L. 111-3 et R. 111-14 du code de l'urbanisme, au motif que le projet est situé hors du bourg, dans une partie du territoire occupé soit par des bâtiments agricoles, soit par quelques maisons d'habitation produits d'un mitage incontrôlé et ancien, et qu'il serait de nature à favoriser une urbanisation dispersée incompatible avec la préservation de l'espace agricole environnant.
12. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plans cadastraux et de la photographie aérienne produits, que la parcelle OA0488 en litige, d'une surface de 1810 m2, qui est reliée aux réseaux d'eau potable et d'électricité, est située en bordure nord de la route départementale 119 dite rue d'Hébécourt, à l'ouest et à distance d'au moins 500 mètres du centre bourg de Saulchoy. Si cette parcelle est contigüe à celle d'un bâtiment agricole qui aurait désormais une affectation de gîte, le terrain de la requérante s'inscrit intégralement dans un compartiment naturel dénommé " Au dessus d'Ebecourt " constituant une rupture franche d'urbanisation entre le centre de la commune et les constructions éparses situées majoritairement au sud et à l'ouest de la route départementale et constituant le hameau. Le projet envisagé aurait donc pour effet de densifier une zone d'habitation diffuse et d'étendre le hameau, lequel ne peut être regardé, pour la partie nord de la route départementale et en dépit des quelques constructions existantes, comme une partie actuellement urbanisée de la commune. Dans ces conditions, le maire n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme en considérant que la parcelle de Mme B était située en dehors des parties urbanisées de la commune et pour les mêmes motifs, il n'a pas plus commis une erreur de droit en appliquant les dispositions de l'article R. 111-14, au cas d'espèce, dès lors que la parcelle est située en dehors du bourg de Saulchoy et est partie prenante d'un espace naturel et agricole.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saulchoy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 200 euros à verser à la commune de Saulchoy au titre des frais exposés par cette dernière au même titre.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera à la commune de Saulchoy la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Saulchoy.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
Mme Guyard, première conseillère,
M. Borget, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
S. GUYARD
La présidente,
signé
A.-M. LEGUIN
La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026