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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102593

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102593

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBALAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 avril 2021 et 1er mars 2022, la SCI Sorofoch, représentée par la SARL Edifice Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2021 par lequel le maire de la commune de Villeneuve-d'Ascq a refusé de lui délivrer un permis de construire sur des parcelles cadastrées LC 460 et LC 461 situées 1 place du maréchal Foch ;

2°) d'enjoindre au maire de Villeneuve-d'Ascq de lui délivrer le permis de construire sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-d'Ascq une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL) relatives aux espaces libres et plantations en zone UCA 4.1 et UCA 6.2 ainsi que celles relatives aux travaux en secteurs paysagers arborés à préserver simple ;

- le refus d'autoriser la démolition de la villa existante est entaché d'une erreur de droit ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ainsi que les dispositions du PLUi de la MEL relatives à l'insertion paysagère.

Par un mémoire enregistré le 24 novembre 2021, la commune de Villeneuve-d'Ascq conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société Sorofoch au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public ;

- les observations de Me Balaÿ, représentant la SCI Sorofoch.

Une note en délibéré présentée pour la SCI Sorofoch a été enregistrée le 6 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 octobre 2020, la société Sorofoch a sollicité un permis de construire en vue de démolir des constructions existantes et bâtir une maison individuelle ainsi qu'un immeuble collectif de huit logements sur un terrain situé 1 place du maréchal Foch à Villeneuve-d'Ascq et portant au cadastre les numéros LC 460 et LC 461. Par un arrêté du 15 février 2021, le maire de Villeneuve-d'Ascq a refusé de faire droit à sa demande aux motifs que le projet portait atteinte à la qualité végétale d'un site protégé ainsi qu'à la qualité et à l'intérêt des lieux avoisinants. Par la requête susvisée, la société Sorofoch demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du C) du IV) de la section I du chapitre II du Livre I du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL), dans sa rédaction applicable au litige : " Dans les secteurs paysagers et/ou arborés à préserver simple repérés au plan sont autorisés tous les travaux, constructions et aménagement qui ne concourent pas à imperméabiliser plus de 20% de la superficie du secteur paysager ou arboré repéré au plan et couvrant l'unité foncière. / Tout déboisement rendu nécessaire par le projet doit être compensé par la plantation d'arbres sur l'unité foncière à raison de deux sujets plantés pour un arbre abattu, de façon à reconstituer une qualité paysagère et arborée équivalente, en tenant compte de la valeur écologique et économique du reboisement. ".

3. En l'espèce, le projet prévoit l'abattage de 12 arbres dont 9 sont situés dans la partie du terrain d'assiette constituant un secteur paysager et/ou arboré à préserver simple, ainsi que la plantation de 21 nouveaux arbres de haute tige, dont 18 seront situés dans le secteur à préserver. Il ressort des plans versés au dossier que ce déboisement est rendu nécessaire par le projet et est compensé dans le secteur à préserver par la plantation de deux arbres par arbre abattu. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le reboisement prévu ne soit pas d'une qualité paysagère et arborée équivalente à celle du boisement existant. Par suite, et alors que le règlement du plan local d'urbanisme ne soumet pas l'abattage d'arbres, dans le secteur paysager et/ou arboré à préserver simple, à une condition d'urgence ni n'impose au demandeur de justifier de l'impossibilité technique d'éviter ce déboisement, le maire de Villeneuve-d'Ascq a fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de délivrer le permis de construire sollicité au motif qu'il portait atteinte à la qualité végétale d'un site protégé.

4. En deuxième lieu, si l'arrêté attaqué s'oppose à la démolition de la villa implantée sur le terrain d'assiette du projet dès lors que celle-ci apporte une respiration urbaine à l'angle de la place Foch, ce motif ne pouvait justifier le refus de délivrance du permis de démolir sollicité dès lors qu'il n'est fondé sur aucune disposition du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole européenne de Lille, ni du code de l'urbanisme. Le moyen de l'erreur de droit doit ainsi être accueilli.

5. En troisième lieu, aux termes du I) de la section I du chapitre III de la section II du livre I du règlement du PLUi de la MEL, dans sa rédaction applicable au litige : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes du III) de cette même section, intitulé " traitement des façades " : " Dans le cas où le bâtiment projeté présente une façade d'une longueur notablement supérieure à celle des façades avoisinantes, le traitement architectural de la façade doit s'harmoniser au rythme des bâtiments bordant la voie. Les transformations de façades doivent respecter dans toute la mesure du possible les caractéristiques urbaines de la rue concernée, en particulier les rythmes verticaux, les hauteurs des percements, les modénatures et décors, les volumes et les hauteurs, les pentes de toiture. ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, d'une superficie de 2 860 mètres carrés, est situé le long de la place du maréchal Foch en face de l'église Sacré-Cœur et comprend actuellement une villa implantée en retrait ainsi qu'une maisonnette accolée à la limite séparative sud-est en front de rue et en mitoyenneté de l'immeuble voisin. Il s'insère dans un environnement résidentiel composé de maisons individuelles construites durant la première moitié du XXème siècle, principalement en R+1 et R+2, de volumétries similaires et présentant des toitures en tuiles à double pente ou à pentes complexes, des façades ouvragées en pierres et en briques rouges présentant notamment, sur le front bâti de la place du maréchal Foch à l'extrémité duquel le terrain d'assiette du projet se situe, des modénatures et des encorbellements. L'environnement immédiat du projet constitue ainsi un ensemble architectural harmonieux et cohérent.

7. D'autre part, le projet de la SCI Sorofoch consiste à implanter un immeuble collectif de huit logements en front de rue accolé à la maison mitoyenne en limite séparative sud-est du terrain d'assiette ainsi qu'une maison individuelle à l'arrière de la parcelle. Il ressort des pièces du dossier que si les ouvertures de l'immeuble collectif à construire se situent à une hauteur similaire de celle des ouvertures des maisons situées sur ce front de rue, sa hauteur absolue, de 9,41 mètres à l'acrotère, est différente de celle de l'immeuble mitoyen. Si cet immeuble sera pourvu, tout comme la maison individuelle projetée en fond de parcelle, d'une façade partiellement en briques rouges comme les habitations avoisinantes, ces nouvelles constructions seront toutefois bâties dans un style moderne avec un toit plat et des façades bardées de bois pour leurs plus grandes parties, éléments architecturaux absents de l'environnement immédiat du terrain d'assiette du projet et très peu utilisés dans le quartier. En outre, la façade de l'immeuble, d'une longueur de plus de 15 mètres notablement supérieure à celle des maisons voisines, ainsi que celle de la maison individuelle, sont dépourvues d'éléments ornementaux, de modénatures ou de décrochés de façade rappelant ceux présents sur les maisons voisines et qui sont de nature à atténuer l'aspect cubique et massif des constructions projetées et à favoriser leur insertion dans le paysage urbain existant. Ainsi, même si en laissant libre un espace en front de rue à l'ouest de la parcelle avec vue sur les arbres à haute tige du parc, le projet maintient la respiration urbaine proposée par l'implantation en retrait de la villa existante, les constructions du projet, par leurs volumes, leurs caractéristiques architecturales et notamment le choix des matériaux utilisés en façades et le traitement de celles-ci, ne s'harmonisent pas avec l'environnement immédiat du projet et sont de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. Le maire de Villeneuve-d'Ascq n'a ainsi pas fait une inexacte application des dispositions précitées du règlement du PLUi en refusant, pour ce motif, de délivrer le permis de construire sollicité.

8. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le maire de Villeneuve-d'Ascq aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de l'atteinte à la qualité et à l'intérêt des lieux avoisinants par le projet de la SCI Sorofoch.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la SCI Sorofoch tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 février 2021 par lequel la maire de Villeneuve-d'Ascq lui a refusé un permis de construire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la SCI Sorofoch doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Villeneuve-d'Ascq, qui n'est pas la partie perdant dans la présente instance, le versement de la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Sorofoch la somme demandée par la commune de Villeneuve-d'Ascq au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Sorofoch est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Villeneuve-d'Ascq présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Sorofoch et à la commune de Villeneuve-d'Ascq.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

Q. LIENARD

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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