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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102825

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102825

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102825
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (5)
Avocat requérantSCP TRUSSANT-DOMINGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2021, Mme C A, représentée par la SCP Trussant Dominguez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours administratif dirigé contre la décision du 27 janvier 2020 mettant à sa charge deux indus de revenu de solidarité active de 7 003,44 euros pour la période de janvier 2018 à septembre 2018 et de 10 509,14 euros pour une période allant du mois d'octobre 2018 au mois de décembre 2019 ;

2°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté son recours gracieux dirigé contre les décisions du 27 janvier 2020 mettant à sa charge un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 400,05 euros pour la période allant du mois de février 2018 au mois de décembre 2018, deux indus de prime d'activité d'un montant de 422,01 euros pour la période de janvier à septembre 2018 et de 173,58 euros pour la période de juillet à septembre 2019 ainsi qu'un indu d'allocation de soutien familial de 219,30 euros pour le mois de janvier 2018 ;

3°) de mettre à la charge du département du Nord la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions mettant à sa charge des indus de revenu de solidarité active et rejetant son recours administratif préalable obligatoire ne sont pas motivées ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 28 décembre 2022, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'argumentation de la requête n'est pas fondée.

La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Liénard, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle effectué en mars 2019, les services de la caisse d'allocations familiales du Nord ont constaté que Mme C A, qui s'était déclarée comme personne isolée avec deux enfants à charge depuis le 10 octobre 2017, avait poursuivi une vie maritale avec son époux. Le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a, par des décisions du 27 janvier 2020, mis à la charge de l'intéressée deux indus de revenu de solidarité active de 7 003,44 euros pour la période de janvier 2018 à septembre 2018 et de 10 509,14 euros pour la période du mois d'octobre 2018 au mois de décembre 2019, un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 400,05 euros pour la période du mois de février 2018 au mois de décembre 2018, deux indus de prime d'activité d'un montant de 422,01 euros pour la période de janvier à septembre 2018 et de 173,58 euros pour la période de juillet à septembre 2019 ainsi qu'un indu d'allocation de soutien familial de 219,30 euros pour le mois de janvier 2018. Par une décision du 27 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord a considéré que M. et Mme A étaient séparés depuis le 1er mai 2019, ce qui a générée une créance de RSA non majorée pour la période de mai à décembre 2019. Par la requête susvisée, Mme A conteste ces indus.

Sur les prestations familiales :

2. Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 142-1 de ce même code : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° à l'application des législations et réglementations de sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 512-1 de ce code : " Toute personne française ou étrangère résidant en France, (), bénéficie pour ces enfants des prestations familiales dans les conditions prévues par le présent livre (). ". Aux termes de l'article L. 511-1 dudit code : " Les prestations familiales comprennent : () / 6°) l'allocation de soutien familial () ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 ; / () ".

3. Il résulte de ce qui précède qu'il n'appartient qu'au tribunal judiciaire spécialement désigné de connaître des recours relatifs aux indus d'allocation de soutien familial dès lors que ces recours relèvent, ainsi qu'il a été dit au point précédent, du contentieux de la sécurité sociale. Par suite, les conclusions de la requête de Mme A dirigées contre une décision relative à l'allocation de soutien familial ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative mais de celle de la juridiction judiciaire.

4. Par ailleurs, aux termes de l'article 32 du décret du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. () ". L'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale prévoit, en ce qui concerne la procédure applicable aux litiges mentionnés à l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire précité, que : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par une disposition spéciale, le tribunal judiciaire territorialement compétent est celui dans le ressort duquel demeure le demandeur. () ". Enfin, en vertu de l'article D. 211-10-3 du code de l'organisation judiciaire, le siège et le ressort des tribunaux judiciaires compétents pour connaître des litiges mentionnés à l'article L. 211-16 sont fixés conformément au tableau VIII-III annexé à ce code.

5. En l'espèce, les conclusions de la requête au terme de laquelle Mme A sollicite l'annulation de l'indu d'allocation de soutien familial ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative mais de celle de la juridiction judiciaire. Par suite, en application de l'article 32 du décret du 27 février 2015 et des dispositions du tableau VIII-III annexé au code de l'organisation judiciaire, il y a lieu de transmettre le dossier de la requête de Mme A au tribunal judiciaire de Valenciennes.

Sur l'identification des décisions en litige :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale. ". Il résulte de ces dispositions, qui instituent un recours administratif préalable obligatoire pour les décisions relatives au revenu de solidarité active, que la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale.

7. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge administratif qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y ait invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge administratif doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

8. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée devant le juge administratif, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

9. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 19 février 2020, Mme A a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles contre les décisions mettant à sa charge deux indus de revenu de solidarité active. Ce recours a été expressément rejeté par une décision du président du conseil départemental du Nord du 24 novembre 2020 qui s'est substituée à la décision implicite attaquée. Par suite, les conclusions de Mme A doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 24 novembre 2020 du président du conseil départemental du Nord.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, remettant en cause des versements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide personnalisée au logement, de prime d'activité ou de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

11. En premier lieu, au regard de ce qui a été rappelé plus haut, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté le recours administratif préalable de Mme A est inopérant et doit être écarté. Par ailleurs, la décision du 24 novembre 2020, qui s'est substituée à la décision initiale, mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision rejetant le recours administratif préalable obligatoire relatif aux indus de revenu de solidarité active doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () " et aux termes de l'article L. 262-3 de ce code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire ; / 3° Les prestations et aides sociales qui sont évaluées de manière forfaitaire, notamment celles affectées au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation ; / 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière. ". Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ".

13. En l'espèce, le président du conseil départemental du Nord a retenu la qualification frauduleuse à l'encontre de Mme A s'agissant des indus de revenu de solidarité active d'un montant total de 17 512,58 euros au motif qu'elle n'avait pas déclaré sa vie maritale avec son époux durant la période de janvier 2018 à décembre 2019.

14. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'enquête établi le 3 décembre 2019 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que si Mme A a déclaré être séparée de son époux depuis le 10 octobre 2017 et que celui-ci a effectué une déclaration de domiciliation au centre communal d'action sociale de Maubeuge le 30 octobre 2017, il a toutefois mentionné résider chez son épouse lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour déposée au mois de mai 2018. En outre, l'assurance du logement, souscrite en octobre 2018, est au nom et à la charge de M. A et celui-ci continue de payer les factures de téléphonie et d'internet du foyer et a réglé, le 19 février 2019, la taxe d'habitation du logement dont le bail est resté à leurs deux noms. Par ailleurs, M. A n'a pas signalé de changement de domiciliation auprès de sa banque. Ainsi, l'existence d'une communauté de vie et d'une communauté financière entre M. et Mme A ressort d'un faisceau d'indices suffisamment concordant, au nombres desquels figurent les circonstances que les intéressés partagent une adresse commune et mettent en commun leurs charges. Toutefois, dès lors qu'il résulte de l'instruction que M. A a loué à son seul nom un appartement à Sin-le-Noble depuis le 1er mai 2019, cette communauté de vie et financière doit être regardée comme ayant cessé à cette date.

15. Dans ces conditions, Mme A est seulement fondée à demander l'annulation des indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement mis à sa charge en ce qu'ils se fondent sur l'existence d'une communauté de vie entre M. et Mme A postérieure à la date du 1er mai 2019. Il y a lieu pour ce faire de renvoyer Mme A devant le département du Nord, d'une part, et devant la caisse d'allocations familiales du Nord, d'autre part, pour la détermination du nouveau montant de ces indus.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Nord le versement d'une somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme A relatives à un indu d'allocation de soutien familial sont transmises avec le dossier au tribunal judiciaire de Valenciennes.

Article 2 : La décision du 24 novembre 2020 du président du conseil départemental du Nord est réformée conformément aux motifs du présent jugement.

Article 3 : Mme A est renvoyée devant le département du Nord et la caisse d'allocations familiales du Nord pour la détermination du montant des indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement, conformément aux motifs du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au département du Nord, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

Q. LIENARD

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concernent, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°2102825

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