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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103217

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103217

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 avril 2021 et le 30 mai 2023 à 7 h 30, soit avant l'audience du même jour à 9 h, M. E A, représenté par Me Moutoussamy, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours administratif préalable présenté à l'encontre de la décision du 6 avril 2017 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (INK 004) d'un montant de 11 607,25 euros pour la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017 ;

2°) de le décharger de la somme de 11 607,25 euros correspondant au montant de cet indu ;

3°) d'enjoindre au département du Nord de procéder au remboursement des sommes retenues pour le recouvrement de cet indu dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du département du Nord le versement à Me Moutoussamy de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la commission de recours amiable n'a pas été saisie préalablement à l'intervention de la décision rendue sur recours administratif préalable en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- il n'a pas été informé de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus par la caisse d'allocations familiales auprès des tiers dans le cadre de son contrôle en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- les mentions du rapport d'enquête ne font pas foi jusqu'à preuve du contraire, leur auteur ne bénéficiant pas d'une délégation, d'un agrément et d'une assermentation ;

- en l'absence des éléments de calcul du département du Nord, le principe et le montant de l'indu litigieux ne sont pas démontrés ; le rapport d'enquête ne mentionne pas les revenus de son fils, l'indu n'a pas pu être calculé

- l'indu est prescrit dès lors qu'il n'a pas fait de fausse déclaration.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2022, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

Le président de la cour administrative d'appel a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par l'ordonnance n° 20DA01757 du 16 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 5 mai 2014 fixant les conditions d'agrément des agents chargés du contrôle de l'application des législations de sécurité sociale et de certaines dispositions du code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Riou a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle réalisé le 14 février 2017 sur sa situation personnelle et du réexamen de ses droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Nord a notifié à M. A, par une décision du 6 avril 2017, un indu de revenu de solidarité active (INK 004) d'un montant de 11 607,25 euros pour la période d'avril 2014 à mars 2017. Par un courrier du 13 juillet 2017 reçu par les services du département du Nord le 24 juillet suivant, M. A a exercé un recours administratif préalable à l'encontre de cette décision. Par un courrier du 28 juillet 2017, le département du Nord a accusé réception de ce recours. Par sa requête, M. A demande l'annulation de la décision implicite rendue sur ce recours et la décharge de la somme correspondant au montant de l'indu litigieux.

Sur l'identification des décisions en litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale. "

3. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge administratif qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y ait invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge administratif doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

4. Lorsque le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée devant le juge administratif, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

5. Il résulte de l'instruction que M. A a exercé, par un courrier du 13 juillet 2017 reçu par les services du département du Nord le 24 juillet suivant, le recours administratif préalable prévu par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles à l'encontre de la décision de la caisse d'allocations familiales du Nord lui notifiant un indu de revenu de solidarité active. Si, en l'absence de réponse dans un délai de deux mois suivant cette date de réception, une décision implicite de rejet est née le 24 septembre 2017, il résulte de l'instruction que le président du conseil départemental du Nord a expressément rejeté le recours de M. A par une décision postérieure du 4 octobre 2017. Par suite, le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

6. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "

7. Lorsque le recours dont le juge administratif est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

S'agissant de la délégation, de l'agrément et de l'assermentation de l'agent de la caisse d'allocations familiales du Nord ayant réalisé le rapport d'enquête :

8. Aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " () / Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. / () ". Aux termes de l'article L. 114-9 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale, ainsi que les directeurs des organismes chargés du recouvrement des cotisations de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code sont tenus, lorsqu'ils ont connaissance d'informations ou de faits pouvant être de nature à constituer une fraude, de procéder aux contrôles et enquêtes nécessaires. () ". Aux termes de l'article L. 114-10 du même code : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Les constatations établies à cette occasion par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. / () ". Les conditions d'agrément des agents chargés du contrôle de l'application des législations de sécurité sociale ont été définies, en dernier lieu, par un arrêté du 5 mai 2014 de la ministre des affaires sociales et de la santé, dont il résulte notamment que l'agrément est attribué, suspendu ou retiré par le directeur de la caisse nationale à la demande du directeur de la caisse locale et qu'il est automatiquement suspendu en cas de suspension du contrat de travail de l'agent ou d'affectation sur un nouvel emploi sans fonction de contrôle et retiré en cas de rupture du contrat de travail de l'agent, sauf dans le cas d'une mobilité au sein du réseau des organismes de la même branche.

9. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les contrôles portant sur les déclarations des bénéficiaires du revenu de solidarité active ne peuvent être conduits que par des agents assermentés et agréés, chargés d'une telle mission par le directeur de la caisse d'allocations familiales assurant le service de cette prestation. Il en résulte également que l'agrément d'un agent établit que celui-ci est affecté à un emploi comportant une mission de contrôle, dont il a été chargé par le directeur de la caisse d'allocations familiales qui l'emploie.

10. Il ressort également de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles sur les déclarations des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu. En outre, la valeur probante attachée par les dispositions précitées de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale aux procès-verbaux dressés par ces agents ne saurait s'étendre aux mentions qu'ils comportent quant à l'agrément et à l'assermentation de leur auteur.

11. Par suite, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, à la suite d'un contrôle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active, a pour objet soit de mettre fin au droit de l'allocataire soit d'ordonner la récupération d'un indu de prestation et que le requérant soulève un moyen tiré du défaut d'agrément ou d'assermentation de l'agent chargé du contrôle, le juge ne saurait se fonder sur les seules mentions du procès-verbal relatives à la qualité de son signataire pour écarter cette contestation. Dans un tel cas, l'administration étant seule en mesure d'établir l'agrément et l'assermentation des agents qu'elle désigne pour effectuer les contrôles, il appartient au juge, si cette qualité ne ressort pas des éléments produits en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.

12. Il résulte de l'instruction que le rapport d'enquête sur la base duquel le président du conseil départemental du Nord a rendu sa décision litigieuse a été établi par M. C B, agent de la caisse d'allocations familiales du Nord. Il résulte également de l'instruction que M. B a prêté le serment prescrit par les dispositions du code de la sécurité sociale devant le tribunal d'instance de Roubaix le 16 juin 2003 et bénéficie d'un agrément délivré en qualité d'agent de contrôle par le directeur adjoint de la Caisse nationale des allocations familiales le 4 mai 2005, agrément de nature à prouver l'existence d'une délégation du directeur de cet organisme ainsi qu'il a été exposé au point 9. Par suite, les moyens tirés de l'absence de délégation, d'agrément et d'assermentation de l'agent ayant établi le rapport d'enquête manquent en fait et doivent être écartés.

S'agissant de l'existence et du montant de l'indu litigieux :

13. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-7 du même code : " I.-Le montant dû au foyer bénéficiaire du revenu de solidarité active est égal à la moyenne des montants intermédiaires calculés pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. / II.-Pour le calcul de l'allocation, les ressources du trimestre de référence prises en compte sont les suivantes : / 1° La moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision () ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : / () / 12° De l'indemnité en capital attribuée à la victime d'un accident du travail prévue à l'article L. 434-1 du code de la sécurité sociale ; / () ". Aux termes de l'article R. 262-12 du même code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 5° de l'article L. 262-3 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; / () ". Aux termes de l'article L. 434-1 du code de la sécurité sociale : " Une indemnité en capital est attribuée à la victime d'un accident du travail atteinte d'une incapacité permanente inférieure à un pourcentage déterminé. / () ". Aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " () / Lorsque l'incapacité permanente est égale ou supérieure à un taux minimum, la victime a droit à une rente égale au salaire annuel multiplié par le taux d'incapacité qui peut être réduit ou augmenté en fonction de la gravité de celle-ci. / () ".

14. Il résulte de l'instruction, à savoir des différentes déclarations trimestrielles effectuées auprès de la caisse d'allocations familiales du Nord sur la période de l'indu litigieux, que l'ensemble des membres du foyer du requérant a déclaré ne bénéficier d'aucune ressource sur toute la période litigieuse. Il résulte toutefois de l'instruction, à savoir des mentions du rapport d'enquête de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, non remises en cause par le requérant, que M. A a bénéficié depuis 1980 et 1982 de deux rentes d'accident du travail versées en application des dispositions précitées de l'article L. 434-2 du code de la sécurité sociale, et dès lors incluses dans les revenus devant être déclarés, s'élevant, sur la période de l'indu litigieux, à une somme trimestrielle totale de 960 euros entre le mois de février 2014 et le mois de février 2016 et à une somme trimestrielle totale de 961 euros entre le mois de mai 2016 et le mois de novembre 2016. Suite à une mesure d'instruction en ce sens, le département a produit en défense un relevé du répertoire commun de la protection sociale attestant le 6 avril 2017 du maintien à cette date des versements au titre de la rente d'accident du travail. Par suite, M. A doit être regardé comme ayant bénéficié au cours du mois de février 2017 de la somme trimestrielle de 961 euros identique aux sommes versées lors des échéances précédentes. Toutefois, de telles sommes doivent prises en compte dans le calcul trimestriel des droits au revenu de solidarité active. Par suite, cette allocation étant différentielle, l'indu perçu en raison de l'omission de déclaration de ces rentes doit être évalué à hauteur de 320 euros par mois (960 / 3) durant les 26 mois ayant couru entre avril 2014 et mai 2016 et de 320,33 euros par mois (961 / 3) durant les dix mois ayant couru entre juin 2016 et mars 2017. Il résulte en outre de l'instruction, à savoir des mentions du rapport d'enquête de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, non remis en cause sur ce point non plus, que le fils du requérant, M. D A, a exercé une activité salariée au cours du mois de juin 2016, date à laquelle il est constant qu'il faisait partie du foyer du requérant. M. A n'a cependant pas déclaré auprès de la caisse d'allocations familiales le salaire perçu par son fils à ce titre lors de sa déclaration trimestrielle de ressources du 17 septembre 2016, somme s'élevant à hauteur de 1 613 euros ainsi que cela ressort d'un relevé de carrière produit en défense à la suite d'une mesure d'instruction en ce sens et non remis en cause par le requérant. Il résulte ainsi de l'instruction que, contrairement à ce que soutient en dernier lieu M. A, l'administration disposait de tous les éléments pour calculer l'indu, sans qu'il soit nécessaire que ces éléments aient figuré dans le rapport d'enquête. Une telle somme constituant une ressource du foyer au sens des dispositions précitées de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, il y a dès lors lieu d'ajouter aux indus mensuels perçus au cours des mois de septembre à novembre 2016 évoqués précédemment un montant mensuel de 537,67 euros (1 613 / 3) portant ces indus à une somme totale mensuelle de 858 euros (320,33 + 527,67) sur les deux échéances de 926,87 euros effectivement versées au cours de ces mois au titre de l'allocation de revenu de solidarité active. En conséquence, l'indu litigieux doit être évalué à une somme totale de 13 136,31 euros ((320 x 26) + (320,33 x 7) + (858 x 3)). Par suite, le requérant n'est pas fondé à contester ni le principe ni le quantum de l'indu litigieux d'un montant moindre que la somme de 11 607,25 euros.

15. Le moyen tiré de la prescription biennale, soulevé dans le mémoire présenté une heure trente avant l'audience, n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, il résulte de l'article L. 232-25 du code de l'action sociale et des familles que le délai de prescription de l'action en répétition de l'indu exercée par le président du conseil départemental pour la mise en recouvrement de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active court à compter du paiement de la prestation. Seule l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, ce point de départ. Or, le caractère non imposable à l'impôt sur le revenu d'une rente d'accident du travail ne suffit pas à expliquer le défaut de déclaration, continu sur une période de plus de deux ans, de cette rente pour le calcul du revenu de solidarité active, allocation d'aide sociale qui vise à procurer un revenu minimum aux personnes dépourvues de ressources. M. A doit donc être regardé comme ayant effectué de fausses déclarations, qui font obstacle à ce que la prescription soit seulement de deux ans à compter du paiement des prestations en cause. Le moyen, à le supposer soulevé, doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité de la décision litigieuse :

S'agissant de la saisine de la commission de recours amiable :

16. Aux termes de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / () / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 ; / () ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. " Enfin, aux termes de l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Les réclamations relevant de l'article L. 142-1 formées contre les décisions prises par les organismes de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole de salariés ou de non-salariés sont soumises à une commission de recours amiable composée et constituée au sein du conseil d'administration de chaque organisme. / () ".

17. Il résulte de l'instruction que la convention relative à la gestion du revenu de solidarité active, conclue le 30 août 2010 entre le département du Nord, l'association départementale des caisses d'allocations familiales du Nord et la mutualité sociale agricole du Nord-Pas-de-Calais, stipule, à son article 8 relatif à la gestion des recours, que " les recours administratifs préalables aux recours contentieux ne sont pas transmis pour avis à la Commission de recours amiable des Caf par le Président du Conseil Général ". Ainsi, le président du conseil départemental du Nord n'était pas tenu de saisir la commission de recours amiable avant de statuer sur le recours administratif préalable formé par M. A. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure, faute de saisine de cette commission, doit être écarté.

S'agissant de l'information de l'usage du droit de communication :

18. D'une part, aux termes de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles : " Le service du revenu de solidarité active est assuré, dans chaque département, par les caisses d'allocations familiales et, pour leurs ressortissants, par les caisses de mutualité sociale agricole. " Aux termes de l'article L. 262-40 du même code : " Pour l'exercice de leurs compétences, le président du conseil départemental et les organismes chargés de l'instruction et du service du revenu de solidarité active demandent toutes les informations nécessaires à l'identification de la situation du foyer : / 1° Aux administrations publiques, et notamment aux administrations financières ; / 2° Aux collectivités territoriales ; / 3° Aux organismes de sécurité sociale, de retraite complémentaire et d'indemnisation du chômage ainsi qu'aux organismes publics ou privés concourant aux dispositifs d'insertion ou versant des rémunérations au titre de l'aide à l'emploi. / Les informations demandées, que ces administrations, collectivités et organismes sont tenus de communiquer, doivent être limitées aux données nécessaires à l'instruction du droit au revenu de solidarité active, à sa liquidation et à son contrôle ainsi qu'à la conduite des actions d'insertion. / () / Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. / () ".

19. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; / () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande. "

20. Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de revenu de solidarité active, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

21. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du rapport d'enquête établi le 14 février 2017, que l'agent qui a procédé au contrôle sur place du foyer de M. A s'est fondé sur des documents en possession de l'intéressé ou dont la teneur lui était nécessairement connue, tel que le bulletin de salaire de son fils pour juin 2016, les décisions lui notifiant ses droits à une rente d'accident du travail, des justificatifs de scolarité, des avis d'imposition, des factures ou des relevés de compte bancaire. S'il résulte des termes de ce rapport que l'agent assermenté a bénéficié d'information après questionnement de la caisse primaire d'assurance maladie, il résulte également des termes de ce rapport, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que l'agent a questionné le requérant sur les informations ainsi communiquées. Il résulte par ailleurs de ce rapport que M. A a été informé de la faculté dont dispose la caisse d'allocations familiales d'avoir recours au droit de communication prévu par les dispositions précitées et de son droit d'obtenir communication des documents et informations ainsi obtenus auprès des tiers. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que l'intéressé ait sollicité la communication des renseignements obtenus auprès de la caisse primaire d'assurance maladie, utilisés pour fonder l'indu. Enfin, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à l'administration de communiquer à M. A le rapport d'enquête établi par les services de la caisse d'allocation familiale à la suite du contrôle qu'elle a diligenté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 octobre 2017 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours administratif préalable et à demander la décharge de la somme de 11 607,25 euros correspondant au montant de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. La requête de M. A doit par conséquent être rejetée, y compris les conclusions accessoires aux fins d'injonction et les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, le département du Nord n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au département du Nord et à Me Moutoussamy.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J.-M. RIOULa greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2103217

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