mercredi 1 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102786 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MARICOURT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 avril 2021 et le 5 septembre 2022,
Mme A D, représentée par Me Maricourt, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 février 2021 par laquelle la directrice de la protection judiciaire de la jeunesse a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 7 avril 2016 ;
2°) d'enjoindre à la directrice de la protection judiciaire de la jeunesse de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident constaté le 7 avril 2016 dans un délai de 60 jours à compter de la notification du jugement à venir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'administration ne l'a pas convoquée à un entretien ni à une nouvelle expertise postérieurement à l'annulation juridictionnelle de la décision du 1er juin 2018 ;
- elle méconnaît l'article 21 de la loi du 13 juillet 1983 dès lors que son accident est survenu pendant ses heures de service, sur son lieu de travail ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.4121-1 du code du travail dès lors qu'aucune mesure n'a été prise pour protéger sa santé et sa sécurité ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son état de santé est en lien direct avec son activité professionnelle ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 6 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 octobre 2022 à 12 h 00.
Le garde des sceaux, ministre de la justice, a produit, à la demande du tribunal, l'avis de la commission de réforme du 25 mai 2018, enregistré le 15 décembre 2022, communiqué en application des dispositions de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative.
Par une lettre du 14 décembre 2022, la requérante a été invitée à produire, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident qu'elle aurait subi le 7 avril 2016.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi du n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public,
- les observations de Me Maricourt, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D exerce les fonctions d'éducatrice spécialisée auprès de la protection judiciaire de la jeunesse depuis 2006 et au sein de l'unité éducative de milieu ouvert (UEMO) d'Hénin-Beaumont depuis le 27 mars 2012. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire du 3 au 20 septembre 2014, du 13 au 29 aout 2015, du 2 au 17 novembre 2015 et du
7 au 24 décembre 2015. Mme D a ensuite été placée en congé maladie de longue durée pour la période comprise entre le 22 avril 2016 et le 21 octobre 2018. A compter du
22 avril 2016, elle a été placée en congé de longue durée. Par un courrier du 14 décembre 2017, l'intéressée a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident qu'elle aurait subi le 7 avril 2016. Le 25 mai 2018, la commission de réforme a émis un avis défavorable à l'imputabilité au service d'un accident survenu le 7 avril 2016. Par une décision du 1er juin 2018, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse du Grand-Nord a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de cet accident. Par un jugement n°1806823, 180909 du
16 septembre 2020, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du 1er juin 2018, et enjoint au directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse du Grand-Nord de se prononcer à nouveau sur la demande de Mme D. Par une décision du
19 novembre 2020, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse du
Grand-Nord a, de nouveau, refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident du
7 avril 2016. Par un courrier du 17 décembre 2020, reçu le 18 décembre 2020, Mme
D a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision qui a été rejeté par une décision expresse du 15 février 2021 du garde des sceaux, ministre de la justice. Mme D demande l'annulation de cette décision du 15 février 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 18 juin 2020 publiée le 24 juin 2020 au JORF n° 0155, la directrice de la protection judiciaire de la jeunesse a donné délégation à Mme C B, cheffe du bureau des relations sociales et des statuts, signataire de l'acte attaqué, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Et aux termes de l'article 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, aux termes de l'article L.411-5 de ce code : " La décision rejetant un recours administratif dirigé contre une décision soumise à obligation de motivation en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 est motivée lorsque cette obligation n'a pas été satisfaite au stade de la décision initiale ".
4. Il ressort des termes de la décision du 19 novembre 2020, ayant fait l'objet du recours hiérarchique dont le rejet est contesté dans le présent litige, qu'elle vise les dispositions de la loi du 11 janvier 1984 et du décret du 14 mars 1986 dont elle fait application et qu'elle précise de manière suffisamment détaillée les considérations de fait sur laquelle elle se fonde en précisant notamment que " l'état anxio-depressif de l'intéressée est lié à des difficultés professionnelles générales et à un contexte de travail global insusceptible de revêtir le caractère d'un évènement soudain, que l'intéressée n'apporte en outre aucun élément permettant de rattacher ces affections médiates à l'intervention de l'entretien hiérarchique qui s'est déroulé le 7 avril 2016 ". Les mentions que comporte cette décision sont ainsi de nature à mettre en mesure la requérante d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 15 février 2021 doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des termes du jugement n°s 1806823, 180909 du
16 septembre 2020 du tribunal administratif de Lille que la décision du 1er juin 2018 était entachée d'incompétence et de défaut de motivation en fait, moyens ayant conduit à son annulation, cette dernière impliquant une injonction au réexamen de la demande de la requérante. Dès lors, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne résultait pas de ce jugement ni d'aucune disposition réglementaire ou législative que l'administration était tenue de la convoquer à un nouvel entretien ou examen postérieurement à ce jugement. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat dans sa version alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () ". L'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portait droits et obligations des fonctionnaires dispose d'ailleurs que : " II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. (). "
7. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.
8. Il ressort des pièces du dossier que la rencontre de médiation du 7 avril 2016 n'a pas donné lieu à des comportements ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Si la requérante évoque une réaction émotionnelle à cette date, elle n'en précise pas les circonstances. Enfin, il ressort de l'avis de la commission de réforme du 25 mai 2018 que " l'intéressé n'apporte pas la preuve qu'elle a été victime d'un fait accidentel à un moment précis " de sorte que l'arrêt de travail, les soins et examens spécialisés dont elle a bénéficié ne sont pas à prendre en compte au titre d'un accident de service. Contrairement à ce qu'allègue la requérante, cet avis est dépourvu de toute contradiction interne. Dans ces conditions, l'entretien du 7 avril 2016 ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 21 bis précité ne peut qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, lorsqu'un agent demande explicitement de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident survenu à une date certaine et non d'une maladie, le litige né du refus d'imputabilité au service de l'accident opposé par l'administration est distinct de celui qui serait né du refus d'imputabilité au service d'une maladie. D'une part, malgré la mesure supplémentaire d'instruction diligentée le 14 décembre 2022, la requérante, qui ne saurait utilement se prévaloir des troubles anxio-dépressifs dont elle a souffert, n'établit pas l'existence de l'accident de service qu'elle aurait subi le 7 avril 2016. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes du recours hiérarchique, de l'avis de la commission de réforme du 25 mai 2018 et de la décision contestée, que l'administration a été saisie d'une demande d'imputabilité d'un accident de service, et non d'une maladie. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation relative au lien entre les troubles anxio-dépressifs de la requérante et son activité professionnelle est inopérant à l'encontre de la décision contestée et doit être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. () ".
11. Dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 9, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D ait été victime d'un accident de service le 7 avril 2016, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 4121-1 du code du travail ne saurait qu'être écarté.
12. En dernier lieu, aucun élément versé à l'instance n'est de nature à établir l'existence d'un détournement de pouvoir. Le détournement de pouvoir allégué n'est donc pas établi.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 15 février 2021 rejetant son recours hiérarchique. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.
Le rapporteur,
J. HORNLa présidente,
J. FÉMÉNIALa greffière,
P. MAGHRI
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
No 2102786
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026