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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103429

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103429

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGREENLAW AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 et 4 mai 2021, le 17 juillet 2021 et le 7 février 2022, M. B D, M. E D et Mme G D, représentés par Me Deldique, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2021 par lequel le maire de la commune de Lezennes ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de M. A en vue de l'extension d'une maison d'habitation, sise 27 rue Marius Brunau, parcelle section cadastrée AC132 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lezennes et de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de déclaration préalable était insuffisant ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'application des dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL) ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le maire devait s'opposer à la déclaration préalable, le pétitionnaire ne sollicitant pas la régularisation de l'édification de l'abri de jardin en fond de parcelle, qui présente un lien fonctionnel avec la maison objet de l'extension ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, dès lors que le maire était tenu de le retirer du fait de son illégalité, tenant à l'absence de demande de régularisation de l'abri de jardin par le pétitionnaire ;

- il méconnaît les dispositions de la section I du chapitre 2 du titre 2 du livre I et de la section II du chapitre 4.1 du titre 2 du livre III du règlement du PLUi de la MEL, l'emprise au sol totale des constructions, de 51,35%, dépassant ainsi les 40% autorisés ;

-il méconnaît les dispositions du I de la section I du chapitre 3 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL, reprenant les dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme, dès lors que l'extension en projet marque une rupture avec l'aspect extérieur des bâtiments environnants par son style architectural et ses proportions ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme dès lors que, bien que le terrain d'assiette du projet se situe en zone bleue du plan d'exposition aux risques naturels et prévisibles de la commune de Lezennes en raison d'un risque d'effondrement dû à la présence de cavités souterraines, il ne prescrit pas la réalisation d'une recherche de vides ;

- il méconnaît les dispositions du plan communal d'exposition aux risques naturels et prévisibles dès lors que le projet n'ayant pas procédé à une évaluation du risque d'effondrement, il n'a pas été conçu de manière à pouvoir résister à ce risque.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2021, M. F A conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier de leur intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les consorts D ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2021, la commune de Lezennes, représentée par la SCP Bignon Lebray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise solidairement à la charge des consorts D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier de la notification de leur recours gracieux au pétitionnaire, en application des dispositions de l'article R.600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par les consorts D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- les observations de Me Le Bon, substituant Me Deldique, représentant les consorts D,

- et les observations de Me Vamour, représentant la commune de Lezennes.

Une note en délibéré présentée pour les consorts D a été enregistrée le 15 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 février 2021, le maire de la commune de Lezennes ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de M. A relative à des travaux d'extension d'une maison d'habitation sise, 27 rue Marius Brunau, parcelle section cadastrée AC132. Par leur requête, les consorts D demandent l'annulation de l'arrêté du 27 février 2021.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de () de recours contentieux à l'encontre () d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. () ". Aux termes de l'article R. 600-2 du même code : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". L'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'a ni pour objet, ni pour effet de frapper d'irrecevabilité un recours contentieux qui, même s'il a été précédé d'un recours administratif non assorti des formalités de notification, a été introduit dans le délai de recours contentieux de droit commun de deux mois. Dans cette hypothèse, la recevabilité du recours contentieux n'est donc subordonnée qu'à la notification de ce recours, aux personnes désignées par ce même article, dans les quinze jours francs suivants son enregistrement.

3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier, réceptionné par la commune le 16 mars 2021 suivant les écritures de celle-ci, M. D a formé un recours gracieux auprès du maire de la commune de Lezennes contre l'arrêté contesté du 27 février 2021, sans toutefois que l'intéressé ne notifie ce recours à M. A en sa qualité de pétitionnaire. Si l'exercice d'un tel recours administratif montre que le requérant a eu connaissance de l'arrêté litigieux et a eu pour effet de faire courir à son égard le délai de recours contentieux, il ressort des pièces du dossier que la requête a été introduite dans ledit délai courant à compter du 16 mars 2021 en l'absence de toute précision quant à la réalisation des formalités d'affichage telles que prévues par l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme. Il apparaît en outre qu'elle a été notifiée conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme à l'auteur de la décision contestée et au titulaire de l'autorisation. Dans ces conditions, la fin

de non-recevoir tirée de la méconnaissance des formalités prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme doit être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".

Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie en principe d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il ressort des pièces du dossier que les consorts D sont les propriétaires non occupants du bien mitoyen de celui objet des travaux en litige. A ce titre, ils ont la qualité de voisins immédiats du projet contesté. Ils font valoir que, compte tenu de sa configuration qui consiste en une construction sur pilotis à hauteur du 1er étage, celui-ci aura pour effet d'emporter un trouble de jouissance de leur bien, dans la mesure où la perte de luminosité induite ainsi que la diminution de l'actuelle vue dégagée sur les jardins situés à l'arrière de leur maison impactera le cadre de vie de leurs locataires actuels et futurs, induisant une diminution de la valeur vénale et locative de leur bien. Dans ces conditions, particulières, ils justifient d'un intérêt à agir suffisant à l'encontre de l'arrêté litigieux et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente () pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales : " En cas d'absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l'ordre des nominations et, à défaut d'adjoint, par un conseiller municipal désigné par le conseil ou, à défaut, pris dans l'ordre du tableau ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'en cas d'absence ou d'empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint dans l'ordre des nominations sans que l'exercice de cette suppléance soit subordonné à une délégation donnée à cet effet par le maire. Il appartient alors à l'adjoint de prendre tous les actes nécessaires à la bonne marche de l'administration municipale dont l'intervention, au moment où elle s'impose normalement, serait rendue impossible par cette absence ou cet empêchement.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été signé par M. E C, 6ème adjoint au maire. Il n'est pas sérieusement contesté par les requérants que le maire ainsi que ses cinq premiers adjoints étaient éloignés de la commune de Lezennes du 22 au 27 février 2021 et n'étaient pas en mesure d'exercer leurs fonctions municipales. Compte tenu de la proximité de l'échéance du délai d'instruction de la déclaration préalable déposée par M. A, soit le 3 mars 2021 à minuit, date avant laquelle l'arrêté devait être notifié au pétitionnaire, de ce que les 27 et 28 février 2021 étaient un samedi et un dimanche et de l'absence du maire et de ces cinq premiers adjoints, l'édiction de l'arrêté attaqué, eu égard aux prescriptions qu'il comporte, avait le caractère d'un acte dont l'intervention s'imposait normalement à la date du 27 février 2021. Dans ces conditions, le sixième adjoint était compétent, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales, pour signer l'arrêté attaqué. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

9. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'incomplétude du dossier et de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL) sont dénués des précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Ils ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, que l'abri de jardin, édifié en fond de parcelle antérieurement à la construction objet de la déclaration préalable et dont il est constant qu'il n'a pas fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme, est une construction distincte de la maison d'habitation dont l'extension fait l'objet de la déclaration préalable et n'a pas de lien fonctionnel avec celle-ci. Dans ces conditions, il n'incombait pas au pétitionnaire de présenter une demande portant sur la régularisation des travaux d'édification de l'abri de jardin. Le maire de la commune de Lezennes n'était, par suite, pas tenu de s'opposer à la déclaration préalable pour ce motif ni, en tout état de cause, de la retirer en application de l'article

L. 424-5 du code de l'urbanisme. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance de cet article doivent, dès lors, être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de la section I du chapitre 2 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL, dans sa version applicable à la date de l'arrêté attaqué : " L'emprise au sol est la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus. () L'emprise au sol maximale autorisée, dès lors qu'elle est réglementée, est précisée dans les dispositions prévues aux livres 2, 3 et 4. Elle est définie par un pourcentage appliqué à la surface de l'unité foncière. ". Les dispositions de la section II du chapitre 4.1 du titre 2 du Livre III du règlement du PLUi de la MEL, prévoient que l'emprise au sol maximum est de 40% dans les zones classées en tissus résidentiels intermédiaires.

12. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle qui constitue le terrain d'assiette du projet, comporte, outre la maison du pétitionnaire, un abri de jardin d'une surface de 18m2, non mentionné par le pétitionnaire dans le dossier de déclaration préalable. Dès lors, l'emprise au sol totale des constructions sur la parcelle, constituées de la maison, de son extension et de l'abri de jardin, s'élèvera à 80 m2 sur une parcelle d'une superficie de 156,86m2, soit une emprise au sol totale des constructions de 51%. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la section II du chapitre 4.1 du titre 2 du Livre III du règlement du PLUi de la MEL doit être accueilli.

13. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

D'autre part, aux termes de la section I du chapitre 3 des dispositions communes du règlement du PLUi de la MEL applicables à toutes zones : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

14. En cas d'atteinte par les constructions projetées à l'intérêt des lieux avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer l'autorisation sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

15. Il ressort des pièces du dossier que le projet objet de la déclaration préalable est situé en façade arrière d'un alignement de maisons d'habitation mitoyennes en R+1 ou R+2, marqué par une hétérogénéité des architectures, des coloris et des matériaux de constructions employés. Par suite, l'environnement immédiat du projet ne dispose ni d'un caractère ni d'un intérêt marqués, ni même d'une unité d'ensemble particulière. Le projet en litige consiste en l'extension en R+1, sur pilotis, d'une maison d'habitation, couverte d'un bardage en bois. Il ressort des pièces du dossier que, si ce type de construction sur pilotis n'est pas présent dans les environs immédiats du projet, une maison présente d'ores et déjà une extension en R+1 couverte d'un bardage en bois. Ainsi, les caractéristiques du projet ne peuvent être regardées comme susceptible de porter atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants. Dans ces conditions, le maire de la commune de Lezennes n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 13 du présent jugement et le moyen doit être écarté.

16. En dernier lieu, en vertu de l'article L. 562-1 du code de l'environnement, les plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones, ont notamment pour objet de délimiter les zones selon leur exposition aux risques et d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle ou de prescrire les conditions dans lesquelles les constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations doivent être réalisés, utilisés ou exploités. En vertu de l'article L. 562-4 du même code, le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique et est annexé au PLU. Enfin, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

17. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que les plans de prévention des risques naturels prévisibles constituent des documents d'urbanisme tenant lieu de PLU au sens des dispositions de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme. D'autre part, les prescriptions d'un tel plan, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés aux risques en cause et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux autorisations de construire, sans que l'autorité administrative soit tenue de reprendre ces prescriptions dans le cadre de la délivrance d'une telle autorisation. Il incombe à l'autorité compétente pour délivrer celle-ci de vérifier que le projet respecte les prescriptions édictées par le plan de prévention et, le cas échéant, de préciser dans l'autorisation les conditions de leur application. Si les particularités de la situation l'exigent et sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, il peut subordonner la délivrance du permis de construire sollicité à des prescriptions spéciales, s'ajoutant aux prescriptions édictées par le plan de prévention dans cette zone, si elles lui apparaissent nécessaires pour assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

18. En l'espèce, le plan d'exposition aux risques naturels prévisibles - mouvements de terrains de la ville de Lezennes approuvé le 8 juin 1989, annexé au PLUi de la MEL, dispose que la zone bleue, dans laquelle est classée le terrain d'assiette du projet est " exposée à des risques d'effondrement, où des mesures de prévention sont envisageables () " et que les installations non sensibles situées sur des cavités connues " doivent pouvoir résister à des effondrements généralisés. / Ces installations reposeront, compte tenu des caractéristiques du sol et du sous-sol : - soit sur une structure rigide / - soit sr des fondations profondes / - soit sur une cavité consolidée () ".

19. D'une part, si les requérants font valoir qu'un effondrement de terrain a eu lieu le 9 juillet 2012 au 18 rue Marius Brunau, à environ 40 mètres du terrain d'assiette du projet, le service commun des carrières souterraines de la ville de Lille indique, dans son avis rendu le 23 février 2021 et favorable au projet avec observations, celles-ci étant reprises dans l'arrêté attaqué, que la carrière située à l'aplomb du projet présente un " état général () globalement dégradé mais ne semble pas évolutif dans son ensemble ". Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la situation du projet présente des particularités exigeant de subordonner la délivrance de l'autorisation contestée à des prescriptions spéciales, s'ajoutant aux prescriptions édictées par le plan de prévention dans cette zone, et qui seraient nécessaires pour assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.

20. D'autre part, il ne ressort d'aucune disposition du plan d'exposition aux risques naturels prévisibles - mouvements de terrains de la ville de Lezennes qu'une évaluation préalable du risque, une étude de recherche de vides ou une attestation de résistance à un effondrement localisé ou généralisé sont prescrites en cas de projet de construction en zone bleue. En outre, comme il a été dit au point précédent, le service commun des carrières souterraines de la ville de Lille a rendu un avis favorable avec observations au projet le 23 février 2021. Par ailleurs, le pétitionnaire a produit dans son dossier de déclaration préalable une attestation d'engagement à respecter les règles générales de construction prises en application du chapitre Ier du titre Ier du livre Ier du code de la construction et de l'habitation, notamment celles relatives à la solidité. Dans ces conditions, en se bornant à alléguer sans produire aucun élément circonstancié, que la technique de construction de l'extension concernée sur trois poteaux de pilotis ne répond pas aux techniques préconisées par le plan d'exposition aux risques naturels prévisibles - mouvements de terrains de la ville de Lezennes, les requérants n'établissent pas que le projet méconnait les dispositions de ce plan. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

21. L'article L. 600-5 du code de l'urbanisme dispose que :

" Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. () ".

22. Il résulte de ces dispositions que le juge administratif peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet. Le juge peut, le cas échéant, s'il l'estime nécessaire, assortir sa décision d'un délai pour que le pétitionnaire dépose une demande d'autorisation modificative afin de régulariser l'autorisation subsistante, partiellement annulée.

23. En l'espèce, le vice relevé au point 12 du présent jugement concerne une partie identifiable du projet et est susceptible d'être régularisé sans y apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu d'annuler, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, l'arrêté du 27 février 2021 du maire de la commune de Lezennes en tant qu'il autorise une emprise au sol supérieure à 40% de la superficie totale de la parcelle, en méconnaissance des dispositions de la section II du chapitre 4.1 du titre 2 du Livre III du règlement du PLU de la MEL.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des consorts D, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Lezennes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Lezennes la somme demandée par les consorts D au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 février 2021 du maire de la commune de Lezennes est annulé en tant qu'est autorisée une emprise au sol supérieure à 40% de la superficie totale de la parcelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, M. E D et

Mme G D, à M. F A et à la commune de Lezennes.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

E. GRARDLe président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. H

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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