jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102528 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ERNST & YOUNG SOCIÉTÉ D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 avril 2021 et le 23 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Noury, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2021 par lequel le maire de Ronchin a refusé de lui accorder le permis de construire sollicité, ensemble la décision du 18 février 2021 par laquelle il a également rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Ronchin de lui délivrer le permis de construire sollicité ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Ronchin la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le maire n'a pas été régulièrement habilité en vue de représenter la commune dans le cadre de l'instance.
- l'arrêté du 25 janvier 2021 a été signé par une autorité incompétente ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ainsi que celles du plan local d'urbanisme (PLU) de la communauté urbaine Lille métropole relatives à l'aspect extérieur des constructions, aménagement des abords, protection des éléments de paysage.
- la décision du 18 février 2021 a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle fait application des dispositions du PLUi de la métropole européenne de Lille (MEL) adopté par délibération du 12 décembre 2019 ;
- elle méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ainsi que celles du PLU de la communauté urbaine Lille métropole relatives à l'aspect extérieur des constructions, aménagement des abords, protection des éléments de paysage.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 octobre 2021 et le 13 novembre 2022, la commune de Ronchin, représentée par Me Dagostino, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 18 février 2021 peut-être fondée sur les dispositions du PLUi de la MEL en vigueur au 29 juillet 2019, dès lors qu'une telle substitution n'a pas pour effet de priver le requérant de garanties de procédure ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leclère,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- et les observations de Me Noury, représentant M. A, et de Me Liénart, substituant Me Dagostino et représentant la commune de Ronchin.
Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 20 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 décembre 2020, M. A a sollicité un permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle sur un terrain situé 37 rue Lestienne sur le territoire de la commune de Ronchin, le maire de celle-ci lui ayant préalablement délivré, le 29 juillet 2019, un certificat d'urbanisme déclarant un tel projet non-réalisable. Par un arrêté du 25 janvier 2021, le maire de la commune a refusé de faire droit à cette demande de permis de construire au motif que le projet porte atteinte à l'identité patrimoniale et aux qualités architecturales, urbaines et paysagères. Par une décision du 18 février 2021, le maire de la commune de Ronchin a également rejeté le recours gracieux formé par le pétitionnaire. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour représenter la commune en justice pendant la durée de son mandat.
3. Par une délibération du 29 mai 2020, le conseil municipal de Ronchin a habilité le maire à " intenter toutes les actions en justice et à défendre les intérêts de la commune dans l'ensemble des cas susceptibles de se présenter () ". Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le mémoire en défense présenté, au nom de la commune de Ronchin, par son maire, représentée par un avocat, devrait être écarté des débats comme irrecevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 25 janvier 2021 :
4. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article 11UA du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la communauté urbaine de Lille métropole, dans sa version en vigueur à la date du 29 juillet 2019 : " " I) PRINCIPE GENERAL / En aucun cas les constructions et installations à édifier ou à modifier ne doivent par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales (article R.111-21 du code de l'urbanisme) / () / II) DISPOSITIONS APPLICABLES A LA ZONE U.A. / Est déconseillé tout pastiche d'une architecture archaïque ou étrangère à la région. 1) Choix des matériaux et traitement des façades / a) Choix des matériaux / () Les matériaux apparents en façade doivent être choisis de telle sorte que leur mise en œuvre permette de leur conserver de façon permanente un aspect satisfaisant. Les matériaux de recouvrement (plaquettes, bardages, coffrages) ne peuvent être employés que s'ils ne remettent pas en cause la qualité architecturale de l'immeuble et de son environnement. () ".
5. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, situé en zone UA, définie par le PLU comme " une zone urbaine mixte, à caractère central, à dominante d'habitat, pouvant comporter des commerces, des services, des bureaux, des activités artisanales, des équipements publics, compatibles avec un environnement urbain dense ", se trouve entre deux voies, la rue Lestienne et la rue Roger Salengro. La rue Lestienne est principalement composée de maisons individuelles mitoyennes en R+1 ou R+2, de volumétries similaires, implantées à la limite de l'emprise publique. Ces habitations sont principalement faites en briques rouges et présentent une certaine homogénéité. La rue Roger Salengro, où s'implante la construction projetée, est quant à elle, aux abords du terrain d'assiette du projet, composée de quelques habitations individuelles d'architecture classique mais non homogène, d'un entrepôt ainsi que de végétation implantée en front de rue et de jardins. Dès lors, les lieux avoisinants du projet ne présentent pas de caractère ou d'intérêt particulier. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet de M. A consiste à implanter du côté de la rue Roger Salengro, en retrait de cette dernière, une maison individuelle d'architecture contemporaine, composée d'un entresol et d'un rez-de-chaussée, les façades nord-est et sud-ouest comportant d'importantes surfaces vitrées ainsi qu'un bardage en bois. La toiture ainsi que les flancs de la construction, constitués de murs aveugles, sont quant à eux en zinc anthracite. La construction sera ainsi principalement de couleur anthracite, rappelant la couleur grise des habitations situées de l'autre côté de la rue Roger Salengro.
Dans ces conditions, il n'apparaît pas que la construction projetée nuirait, par sa situation, son architecture, ses dimensions et son aspect extérieur à l'environnement immédiat dans lequel elle doit s'inscrire. Le maire de la commune de Ronchin a ainsi fait une inexacte application des dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et 11UA du règlement du PLU et le moyen doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 25 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Ronchin a refusé de délivrer à M. A le permis de construire sollicité le 3 décembre 2020 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 18 février 2021 rejetant le recours gracieux de l'intéressé. Pour l'application L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder ces annulations.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation de construire après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est sasi de conclusions aux fins d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation sollicitée. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
9. Le présent jugement censure le seul motif sur lequel le maire de Ronchin a fondé son arrêté portant refus de permis de construire. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif serait susceptible de justifier un tel refus, ni qu'un changement de circonstances de fait serait intervenu et ferait obstacle à la délivrance de l'autorisation d'urbanisme sollicitée. Par suite, il convient d'enjoindre au maire de Ronchin de délivrer à M. A le permis de construire sollicité le 3 décembre 2020 dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la commune de Ronchin demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Ronchin une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 25 janvier 2021 du maire de Ronchin ainsi que la décision du 18 février 2021 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Ronchin de délivrer à M. A le permis de construire sollicité le 3 décembre 2020, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Ronchin versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Ronchin.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
M. LECLERELe président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
J. DEREGNIEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026