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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103282

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103282

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDORMIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2021, M. A B, représenté par Me Clément Dormieu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 février 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a confirmé la sanction de mise en cellule disciplinaire durant trente jours, prononcée à son encontre le 29 janvier 2021 par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Maubeuge, ainsi que les deux décisions du président de la commission de discipline du 29 janvier 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'un des deux surveillants, " prétendument victime " des faits qui lui sont reprochés et rédacteur du compte rendu d'incident, est le fils du président de la commission de discipline, ce qui contrevient aux garanties d'un procès équitable, protégées par les stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé n'est pas fondé.

Par une ordonnance en date du 2 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juin 2023 à 14 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Par un courrier du 5 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions du 29 janvier 2021 de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Maubeuge auxquelles s'est substituée la décision du 24 février 2021 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille prise sur recours administratif préalable obligatoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Babski,

- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, incarcéré au centre pénitentiaire de Maubeuge du 4 novembre 2020 au 19 février 2021, a fait l'objet de deux comptes rendus d'incident, le premier en date du 25 janvier 2021, pour s'être violemment emporté verbalement à l'égard d'un surveillant, qui lui notifiait un retrait de crédits de réduction de peine et le second en date du 27 janvier 2021, pour avoir, suite à un refus de réintégrer sa cellule, porté un coup à l'avant-bras d'un surveillant gradé qui l'accompagnait et pour avoir tenté de lui porter un autre coup au niveau du buste. Par une première décision du 29 janvier 2021, le président de la commission de discipline a prononcé à son encontre la sanction de quinze jours de placement en cellule disciplinaire, pour avoir proféré des menaces à l'encontre d'un membre du personnel, sur le fondement des dispositions du 12° de l'article R. 57-7-1 du code procédure pénale. Par une seconde décision du même jour, il a prononcé, à son encontre, la sanction de trente jours de placement en cellule disciplinaire dont deux jours de prévention, pour avoir exercé ou tenté d'exercer des violences physiques à l'encontre d'un membre du personnel, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article R. 57-7-1 du code procédure pénale. La première sanction disciplinaire a été confondue avec la seconde sanction.

2. Le 15 février suivant, M. B a formé à l'encontre de ces deux décisions le recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Par une décision du 24 février 2021, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté ce recours et confirmé la sanction qui lui a été infligée. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces trois décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des deux décisions de la commission de discipline du 29 janvier 2021 :

3. Aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".

4. Il résulte de ces dispositions applicables au présent litige, qu'un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur régional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction initiale prononcée par le chef d'établissement. En l'espèce, la décision du 24 février 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté le recours administratif préalable de M. B s'est entièrement substituée aux décisions de la commission de discipline du 29 janvier 2021. Il en résulte que les conclusions aux fins d'annulation des deux décisions du 29 janvier 2021 doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 24 février 2021 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille :

5. Ainsi qu'il a a été dit au point 4, seule la décision prise à la suite du recours administratif obligatoire, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Toutefois, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. Si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

6. Aux termes du 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ".

7. M. B soutient ainsi que la composition de la commission de discipline contrevient aux garanties d'un procès équitable protégées par les stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'un des deux surveillants, qui aurait été victime des faits qui lui sont reprochés et qui est également le rédacteur du compte-rendu d'incident, a un lien de parenté avec le président de la commission de discipline.

8. Toutefois, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil au sens des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que ces stipulations soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Par suite, le requérant ne saurait utilement invoquer les stipulations de l'article 6.1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour contester la procédure disciplinaire menée à son encontre.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 février 2021 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des dispositions de articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Clément Dormieu.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

D. BABSKI

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°210328

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