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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103307

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103307

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (1)
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 28 avril 2021 et 6 septembre 2021, M. B C, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du 23 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retraits de points afférentes aux infractions commises les 23 mars 2016, 4 janvier 2017, 19 juillet 2017, 15 novembre 2018, 20 novembre 2018, 19 décembre 2018, 3 janvier 2019, 30 janvier 2019, 8 avril 2019, 4 juin 2019 et 1er août 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il n'a pas bénéficié, à l'occasion des retraits de points résultant de ces différentes infractions, de l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut, d'une part, au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48 SI et des retraits de points afférents aux infractions commises les 20 mars 2016, 17 mars 2017 et 1er août 2019 et, d'autre part, au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- le solde de points du permis de conduire de M. C est redevenu positif et est crédité de cinq points dès lors que, d'une part, le stage de sensibilisation aux causes et accidents de la route effectué les 19 et 20 février 2020 a été pris en compte et que les points retirés consécutivement aux infractions commises les 20 mars 2016, 17 mars 2017 et 1er août 2019 ont été restitués ;

- s'agissant du surplus des conclusions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'est pas fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2021 à 23h59 par une ordonnance du 3 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Sur sa proposition, le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative par le président de la formation de jugement.

A été entendu au cours de l'audience publique du 28 juin 2022 le rapport de M. Fabre, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 19 mai 1990 à Lomme, a fait l'objet d'une série d'infractions au code de la route, répertoriées à son relevé d'information intégral. Par une décision du 23 mars 2021, le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision 48 SI ainsi que les décisions de retraits de points suivantes : trois points pour une infraction commise le 23 mars 2016 à 09h50 à Epaignes, un point pour une infraction commise le 4 janvier 2017 à 07h10 à Chateaubourg, trois points pour une infraction commise le 19 juillet 2017 à 10h12 à Dourges, un point pour une infraction commise le 15 novembre 2018 à 20h55 à Ligny-en-Barrois, un point pour une infraction commise le 20 novembre 2018 à 04h02 à Vesoul, un point pour une infraction commise le 19 décembre 2018 à 15h38 à Coole, un point pour infraction commise le 3 janvier 2019 à 8h14 à Coole, deux points pour une infraction commise le 30 janvier 2019 à 11h55 à Gien, un point pour une infraction commise le 8 avril 2019 à 12h50 à Saint Amand Longpre, un point pour une infraction commise le 4 juin 2019 à 21h32 à Saulce sur Rhône et un point pour une infraction commise 1er août 2019 à 11h39 à Andelnans.

Sur le non-lieu partiel :

2. L'administration est réputée avoir retiré la décision référencée " 48 SI " portant invalidation du permis de conduire pour solde de points nul dès lors qu'elle informe postérieurement le conducteur concerné que le solde de points affecté à son permis de conduire est redevenu positif. Ainsi, la décision " 48 SI " invalidant le permis de conduire de M. C pour solde de points nul est réputée avoir été retirée à la suite de la prise en compte du stage de sensibilisation aux causes et accidents de la route effectué les 19 et 20 février 2020 par l'intéressé et de la circonstance que le solde de son permis de conduire est désormais positif, étant crédité de cinq points. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI du 3 mars 2021 invalidant le permis de conduire du requérant sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la recevabilité :

3. En premier lieu, si le ministre fait valoir en défense que le point retiré à la suite de l'infraction commise le 20 mars 2016 à 08h27 à Berles Monchel a été restitué à M. C le 30 décembre 2016, il ressort des pièces du dossier que M. C ne conteste pas cette décision de retrait de points.

4. En deuxième lieu, si le ministre fait valoir en défense également que le point retiré à la suite de l'infraction commise le 17 mars 2017 a été restitué à l'intéressé le 18 janvier 2018, aucune infraction n'a été commise par le requérant le 17 mars 2017. S'agissant de l'infraction commise le 17 mai 2017 à 08h02 à Saint Amand Longpre, le point retiré à la suite de cette infraction a effectivement été restitué au requérant le 18 janvier 2018 mais le requérant ne conteste pas cette décision de retrait de point.

5. En troisième et dernier lieu, cependant, il ressort du relevé d'information intégral, que le point retiré à la suite de l'infraction commise le 1er aout 2019 à 11h39 à Andelnans a été restitué au requérant le 11 mai 2020, soit antérieurement à l'introduction de la requête. M. C n'est, par suite, pas recevable à demander l'annulation de ce retrait de point.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les infractions commises les 23 mars 2016, 15 novembre 2018, 20 novembre 2018, 19 décembre 2018, 3 janvier 2019 et 30 janvier 2019 :

6. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un outil dédié ou par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

7. Il ressort des mentions " AF " portées sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C, concernant les infractions précitées que l'intéressé s'est acquitté des amendes forfaitaires correspondant à ces infractions. Ainsi, le requérant a nécessairement reçu des courriers du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. C n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission des infractions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'infraction commise le 19 juillet 2017 :

8. La mention, sur le relevé d'information intégral, de l'émission d'un titre exécutoire ne permet pas de considérer que l'amende forfaitaire majorée correspondante a été acquittée. La mention AM sur le relevé intégral ne justifie que de l'émission du titre et non du paiement de l'amende forfaitaire majorée. Par suite, il n'est pas établi que le requérant aurait bénéficié, à l'occasion de cette infraction, des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par ailleurs, si le requérant a bénéficié, à d'autres occasions antérieures, des informations à caractère général prévues par ces dispositions, l'infraction en cause a donné lieu au retrait de trois points pour " conduite d'un véhicule sans respect inter-distance " et il ne ressort pas de son relevé d'information intégral que le requérant aurait antérieurement été informé de la perte de points encouru pour une telle infraction. Le requérant est par suite fondé, pour ce motif, à demander l'annulation de ce retrait de trois points consécutif à l'infraction du 19 juillet 2017.

En ce qui concerne les infractions commises les 4 janvier 2017, 8 avril 2019 et 4 juin 2019 :

9. La mention, sur le relevé d'information intégral, de l'émission d'un titre exécutoire ne permet pas de considérer que l'amende forfaitaire majorée correspondante a été acquittée. La mention AM sur le relevé intégral ne justifie que de l'émission du titre et non du paiement de l'amende forfaitaire majorée. Par suite, il n'est pas établi que le requérant aurait bénéficié, à l'occasion de ces infractions, des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. Pour autant, d'une part, il ressort des mentions figurant à son relevé d'information intégral que les retraits d'un point résultant des infractions commises les 4 janvier 2017 et 8 avril 2019 l'ont été pour " excès de vitesse inférieur à 20 km/h pour une vitesse autorisée supérieure à 50 km/h ". Il a nécessairement eu connaissance de la perte de point encourue du fait de cette infraction puisque, le 30 décembre 2016, il s'est vu réattribuer un point pour la même infraction commise le 20 mars 2016 à 08h27 à Berles Monchel. Il a, par ailleurs, à plusieurs reprises, bénéficié des informations à caractère plus général prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

11. D'autre part, il ressort également des mentions figurant à son relevé d'information intégral que le retrait d'un point résultant de l'infraction commise le 4 juin 2019 l'a été pour " excès de vitesse inférieur à 20 km/h pour une vitesse autorisée inférieure à 50 km/h ". Il a eu connaissance de la perte de point encourue du fait d'une telle infraction à l'occasion du retrait de point résultant d'une infraction identique commise les 19 décembre 2018 et 3 janvier 2019 à Coole et le 20 novembre 2018 à Vesoul. Il a, à ces occasions également, bénéficié des informations à caractère plus général prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur, de restituer à M. C les trois points résultant de l'infraction du 19 juillet 2017, illégalement retirés. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer au ministre de l'intérieur un délai d'un mois pour ce faire.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme de 1 000 euros à verser à M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48 SI du 23 mars 2021 du ministre de l'intérieur prise à son encontre.

Article 2 : La décision de retrait de trois points consécutive à l'infraction commise le 19 juillet 2017 à 10h12 à Dourges est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, trois points sur le capital de son permis de conduire.

Article 4 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

X. ALa greffière

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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