vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2103142 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP MOUGEL-BROUWER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 avril 2021, M. B A, représenté par Me B Mougel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel la maire de Calais, d'une part, a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie qu'il a déclarée le 6 avril 2020 et qui a été constatée le 15 février 2020 et, d'autre part, a procédé au retrait des arrêtés des 4 septembre 2020, 29 septembre 2020, 5 janvier 2021 et 2 février 2021 le plaçant, à titre provisoire, en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 6 avril 2020 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Calais de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Calais la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de forme en ce qu'il n'est pas revêtu d'une signature manuscrite mais d'un simple tampon ne permettant pas d'identifier son auteur ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission de réforme n'était pas régulièrement composée ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ressort du rapport d'expertise que sa maladie présente un lien direct et certain avec son exercice professionnel et peut être considérée comme imputable au service et qu'il s'agit d'une maladie professionnelle hors tableau, qui est la conséquence directe de l'exposition du travail à un risque, la circonstance qu'il n'est pas possible de fixer une date de guérison ou de consolidation ou un taux d'incapacité permanente n'exclut pas l'imputabilité au service de sa pathologie ;
- les arrêtés des 4 septembre 2020, 29 septembre 2020, 5 janvier 2021 et 2 février 2021 le plaçant en congé pour invalidité temporaire à titre provisoire constituent des décisions créatrices de droit qui ne pouvaient être retirées au-delà d'un délai de quatre mois.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2021, la commune de Calais représentée par Me Sarah Margaroli, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 novembre 2022 la clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 16 décembre 2022 à 14 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sanier,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- et les observations de Me Onraet, représentant M. A, et de Me Zerbib, représentant la commune de Calais.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, recruté en 1985 par la commune de Calais en tant qu'adjoint technique de 2ème classe, exerce depuis 1991 les fonctions de gardien du cimetière Nord. Il a présenté, le 6 avril 2020, une demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, constatée le 15 février 2020. Par des arrêtés des 4 septembre 2020, 29 septembre 2020, 5 janvier 2021 et 2 février 2021, la maire de la commune de Calais a placé l'intéressé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire à compter du 6 avril 2020 jusqu'au 4 mars 2021. Le 19 mars 2021, la commission de réforme a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie dont souffre M. A. Prenant acte de cet avis, la maire de Calais a, par un arrêté du 9 avril 2021, d'une part, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de ce dernier et, d'autre part, procédé au retrait des arrêtés précités. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / IV / () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État ". Aux termes de l'article 37-1 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Le congé prévu au premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée est accordé au fonctionnaire, sur sa demande, dans les conditions prévues par le présent titre ", et aux termes de l'article 37-8 du même décret : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite ". Aux termes de l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".
3. Il résulte des dispositions précitées du IV l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 que, dans l'hypothèse où le mécanisme de présomption prévu par le premier alinéa ne peut être retenu, dans le cas prévu par le troisième alinéa, peut être regardée comme imputable au service une maladie lorsqu'il est démontré qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions, et donc, si elle présente un lien direct avec l'exercice de ces fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de cette maladie, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de cette maladie du service.
4. En l'espèce, il n'est pas contesté que le syndrome d'épuisement dont souffre M. A et qui a été médicalement constaté le 15 février 2020, ne figure pas, compte tenu de sa nature, au nombre des pathologies pour lesquelles joue le mécanisme de présomption prévu par les dispositions citées au point 2. Pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie déclarée par M. A, la maire de Calais a considéré, en s'appropriant l'avis défavorable de la commission de réforme du 19 mars 2021, que la pathologie de l'intéressé ne remplissait pas les deux conditions cumulatives fixées au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'elle n'était pas essentiellement et directement causée par le travail habituel de l'agent et que l'incapacité permanente n'était pas évaluée.
5. D'une part, il ressort des expertises réalisées par des médecins psychiatres les 12 juin et 7 décembre 2020 que la pathologie dont souffre le requérant présente un lien direct et essentiel avec l'exercice de ses fonctions et qu'il n'existe pas d'état pathologique antérieur. En outre, M. A produit des certificats médicaux d'un psychiatre, qui le suit depuis le mois de février 2020, et qui atteste que ses troubles anxiodépressifs chroniques sont secondaires à un vécu de souffrance au travail prolongée. Dans ces conditions, la pathologie dépressive de M. A doit être regardée comme présentant un lien direct avec l'exercice de ses fonctions. Par suite, la maire de Calais, en estimant que la requérant ne remplissait pas la première condition posée par les dispositions précitées du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, a commis une erreur d'appréciation.
6. D'autre part, l'expert psychiatre a estimé dans son rapport du 7 décembre 2020 qu'il était dans l'incapacité de fixer le taux d'incapacité permanente dès lors que l'état de santé de M. A n'était pas consolidé et que ce dernier devait poursuivre ses soins pour une durée d'au moins six mois. Dès lors, la maire de Calais, en estimant à tort que la condition liée à l'incapacité permanente n'était pas remplie au motif que le taux n'avait pu être évalué, a commis une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel la maire de la commune de Calais a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie et a procédé au retrait des arrêtés des 4 septembre 2020, 29 septembre 2020, 5 janvier 2021 et 2 février 2021 le plaçant, à titre provisoire, en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 6 avril 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique seulement que la maire de Calais procède au réexamen de la demande de M. A tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie constatée le 15 février 2020. Il y a lieu d'enjoindre à la maire de Calais d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Calais demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Calais la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la maire de Calais du 9 avril 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la maire de Calais de réexaminer la demande de M. A tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie constatée le 15 février 2020, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Calais versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la commune de Calais présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Calais.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
M. Caustier, premier conseiller,
Mme Sanier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
L. SANIER
La présidente,
Signé
S. STEFANCZYK
La greffière,
Signé
N. PAULET
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026