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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103232

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103232

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2021, M. D B, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2020 par laquelle le directeur de la direction territoriale de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) de Lille lui a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil à compter de la date de la décision litigieuse, soit le 17 novembre 2020, de procéder au versement des sommes non perçues depuis cette date et de lui fournir un hébergement adapté à ses besoins ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été examiné par un médecin de l'OFII malgré la transmission d'éléments médicaux le concernant, en méconnaissance des dispositions de l'article D. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ainsi que des articles L. 744-8, L. 744-9 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure à la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 dès lors qu'il conteste ne pas avoir respecté les obligations auxquelles il avait consenti lorsqu'il a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa particulière vulnérabilité, résultant de son état de précarité en France et de ses problèmes de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2021, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 15 mars 2021.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2022 à 12 h 00 par une ordonnance du 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, né le 7 août 1986 en Mauritanie, de nationalité mauritanienne, a déposé une demande d'asile en préfecture du Nord le 23 janvier 2018 et, le même jour, a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII, bénéficiant ainsi des conditions matérielles d'accueil. Il a fait l'objet, le 26 février 2018, d'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, assorti d'une mesure d'assignation à résidence d'une durée de quarante-cinq jours. Il ne s'est cependant pas présenté aux autorités françaises faisant obstacle à son transfert effectif vers l'Espagne. Il a alors été déclaré en fuite par la préfecture du Nord le 7 août 2018 et a perdu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision de l'OFII en date du 1er octobre 2018. Il a déposé, le 2 mars 2020, une nouvelle demande d'asile à la préfecture du Nord qui a été enregistrée en procédure accélérée et a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil le même jour. Par une décision du 17 novembre 2020, dont le requérant demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Lille a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. A C, directeur territorial de l'OFII de Lille, qui était compétent pour ce faire en vertu d'une décision du 1er septembre 2020, publiée sur le site internet de l'OFII et au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée cite les textes dont elle fait application, indique qu'elle est fondée sur la circonstance que l'intéressé a été déclaré en fuite par la préfecture, que les motifs qu'il a évoqués pour justifier cette absence ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté ses obligations et précise enfin que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, et alors que l'autorité administrative n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B, la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, le médecin coordinateur de la Zone Nord de l'OFII a émis un avis Medzo sur la situation de santé de M. B le 8 septembre 2020, avant la prise de décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, manque en fait et doit être écarté.

5. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il ne soutient ni même n'allègue que la décision en litige aurait été prise sur le fondement de dispositions législatives ou réglementaires incompatibles avec ces dispositions ou que cette directive n'aurait, à cet égard, pas été transposée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut être utilement invoqué.

6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des documents produits en défense et non sérieusement contestés, que le requérant n'a pas répondu aux convocations des autorités en vue de son transfert en Espagne, pays compétent pour le traitement de sa demande d'asile, entraînant sa déclaration " en fuite " de la part du préfet du Nord le 7 août 2019. L'OFII l'a alors informé de son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil pour ce motif le 18 septembre 2018, et a effectivement suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 1er octobre 2018. Par suite, et alors que l'intéressé ne fait état d'aucun motif légitime pour cette absence, c'est à juste titre que le directeur territorial a retenu, pour fonder la décision de refus de rétablissement, que M. B n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités.

8. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-6, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / () ".

9. S'il ressort des pièces du dossier, notamment des documents médicaux produits par l'intéressé, que M. B présente des algies récidivantes dont il souffre depuis 2013 ainsi que des douleurs au talon, l'avis Medzo du médecin de l'OFII en date du 8 septembre 2020 conclut uniquement à un suivi de médecine de ville, cet avis fixant par ailleurs le niveau de vulnérabilité de M. B au niveau 1 sur une échelle allant de 0 à 3. Par suite, et en dépit de ses conditions de vie difficiles, M. B ne saurait être regardé comme présentant une vulnérabilité particulière au sens et pour l'application des dispositions citées au point précédent. Les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont ainsi pas été méconnues.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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