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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102791

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102791

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2021, Mme A B, représentée par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 octobre 2020 par laquelle le directeur de la direction territoriale de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) à Lille a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil à compter de la date de la décision litigieuse, le 8 octobre 2020, et de procéder au versement des sommes non perçues depuis cette date ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été prise par une personne qui n'était pas compétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure du fait de l'absence de l'entretien individuel prévu par les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance des dispositions de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a informé l'OFII de son état de santé par la remise du formulaire médical confidentiel dédié mais qu'aucun avis n'a été émis par un médecin de l'OFII ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B par une décision du 15 février 2021.

La clôture de l'instruction a été fixée au 24 avril 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 22 mars 1998 en Côte d'Ivoire, de nationalité ivoirienne, a déposé une demande d'asile en préfecture du Nord le 9 décembre 2019 et, le même jour, a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII, bénéficiant ainsi des conditions matérielles d'accueil. Après avoir fait l'objet, le 6 février 2020, d'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, elle ne s'est pas présentée le 6 août 2020 à l'embarquement du vol devant la transférer en Espagne et a été déclarée en fuite par la préfecture du Nord le 10 août 2020. Par une décision du 8 octobre 2020, dont la requérante demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Lille a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 744-14, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui avait déjà fait part de problèmes de santé lors de sa demande d'asile le 9 décembre 2019, a transmis des pièces médicales à la suite de sa notification de l'intention de l'OFII de suspendre ses conditions matérielles d'accueil le 10 septembre 2020. Si l'OFII fait valoir en défense qu'il ne ressort d'aucun élément du dossier qu'elle aurait renvoyé le pli confidentiel médical pourtant rempli par son médecin psychiatre le 6 octobre 2020, il ne conteste cependant pas avoir reçu la note sociale envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception établie par l'assistante sociale de la requérante le 24 septembre 2020 qui comprenait un certificat médical établi par le médecin psychiatre de la requérante le 22 septembre 2020 faisant état du stress post-traumatique sévère dont elle souffre, et il n'apparaît pas que ces documents auraient été examinés par un médecin de l'OFII. Par suite, la requérante, qui a été privée d'une garantie, est fondée à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

4. Ainsi, il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision du 8 octobre 2020 prise par le directeur territorial de l'OFII de Lille à l'encontre de Mme B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif retenu, le présent jugement implique nécessairement mais seulement que l'OFII procède au réexamen de la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par Mme B. Il y a lieu de fixer à l'OFII pour ce faire un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Clément, conseil de Mme B, renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Clément de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 octobre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Lille a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Clément, conseil de Mme B, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Clément.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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