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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103394

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103394

lundi 31 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantSTIENNE-DUWEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 30 avril 2021 sous le n° 2103394, Mme A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu d'allocation logement à caractère familial (IM4 001) et un indu d'allocation de soutien familial (INY 001) portant sur la période de septembre 2019 à juillet 2020 pour un montant global de 651,56 euros ;

2°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu d'aide personnelle au logement (IN5 001) portant sur la période d'août 2020 à mars 2021 d'un montant de 1 532,77 euros ;

3°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié deux indus d'aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire (INQ 001 et INQ 002) et trois indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2018 (ING 001), 2019 (ING 002) et 2020 (ING 003) portant sur la période de décembre 2018 à novembre 2020 pour un montant de 757,35 euros ;

4°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié deux indus de revenus de solidarité active (INK 002 et INL 001) portant sur la période de mars 2018 à février 2021 pour un montant global de 44 385,73 euros ;

5°) de lui accorder la remise totale de ces dettes.

Elle soutient que si M. D séjourne occasionnellement à son domicile et qu'il y a domicilié son entreprise, ils ne vivent plus maritalement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le président du conseil départemental du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que la requérante n'a formé aucun recours administratif préalable obligatoire préalablement à l'introduction de son recours contentieux ;

- à titre subsidiaire, les indus réclamés sont fondés dès lors qu'ils trouvent leur origine dans la dissimulation par la requérante de sa vie maritale.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions du 31 mars 2021 de répétition des indus d'allocation logement à caractère familial, d'allocation d'aide personnalisée au logement, de revenu de solidarité active, en l'absence du recours administratif préalable obligatoire adressé à l'administration compétente en ce sens.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2022.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril 2021 et 8 juin 2022 sous le n° 2103399, M. E D, représenté par Me Stienne-Duwez, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision 19 avril 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté sa demande tendant à la perception de ses droits à l'allocation de revenu de solidarité active et confirmant son rattachement au foyer de Mme B ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Nord de rétablir ses droits et de lui restituer les sommes qu'il aurait dû percevoir.

Il soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ne vit plus avec Mme B, seule son entreprise demeure domiciliée à l'adresse de cette dernière ; il a une adresse postale différente de son ex-épouse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le président du conseil départemental du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Bruneau, conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros visés ci-dessus, qui concernent la situation des mêmes requérants, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer sur un seul jugement.

2. A la suite d'un contrôle mené par les services de la caisse d'allocations familiales du Nord et du réexamen des droits qui s'en est suivi, Mme B, s'est vu notifier, par quatre courriers du 31 mars 2021 pris par la caisse d'allocations familiales du Nord, sur la période de septembre 2019 à juillet 2020 un indu d'allocation logement à caractère familial (IM4 001) et un indu d'allocation de soutien familial (INY 001) d'un montant global de 651,56 euros, sur la période d'août 2020 à mars 2021 un indu d'aide personnalisée au logement (IN5 001) d'un montant de 1 532,77 euros, concernant la période allant de décembre 2018 à novembre 2020 deux indus d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ 001) et (INQ 002) d'un montant global de 300 euros perçue en mai et novembre 2020 et trois indus d'aide exceptionnelle de fin d'année (ING 001, ING 002 et ING 003) d'un montant global de 457,35 euros et enfin sur la période de mars 2018 à février 2021 deux indus de revenu de solidarité active (INK 002 et INL 001) d'un montant global de 44 385,73 euros, qui trouvent leur origine dans la dissimulation de sa vie maritale depuis le 9 octobre 2017. Par un courrier du 19 avril 2021 adressé à M. D, pris sur recours administratif préalable, la caisse d'allocations familiales du 19 avril 2021 a rejeté sa demande de rétablissement de ses droits au revenu de solidarité active et a confirmé son rattachement au foyer de Mme B. Par la requête n° 2103394, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation des quatre décisions du 31 mars 2021 et la remise totale de ces dettes. Par la requête n° 2103399, M. D doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 19 avril 2021.

Sur les conclusions d'annulation de la décision portant répétition de l'indu d'allocation de soutien familial :

3. Par une ordonnance du 4 mai 2021, le tribunal administratif de Lille a transféré au tribunal judiciaire de Lille les conclusions de la requête de Mme B relatives à l'allocation de soutien familial.

Sur les conclusions d'annulation des décisions du 31 mars 2021 portant répétition de l'indu de revenu de solidarité active, d'allocation d'aide personnalisée au logement et d'allocation logement à caractère familial :

4. D'une part, l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active doit faire l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre les décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de prime de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 421-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable. ". Aux termes de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1 après l'avis de la commission de recours amiable. / Ses décisions sont motivées. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la personne qui entend contester une décision mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active ou un indu d'allocation d'aide personnalisée au logement doit obligatoirement, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable obligatoire devant l'autorité administrative compétente. Seule la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire est susceptible d'être déférée devant le tribunal, en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.

7. Il résulte de l'instruction que la requérante ne justifie pas dans sa requête avoir formé préalablement à la saisine du tribunal le recours administratif prévu par les dispositions des articles L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles et R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation. Dans ces conditions, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation des décisions du 31 mars 2021 lui notifiant des indus de revenu de solidarité active, d'aide personnelle au logement et d'allocation logement à caractère familial doivent, comme en ont été informées les parties, être rejetées pour ce motif.

8. Il résulte de ce qui précède que la requérante est irrecevable à contester le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active, d'allocation d'aide personnelle au logement et d'allocation logement à caractère familial mis à sa charge par décisions du 31 mars 2021 de la caisse d'allocations familiales du Nord.

Sur les conclusions d'annulation des autres décisions en litige :

9. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service ". Il résulte, d'une part, des décrets des 14 décembre 2018, 10 décembre 2019 et 29 décembre 2020 cités ci-dessus qu'une aide exceptionnelle, à la charge de l'État et versée par la caisse d'allocations familiales, est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont, sous certaines réserves, droit à cette allocation au titre du mois de novembre de l'année en cours ou, à défaut, du mois de décembre. D'autre part, il résulte du décret du 5 mai 2020 précité qu'une aide exceptionnelle liée à l'urgence sanitaire, à la charge de l'État et versée par la caisse d'allocations familiales, a été attribuée pour les bénéficiaires du revenu de solidarité active afin qu'ils puissent faire face aux difficultés financières liées à la crise sanitaire causée par l'épidémie de covid-19, sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai ne soit pas nul.

10. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

11. En outre, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux de l'article L. 262-3 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. / L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. " Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / () ". Enfin, aux termes du premier aliéné de l'article 3 du décret du 14 décembre 2018 visé ci-dessus, " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 3 du décret du 10 décembre 2019 visé ci-dessus, " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. / () ".

12. Il résulte des dispositions précitées que les ressources prises en considération pour le calcul du revenu de solidarité active ou de la prime d'activité sont celles qui sont perçues par le bénéficiaire, son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité et les personnes vivant habituellement au foyer. En cas de séparation de fait des époux, se manifestant par la cessation entre eux de toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective, les revenus du conjoint du bénéficiaire n'ont pas à être pris en compte dans le calcul des ressources de ce dernier.

13. Enfin, en application des articles R. 262-37 et R. 262-38 du code de l'action sociale et des familles, les bénéficiaires de l'allocation de revenu de solidarité active sont tenus de faire connaître à l'organisme chargé du service de ces prestations toutes informations relatives à leur résidence, à leur situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer, ainsi que tout changement en la matière, en particulier à l'occasion des déclarations de ressources qu'ils doivent remplir chaque trimestre, afin qu'il soit procédé au calcul de leur allocation.

14. Si les requérants soutiennent que leur vie commune a cessé, que M. D, ne revient vivre au domicile conjugal qu'occasionnellement pour se rapprocher de leurs cinq enfants et sans que cela ne constitue une reprise de leur vie maritale, ils ne produisent aucun élément au soutien de leurs allégations, alors qu'il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord établi le 4 mars 2021, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, qu'alors que Mme B a toujours déclaré vivre seule avec ses enfants depuis 2015, M. D, bénéficiaire du revenu de solidarité active, se présente depuis cette date comme domicilié chez sa concubine dans le cadre de ses démarches administratives, notamment auprès de sa banque, de l'autorité administrative lors de la délivrance de son permis de conduire, de l'immatriculation de son véhicule ou encore de la déclaration de naissance des enfants en 2011, 2015 et 2019, ou à l'occasion de contrôles de police. Il résulte par ailleurs du rapport d'enquête que la propriétaire du logement loué par Mme B, entre novembre 2001 et juillet 2020, a déclaré que cette dernière y résidait avec M. D et leurs enfants. Il est enfin constant, d'une part, que M. D assume le paiement de certains abonnements, notamment internet, et d'autre part, qu'il dort, selon les déclarations de Mme B au moins une fois par semaine au domicile de cette dernière. Dès lors, l'existence de la communauté de vie depuis le 9 octobre 2015 et de la communauté financière ressort d'un faisceau d'indices suffisamment concordant, au nombres desquels figurent les circonstances que les intéressés partagent une adresse commune et mettent en commun leurs charges. Dès lors, faute d'avoir pris en compte les ressources de M. D, bénéficiaire du revenu de solidarité active et salarié, pour déterminer les droits de Mme B, qui se présentait comme isolée avec cinq enfants à charge, les versements dont l'intéressée a bénéficié au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année 2018, 2019 et 2020 et au titre de l'aide solidaire exceptionnelle étaient calculés sur le fondement d'un montant de ressources et d'une composition du foyer inexacts. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la caisse d'allocations familiales du Nord a demandé à Mme B de rembourser les indus versés au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année 2018, 2019 et 2020 et au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité. Il s'ensuit qu'eu égard à la communauté de vie entre les requérants, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Nord a également rattaché M. D sous le numéro d'allocataire de sa concubine, Mme B.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête n° 2103394 tendant à l'annulation des décisions du 31 mars 2021 portant sur des indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2018, 2019 et 2020 et d'aide exceptionnelle présentées par Mme B doivent être rejetées. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête n° 2103399, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 19 avril 2021 doivent également être rejetées.

Sur la demande de remise gracieuse :

16. Un allocataire du revenu de solidarité active, de la prime d'activité ou de la prime exceptionnelle de fin d'année ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu de ces allocations, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à l'allocation en cause ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

17. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que la caisse d'allocations familiales du Nord a considéré qu'il convenait de prendre en compte les revenus du compagnon de Mme B, dont la communauté de vie a débuté le 9 octobre 2015, pour établir les droits aux prestations sociales du foyer de la requérante au cours des périodes litigeuses. Dans ces conditions, eu égard notamment à la nature des ressources non déclarées et au caractère public des conditions d'attribution de la prestation en cause, alors que le formulaire de déclaration des ressources trimestrielles prévoit des rubriques dans lesquelles les ressources de son conjoint auraient pu être mentionnées, et que ce formulaire rappelle au déclarant qu'il s'engage " à signaler tout changement dans [sa] situation familiale ou professionnelle ", l'intéressée ne peut être regardée comme ayant pu raisonnablement ignorer que sa vie maritale devait être déclarée dès le mois d'octobre 2015. La réitération des omissions délibérément commises par la requérante dans l'exercice de ses obligations déclaratives prévues aux articles R. 846-5 du code de la sécurité sociale et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles ne permet pas davantage de la regarder comme de bonne foi. Cette seule circonstance fait obstacle au bénéfice d'une remise ou d'une réduction de la dette de la requérante, quelle que soit la précarité de sa situation financière. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'administration a refusé de lui accorder une remise de ses dettes de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou de prime exceptionnelle de fin d'année réclamés.

18. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que Mme B n'est pas fondée à demander la remise gracieuse de ses dettes portant sur des indus de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement, d'aide au logement à caractère familial, de prime exceptionnelle de fin d'année 2018, 2019 et 2020 ainsi que d'aide exceptionnelle de solidarité.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2103394 présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : La requête n° 2103399 présentée par M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à M. E D, au préfet du Nord, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Stienne-Duwez.

Copie sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.

La magistrate désignée,

signé

M. C

La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires chacun en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2103394, 2103399

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