vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2103402 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DANSET-VERGOTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mai 2021, M. A B, représenté par Me Sophie Danset-Vergoten, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission des titres de séjour en application des dispositions de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 4 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 février 2023 à 14 heures.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Babski a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain, né le 18 juillet 1990 à Casablanca (Maroc), entré irrégulièrement sur le territoire français le 20 décembre 2015 selon ses déclarations, a présenté, le 26 novembre 2020, une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 12 janvier 2021, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté cette demande en se fondant sur le fait que l'intéressé n'était pas titulaire d'un visa de long séjour, en méconnaissance des dispositions des articles L. 313-11, 4 ° et L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, n'étant pas entré régulièrement en France, il ne pouvait bénéficier de la procédure dérogatoire du visa de long séjour prévu par les dispositions de l'article L. 211-2-1 du même code. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. En premier lieu, par un arrêté du 24 août 2020, publié le 25 août 2020 au recueil spécial n° 50 des actes administratifs de la préfecture, librement consultable sur le site de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. Francis Manier, conseiller d'administration du ministère de l'intérieur et de l'outre-mer, à l'effet de signer, en particulier, les décisions portant refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision attaquée du 12 janvier 2021, qui mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise les motifs de droit et de fait pour lesquels M. B ne peut être regardé comme satisfaisant aux conditions des articles L. 313-11, 4 °, L. 313-2 et L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle relève également, après avoir décrit la situation personnelle et familiale de M. B, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, le préfet du Pas-de-Calais, qui n'est pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments de fait afférents à la situation du requérant, a suffisamment motivé la décision en litige au sens des dispositions précitées, sans avoir recours, contrairement à ce que le requérant soutient, à une motivation stéréotypée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, au regard notamment des indications figurant dans l'arrêté contesté du 12 janvier 2021, que le préfet du Pas-de-Calais, avant d'édicter cette décision, n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant au regard de la possibilité de lui délivrer un titre de séjour.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour () ".Aux termes de l'article L. 312-2 du même code, alors en vigueur : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3 / () " ;
7. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la production d'un visa de long séjour est au nombre des conditions auxquelles est subordonnée la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement du 4° de l'article L. 313-11. Le préfet a donc pu, en l'espèce, rejeter la demande de titre de séjour dont il était saisi en se fondant sur le défaut de production par M. B d'un visa de long séjour sans avoir à saisir au préalable la commission du titre de séjour. Ainsi, le moyen tiré de ce vice de procédure doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
9. M. B se prévaut de la durée de sa présence, sur le territoire français depuis 2015. Il fait également valoir qu'il y a transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux dès lors que sa sœur et ses neveux résident régulièrement en France, qu'il est marié depuis le 13 novembre 2017 avec une ressortissante française gravement malade avec laquelle il partage une communauté de vie et d'intérêts depuis le 8 août 2017 et qu'il assiste au quotidien. Il précise, en outre, avoir fourni de sérieux efforts d'insertion professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, entré irrégulièrement en France, selon les éléments produits au dossier, le 20 décembre 2015 ou le 14 janvier 2016, n'a été autorisé à y séjourner régulièrement que pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour datée du 26 novembre 2020 et n'établit pas une présence habituelle et continue sur le territoire français pendant la période 2016-2021. Il ne justifie pas davantage de la régularité du séjour en France de sa sœur et de ses neveux ni de la réalité d'une vie commune avec son épouse antérieurement à leur mariage, alors que le couple est sans enfant. En outre, en se bornant à produire des pièces, au demeurant, postérieures à la décision attaquée, attestant qu'il suit une formation de magasinier depuis le 16 février 2021 et qu'il est inscrit dans une agence d'intérim depuis le 16 avril 2021, M. B ne justifie pas d'une insertion professionnelle effective en France. De même, il ne démontre pas qu'il serait le seul à pouvoir procurer l'assistance nécessaire à son épouse, en arrêt de travail depuis novembre 2019. Enfin, il n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu de toute attache privée et familiale au Maroc où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision de refus de délivrance du titre de séjour contestée, qui implique seulement que M. B reparte brièvement dans son pays d'origine pour y solliciter un visa de long séjour qui ne pourra lui être refusé qu'en cas d'annulation du mariage, de fraude ou de menace à l'ordre public, ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît ainsi ni les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet du Pas-de-Calais n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Sophie Danset-Vergoten.
Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
M. Babski, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. BABSKI
La présidente,
Signé
S. STEFANCZYK
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°210340
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026