jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102958 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DEGANDT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 avril 2021 et le 2 août 2021, M. B A, représenté par Me Degandt, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le maire de la commune de Valenciennes l'a exclu pour une durée de deux ans de ses fonctions ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Valenciennes une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le dossier transmis aux membres du conseil de discipline ne contenait pas d'éléments relatifs à sa manière de servir, que de nouvelles pièces ont été communiquées la veille de la séance du conseil de discipline, que le président du conseil de discipline n'a pas donné lecture intégrale du rapport de saisine et des observations formulées en défense et que le conseil de la commune de Valenciennes était présent lors de la séance du conseil de discipline ;
- les faits reprochés ne sont pas matériellement établis ;
- à supposer que les faits retenus à son encontre soient matériellement établis, il ne sauraient être considérés comme constitutifs d'une faute disciplinaire ;
- à supposer que les faits retenus à son encontre soient constitutifs d'une faute disciplinaire, la sanction prise est disproportionnée.
Par des mémoires en défense enregistrés le 15 juillet 2021 et le 17 janvier 2022, la commune de Valenciennes, représentée par Me de Faÿ, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 février 2022 par une ordonnance du 26 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Borget, rapporteur,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- et les observations de Me Degandt représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, titulaire du grade d'adjoint territorial technique de 2ème classe, est employé par la commune de Valenciennes. Il exerçait, depuis 2009, les fonctions de gardien du palais des sports. A compter du mois de novembre 2020, et compte tenu de la fermeture des salles de sport en raison de l'épidémie de covid, son employeur l'a sollicité pour venir renforcer les effectifs périscolaires de l'école primaire " Plaine de Mons " durant la pause méridienne. Le 2 décembre 2020, le parent d'une fillette âgée de 11 ans scolarisée dans cet établissement a avisé la commune de faits qualifiés " d'inquiétants " qui ont conduit la collectivité à réaffecter M. A sur son poste initial et à diligenter une enquête administrative, après lui avoir fait interdiction de paraître à l'école primaire à compter du 3 décembre 2020. L'intéressé a été suspendu de ses fonctions à compter du 4 décembre 2020. Une procédure disciplinaire a été engagée le 19 février 2021 et, par un arrêté du 1er avril 2021, le maire de la commune de Valenciennes a prononcé à l'encontre de M. A la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Par ailleurs, aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () / Quatrième groupe : () la révocation () ".
3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
4. En premier lieu, le maire de la commune de Valenciennes a retenu, pour sanctionner M. A, que ce dernier avait adopté un comportement inapproprié à l'égard de jeunes enfants en offrant des livres et des cartes à collectionner à deux d'entre eux âgés de dix et onze ans dont il assurait, en compagnie d'un animateur permanent, la surveillance durant la pause méridienne, en formulant en présence d'enfants des propos à caractère raciste, et enfin en entretenant " le flou autour d'une supposée appartenance à la police ". M. A a reconnu avoir offert à deux des jeunes enfants de l'école les présents reprochés. Pour autant, il ne ressort pas des pièces du dossier que son geste aurait dissimulé des intentions déplacées ou malsaines, ni qu'il aurait choqué les enfants concernés. M. A s'est trouvé affecté à l'encadrement d'enfants sans aucune qualification ou formation préalable, et il n'est ni établi ni même allégué que des consignes particulières de comportement lui auraient été données. S'agissant de la " blague " à caractère raciste qu'il aurait raconté en présence d'enfants, le requérant, s'il reconnaît avoir formulé les propos en question, conteste les avoir tenus en présence d'enfants et l'unique témoignage versé en défense est insuffisant pour considérer que la preuve de la matérialité de ces faits serait rapportée. Enfin, s'agissant d'une ambiguïté entretenue par l'intéressé vis-à-vis des enfants concernant son éventuelle appartenance à la police, aucun élément ne permet de considérer, à supposer cet agissement établi, que les enfants auraient pu être perturbé par ce comportement qui ne saurait dès lors constituer une faute disciplinaire. Ainsi, le requérant est fondé à soutenir que le maire de Valenciennes ne pouvait valablement fonder la sanction prise sur l'existence d'un comportement fautif de M. A à l'égard de jeunes enfants.
5. En deuxième lieu, le maire de la commune de Valenciennes a retenu, pour sanctionner M. A, que ce dernier avait adopté un comportement inapproprié à l'égard de ses collègues et des usagers du service. Plus précisément, il a fait grief à l'intéressé d'avoir eu des propos et des " regards malsains et pervers " à l'égard tant de collègues féminines que de certaines jeunes filles usagères de la salle de sport, et d'avoir partagé, lors de son affectation à l'école de la " Plaine de Mons ", de manière récurrente avec ses collègues des " théories complotistes relatives à la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 ", ce qui aurait eu pour effet d'instaurer " une ambiance lourde et pesante au sein du service ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que, s'agissant des propos et comportement déplacés dont M. A aurait fait preuve dans l'exercice de ses fonctions, la commune s'est fondée sur l'unique témoignage peu précis et peu circonstancié établi par une collègue de M. A, qui entretenait au demeurant avec l'intéressé des relations amicales et qui ne s'est jamais plainte de son comportement auprès de sa hiérarchie, de sorte que le caractère fautif du comportement du requérant n'apparait pas établi. En ce qui concerne les propos qualifiés de " complotistes " que M. A a tenu de manière récurrente auprès de ses collègues, durant son affectation à l'école, ces agissements ne sauraient davantage recevoir le qualificatif de faute disciplinaire dès lors qu'ils se sont limités à la seule expression d'une opinion, dans le contexte particulier de la pandémie, et qu'il n'est ni établi ni même allégué qu'ils auraient perturbé l'organisation du service. Ainsi, le requérant est fondé à soutenir que le maire de la commune de Valenciennes ne pouvait fonder la sanction prise sur l'existence d'un comportement inapproprié de M. A à l'égard de ses collègues et des usagers du service.
6. En troisième lieu, le maire de la commune de Valenciennes a retenu, pour sanctionner M. A, que ce dernier avait adopté un comportement fautif à l'égard de son employeur en ayant enfreint l'interdiction qui lui avait été faite dès le 3 décembre 2020 de se présenter à l'école " Plaine de Mons ", en ayant menti à plusieurs reprises dans le cadre de l'enquête administrative et en ayant demandé à une de ses collègues de réaliser un faux témoignage. Si M. A, qui admet s'être présenté à l'école de la " Plaine de Mons " en fin de matinée, affirme ne pas avoir été informé de l'interdiction qui lui était faite de se rendre à l'école avant le début d'après-midi, cette affirmation est contredite par le témoignage circonstancié établi par le supérieur hiérarchique de l'intéressé ainsi que par une agente de la commune qui a affirmé que l'intéressé lui avait indiqué le 3 décembre à 11 heures " qu'il avait reçu un courrier qui le prévenait que les aides aux cantines n'étaient plus d'actualité ". Ces éléments démontrent par leur concordance l'exactitude matérielle de faits de désobéissance imputables à M. A et ces agissements sont constitutifs d'une faute disciplinaire susceptible d'être sanctionnée. En revanche, la circonstance selon laquelle M. A aurait tenu des propos mensongers durant l'enquête administrative, à la supposer établie, ne saurait constituer une faute disciplinaire dès lors qu'il s'agissait là d'une stratégie de défense, aussi maladroite soit-elle. Enfin, il n'est pas établi que M. A aurait sollicité d'une collègue de réaliser un faux témoignage en sa faveur.
7. Il résulte de ce qui précède que seule la violation par M. A de la consigne lui interdisant de se rendre à l'école " Plaine de Mons " est constitutive d'une faute de nature à justifier le prononcer à l'encontre de l'intéressé d'une sanction disciplinaire. Or, il ressort des pièces du dossier que cet agissement est demeuré isolé dans la carrière de l'intéressé dont aucun autre élément ne permet d'établir une insubordination récurrente, de sorte que M. A est fondé à soutenir que la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans prononcée à son encontre présente un caractère disproportionné.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, l'arrêté du 1er avril 2021 du maire de Valenciennes doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Valenciennes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la commune de Valenciennes le versement à M. A de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le maire de la commune de Valenciennes a exclu M. A de ses fonctions pour une durée de deux ans est annulé.
Article 2 : La commune de Valenciennes versera à M. A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Valenciennes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Valenciennes.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Zoubir, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. BORGET
La présidente,
Signé
A-M. LEGUIN La greffière,
Signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026