lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102784 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MONTESQUIEU AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 avril 2021, Lille métropole habitat, représenté par Me Lorthiois, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le maire d'Armentières l'a mis en demeure, dans un délai maximum de trente jours, de procéder à l'enlèvement et à l'élimination des déchets stockés sur les parcelles cadastrées BK 327 - BK 870, de nettoyer, débarrasser, sécuriser, dératiser et désinfecter le site et d'entretenir la végétation du terrain, ensemble la décision du 15 février 2021 rejetant son recours gracieux contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Armentières la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner la commune d'Armentières aux entiers dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations dans le cadre d'une procédure contradictoire préalable à son édiction, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'erreur de fait, dès lors qu'il a accompli l'ensemble des diligences nécessaires pour obtenir du vendeur en l'état futur d'achèvement la construction de l'ensemble immobilier et l'entretien du chantier ;
- il est entaché d'erreur de droit, dès lors qu'ayant acquis l'immeuble en l'état futur d'achèvement, seul le vendeur a la qualité de maître d'ouvrage jusqu'à la réception des travaux, au sens des dispositions de l'article 1601-3 du code civil.
La requête a été communiquée à la commune d'Armentières, représentée par la société Adekwa Avocats qui, malgré une mise en demeure, n'a pas produit d'observations.
Par ordonnance du 14 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté préfectoral du 12 avril 1979 modifié portant règlement sanitaire départemental du Nord ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, rapporteur ;
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Badin, substituant Me Lorthiois, représentant Lille métropole habitat.
Considérant ce qui suit :
1. Lille métropole habitat (LMH), office public de l'habitat de la métropole européenne de Lille, a acquis le 28 décembre 2011 auprès de la SCCV Valentin, un ensemble immobilier d'habitation en état futur d'achèvement sur le territoire de la commune d'Armentières, dont la livraison devait intervenir au plus tard durant le second semestre 2013. A la suite d'échanges avec la SCCV Valentin concernant les retards pris sur le chantier, restés sans suites, LMH a fait constater par huissier, le 16 juillet 2015, l'abandon du chantier. Par exploit d'huissier du 29 septembre 2016, LMH a délivré une sommation interpellative à la SCCV Valentin lui demandant de produire sous huit jours la justification de ses moyens financiers ainsi que les études, missions et contrats démontrant que le projet de construction est toujours en cours et de préciser la date d'achèvement envisagée des travaux. Par courrier du 22 mai 2020, le maire d'Armentières a demandé à LMH, dans un délai d'un mois, d'une part, de renforcer la clôture du chantier et de condamner l'accès au bâtiment abandonné et, d'autre part, de procéder au débroussaillage et au nettoyage du terrain, lui laissant un délai de quinze jours pour présenter ses éventuelles observations et l'informant que faute de mise en œuvre des mesures nécessaires, un arrêté de mise en demeure dans un délai de trente jours sera édicté, avec possibilité d'exécution d'office des mesures en cas d'inaction dans ce dernier délai. Par courrier du 15 juin 2020, LMH a indiqué que la prise des mesures nécessaires relève de la SCCV Valentin en sa qualité de propriétaire de l'immeuble. Par arrêté du 13 novembre 2020, le maire d'Armentières l'a mis en demeure, dans un délai de trente jours, de procéder à l'enlèvement et à l'élimination des déchets stockés sur les parcelles cadastrées BK327 - BK 870, de nettoyer, débarrasser, sécuriser, dératiser et désinfecter le site et d'entretenir la végétation du terrain. Par courrier du 22 décembre 2020, LMH a formé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par la commune d'Armentières le 15 février 2021. Par la présente requête, LMH demande l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2020, ensemble la décision du 15 février 2021 rejetant son recours gracieux contre cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. () ". Aux termes de l'article L. 1421-4 du code de la santé publique : " Le contrôle administratif et technique des règles d'hygiène relève : / 1° De la compétence du maire pour les règles générales d'hygiène fixées, en application du chapitre Ier du titre Ier du livre III, pour les habitations, leurs abords et dépendances ; ". Les articles 32, 37 et 119 du règlement sanitaire départemental du Nord imposent aux propriétaires d'immeubles respectivement une obligation générale d'entretien des bâtiments et de leurs abords, une obligation d'entretenir la végétation aux abords des bâtiments et une obligation de dératisation.
3. De plus, l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement définit le producteur de déchets comme " toute personne dont l'activité produit des déchets (producteur initial de déchets) ou toute personne qui effectue des opérations de traitement des déchets conduisant à un changement de la nature ou de la composition de ces déchets (producteur subséquent de déchets) " et le détenteur des déchets comme le " producteur des déchets ou toute autre personne qui se trouve en possession des déchets ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d'en assurer ou d'en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du présent chapitre. / Tout producteur ou détenteur de déchets est responsable de la gestion de ces déchets jusqu'à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers. / () ". Aux termes de l'article L. 541-3 de ce code, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. - Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, à l'exception des prescriptions prévues au I de l'article L. 541-21-2-3, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. / Au terme de cette procédure, si la personne concernée n'a pas obtempéré à cette injonction dans le délai imparti par la mise en demeure, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente peut, par une décision motivée qui indique les voies et délais de recours : / 1° L'obliger à consigner entre les mains d'un comptable public une somme correspondant au montant des mesures prescrites () ; / 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. () ; / 4° Ordonner le versement d'une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € () ; / 5° Ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 150 000 €. ()".
4. Il résulte de ces dispositions que le producteur ou le détenteur de déchets a l'obligation d'en assurer l'élimination dans des conditions propres à éviter une atteinte à l'environnement. L'autorité investie des pouvoirs de police municipale doit prendre les mesures nécessaires pour assurer l'élimination des déchets dont l'abandon, le dépôt ou le traitement présentent des dangers pour l'environnement. En cas de carence de l'autorité municipale dans l'exercice des pouvoirs de police qui lui sont conférés au titre de la police des déchets, le préfet est légalement fondé à prendre sur le fondement de ces dispositions, à l'égard du producteur ou du détenteur des déchets, les mesures propres à prévenir toute atteinte à la santé de l'homme et à l'environnement. Par ailleurs, sont responsables des déchets, au sens des dispositions précitées, les producteurs ou autres détenteurs connus des déchets. En leur absence, le propriétaire du terrain sur lequel ils ont été déposés peut être regardé comme leur détenteur, au sens de l'article L. 541-2 du code de l'environnement, et être de ce fait assujetti à l'obligation de les éliminer, notamment s'il a fait preuve de négligence à l'égard d'abandons sur son terrain ou s'il ne pouvait ignorer, à la date à laquelle il est devenu propriétaire de ce terrain, d'une part, l'existence de ces déchets et, d'autre part, que la personne y ayant exercé une activité productrice de déchets ne serait pas en mesure de satisfaire à ses obligations.
5. Enfin, aux termes de l'article 1601-3 du code civil : " La vente en l'état futur d'achèvement est le contrat par lequel le vendeur transfère immédiatement à l'acquéreur ses droits sur le sol ainsi que la propriété des constructions existantes. Les ouvrages à venir deviennent la propriété de l'acquéreur au fur et à mesure de leur exécution ; l'acquéreur est tenu d'en payer le prix à mesure de l'avancement des travaux. / Le vendeur conserve les pouvoirs de maître de l'ouvrage jusqu'à la réception des travaux. ".
6. S'il résulte des dispositions précitées que l'acquéreur d'un bien vendu en vertu d'un contrat de vente en l'état futur d'achèvement devient immédiatement propriétaire du terrain et des constructions existantes et propriétaire des ouvrages à venir au fur et à mesure de leur construction, ces dispositions ne prévoient toutefois pas la simple vente d'un terrain à bâtir mais la vente d'un immeuble à édifier sur un terrain déterminé, l'élément prédominant étant l'obligation de construire, de sorte qu'une telle vente ne peut s'apprécier que dans sa globalité et non pas étape par étape suivant l'évolution des acquisitions de terrains et l'édification des constructions. Dans ces conditions, et compte tenu par ailleurs de ce que le vendeur conserve les prérogatives du maître d'ouvrage jusqu'à la réception des constructions à édifier, les risques portant sur le bien acquis restent à la charge du vendeur jusqu'à la réception des constructions à édifier, date à laquelle ils sont transférés à l'acquéreur.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que LMH a acquis en l'état futur d'achèvement un ensemble immobilier à construire sur les parcelles cadastrées BK 327 et BK 870, lesquelles font l'objet de l'arrêté en litige et que les services de la commune d'Armentières ont constaté la présence de déchets de chantier, de dépôts de déchets sauvages ainsi que d'une végétation non entretenue sur ces parcelles. Les déchets de chantier ont été produits par la SCCV Valentin, maître d'ouvrage de l'ensemble immobilier, qui est à ce titre responsable de leur traitement conformément aux dispositions citées au point 3. Les dépôts sauvages de déchets, dont ni les producteurs ni les détenteurs ne sont identifiés, incombent, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, à la SCCV Valentin en sa qualité de vendeur en l'état futur d'achèvement. Il en va de même de l'obligation d'entretien de la végétation du terrain et de sa dératisation. Dès lors, LMH est fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'erreur de droit.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le maire d'Armentières a mis en demeure LMH, dans un délai maximum de trente jours, de procéder à l'enlèvement et à l'élimination des déchets stockés sur les parcelles cadastrées BK 327 - BK 870, de nettoyer, débarrasser, sécuriser, dératiser et désinfecter le site et d'entretenir la végétation du terrain ainsi que la décision du 15 février 2021 par laquelle le maire d'Armentières a rejeté le recours gracieux du requérant contre cet arrêté doivent être annulés.
Sur les frais de l'instance :
9. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Armentières une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par LMH et non compris dans les dépens.
10. D'autre part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / () ". Le requérant ne justifiant avoir exposé aucun dépens, les conclusions tendant à la mise à la charge de la commune d'Armentières des entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le maire d'Armentières a mis en demeure Lille métropole habitat, dans un délai maximum de trente jours, de procéder à l'enlèvement et à l'élimination des déchets stockés sur les parcelles cadastrées BK327 - BK 870, de nettoyer, débarrasser, sécuriser, dératiser et désinfecter le site et d'entretenir la végétation du terrain ainsi que la décision du 15 février 2021 rejetant son recours gracieux contre cet arrêté sont annulés.
Article 2 : La commune d'Armentières versera à Lille métropole habitat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Lille métropole habitat et à la commune d'Armentières.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
T. BOURGAULa présidente,
Signé
J. FÉMÉNIA
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2102784
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026