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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103359

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103359

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOMMEVILLE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 avril 2021 et 10 décembre 2021 sous le numéro 2103359, M. D B, représenté par Me Sommeville, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er mars 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de M. B ;

2°) d'enjoindre au préfet de la zone de défense et de sécurité Nord de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son état de santé est en lien direct avec son activité professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet 2022.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction par lettre du 21 octobre 2022.

II) Par une requête enregistrée le 17 juin 2021 sous le numéro 2104809, M. D B, représenté par Me Sommeville, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 avril 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord l'a admis à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du

29 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la zone de défense et de sécurité Nord de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait car il n'est pas à l'origine de la demande d'admission à la retraite anticipée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son invalidité est en lien direct avec son activité professionnelle ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 1er mars 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public,

- et les observations de Me Sommeville représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, brigadier-chef, a occupé en dernier lieu les fonctions de chef de brigade au service zonal du renseignement territorial de la direction départementale de la sécurité publique de Lille jusqu'au 29 décembre 2020. Le 4 décembre 2014, au cours d'une semaine de formation " surveillance et filature " organisée à l'école nationale de police de Saint-Malo, il est pris, suite à un sentiment d'échec, de velléités suicidaires. A compter du 29 décembre 2014, il fait l'objet d'un arrêt de travail pour état anxio-dépressif et est placé en congés de maladie ordinaire jusqu'au 28 décembre 2015. Puis, il est successivement placé en congé de longue maladie du 29 décembre 2015 au 29 décembre 2016 puis rétroactivement en congé de longue durée du 29 décembre 2015 au 28 décembre 2020. Par des courriers du 1er décembre 2019 et du 7 février 2020, il sollicite la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses velléités suicidaires du 4 décembre 2014 et des arrêts de travail les ayant suivis. Le 19 février 2021,

M. B adresse à l'administration son dossier de demande de retraite au titre de l'invalidité. Le même jour, la commission de réforme émet un avis défavorable à l'imputabilité au service de l'état anxio-dépressif de M. B. Par une décision du 1er mars 2021, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de M. B. Par une décision du 21 avril 2021, dont

M. B demande également l'annulation, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord l'a admis à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 29 décembre 2020.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2103359 et 2104809 présentées par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 1er mars 2021 :

3. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa version alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () ".

4. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

5. Il ressort du rapport d'examen du 15 décembre 2015 du Dr. Lefebvre, psychiatre sollicité en qualité d'expert par le secrétariat général du ministère de l'intérieur, que le requérant qui " n'a pas supporté un échec à un exercice de surveillance filature exécuté à Saint-Malo, " perçu comme une faute inacceptable pour lui ", présente un " état anxio-dépressif consécutif à l'épuisement professionnel depuis le 29 décembre 2014 ". Le 19 janvier 2018, le Dr. Thouvenin, psychologue clinicien, atteste suivre le requérant en collaboration avec le Dr. Gosset, psychiatre, depuis le 26 février 2016, pour " souffrance psychique réactionnelle [liée] à l'environnement de travail " et le courrier du 22 juin 2020 du Dr. Gosset fait état d'une personnalité structurée sans caractère pathologique doté d'une environnement familial stable et équilibré. Il résulte également du rapport du 7 décembre 2020 du Dr. Pourpoint, psychiatre sollicité en qualité d'expert par le secrétariat général du ministère de l'intérieur, que M. B " se décrivait [en décembre 2015] volontiers comme un obsessionnel ", qu'il présente des " traits rigoristes, sthéniques, réactifs, persistants, [et] une fatigabilité sur le plan psychique " et que les difficultés d'ordre professionnel auxquelles il a été confronté ont été " mal tolérées par le fait de sa personnalité avec état dépressif sur fond d'épuisement au travail et fêlure narcissique () ". Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'échec éprouvé le 4 décembre 2014 en tant que chef d'équipe à la suite d'un exercice de filature en conditions réelles a conduit M. B à des velléités suicidaires en fin de matinée, alors qu'il s'était isolé dans sa voiture avec son arme de service, et que seul l'appel du commandant C, responsable de l'exercice, a empêché. Il ressort du rapport sur le déroulement du stage de ce commandant que dès lors que le requérant " n'a plus été en mesure de gérer le dispositif, celui-ci a été repris par ses collègues lillois ". Si le requérant soutient qu'il aurait dû être accompagné à compter du transfert des responsabilités de chef d'équipe et qu'il n'aurait pas dû être laissé seul, il ressort du même rapport du commandant C qu'il " s'est mis lui-même une pression démesurée et inutile " et qu'" il a été soutenu dans cette épreuve ", le commandant lui ayant lui-même dit " de ne pas trop se mettre la pression y compris le jour de l'exercice ". En outre, si le requérant évoque des journées d'exercices de plus de dix heures, il n'apporte aucun élément permettant de l'établir. De plus, il ressort également du bilan de stage du requérant que s'il a eu le sentiment d'être " poussé dans ses retranchements psychologiques et physiques ", il a reconnu la qualité de ce stage. Dans ces conditions, alors que l'administration fait valoir, sans être contestée, l'absence de tout autre facteur de risque propice au développement de l'affection en cause auquel aurait été exposé le requérant, le contexte professionnel dans lequel il a évolué ne peut être regardé comme ayant été propre à susciter l'apparition et le développement de sa maladie. En tout état de cause, il résulte des éléments médicaux du dossier une disposition préexistante de l'agent qui constitue une circonstance particulière conduisant à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Dans ces conditions, l'administration n'a pas, en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'état anxio-dépressif dont souffre M. B, entaché la décision contestée d'une erreur d'appréciation. Le moyen tiré de ce que la décision du 17 septembre 2020 est entachée d'une erreur d'appréciation doit, dès lors, être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2021. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 21 avril 2021 :

7. En premier lieu, le requérant peut être regardé comme invoquant une erreur de fait tiré de ce que, contrairement à ce qui ressort des termes de la décision attaquée du 21 avril 2021, il n'a pas demandé sa mise à la retraite pour invalidité. Or, il ressort des pièces du dossier que

M. B a adressé, le 19 février 2021, un dossier de demande de retraite au titre de l'invalidité.

8. En deuxième lieu, le requérant qui peut être regardé comme invoquant une erreur d'appréciation tirée de l'existence d'un lien direct entre son invalidité et le service n'apporte toutefois aucune précision au soutien de ce moyen qui, en tout état de cause, peut être écarté pour les motifs développés au point 5 du présent jugement.

9. En troisième et dernier lieu, eu égard au rejet des conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'imputabilité au service de la maladie du requérant, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision portant admission à la retraite pour invalidité non imputable au service peut être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 avril 2021. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2103359 et 2104809 de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au ministre de l'intérieur.

Copie, pour information, en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité Nord.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

J. ALa présidente,

signé

J. FÉMÉNIALa greffière,

signé

I.BAUDRY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

No 2103359, 2104809

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