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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103433

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103433

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (5)
Avocat requérantSCP MASSON ET DUTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mai 2021 et 23 juillet 2021,

Mme C A, représentée par Me Dutat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle la commission de médiation du Nord a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'assurer son relogement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du VII de l'article L. 441-2-3 du code de l'environnement dès lors que la commission de médiation ne s'est pas fondée, lors de l'instruction de sa demande, sur un rapport du service communal d'hygiène et de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en tant que son logement actuel ne présente pas le caractère d'un logement décent ;

- la commission de médiation ne pouvait valablement rejeter sa demande de logement au motif qu'elle a récemment refusé une offre de logement social dès lors qu'aucune offre de logement ne lui a été notifiée et qu'elle n'a pas été informée de ce que le refus d'une offre de logement social était susceptible de lui faire perdre le bénéfice de son droit au logement opposable ;

- l'offre de logement social qu'elle a refusée était inadaptée aux besoins et capacités de sa famille dès lors que le logement proposé ne présentait pas le caractère d'un logement décent et que le quartier est dangereux et trop éloigné de son lieu de formation et des établissement scolaires de ses enfants.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 juin 2021 et 25 octobre 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Chevaldonnet a présenté son rapport et entendu les observations de M. B, représentant le préfet du Nord.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 16 décembre 2020, Mme A a, sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, saisi la commission de médiation du Nord en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social. Par une décision du 11 mars 2021, la commission de médiation du Nord a rejeté cette demande. Par la requête susvisée, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes du II de l'article

L. 441-2-3 du code précité : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, () est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 de ce code : " La commission, saisie sur le fondement du II () de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes :

/ () / -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement / () / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi

n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains :

" Le logement doit satisfaire aux conditions suivantes, au regard de la sécurité physique et de la santé des locataires : / () / 2. Il est protégé contre les infiltrations d'air parasites. Les portes et fenêtres du logement ainsi que les murs et parois de ce logement donnant sur l'extérieur ou des locaux non chauffés présentent une étanchéité à l'air suffisante / ()

/ 4. La nature et l'état de conservation et d'entretien des matériaux de construction, des canalisations et des revêtements du logement ne présentent pas de risques manifestes pour la santé et la sécurité physique des locataires ; / 5. Les réseaux et branchements d'électricité et de gaz et les équipements de chauffage et de production d'eau chaude sont conformes aux normes de sécurité définies par les lois et règlements et sont en bon état d'usage et de fonctionnement ; / 6. Le logement permet une aération suffisante. Les dispositifs d'ouverture et les éventuels dispositifs de ventilation des logements sont en bon état et permettent un renouvellement de l'air et une évacuation de l'humidité adaptés aux besoins d'une occupation normale du logement et au fonctionnement des équipements () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu d'une visite du logement occupé par Mme A réalisée le 19 janvier 2021 par des représentants de la direction de la solidarité et de la cohésion sociale de la commune de Hem, ainsi que des photographies versées au dossier que les pièces de ce logement situées à l'étage, soit les chambres et la salle de bain, présentent un taux d'humidité important ainsi que des traces de moisissure sur plusieurs murs. Il apparaît en outre qu'il existe des infiltrations d'air au niveau de la baie vitrée du salon et que l'installation électrique est défectueuse et ne présente pas l'ensemble des conditions de sécurité requises. Si à l'issue de la visite du 19 janvier 2021 le bailleur de la requérante s'est engagé à réaliser des travaux de reprise de ces désordres, il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, ceux-ci ont été effectués. Par suite, la commission de médiation a fait une inexacte application des dispositions citées au point 2 du présent jugement en refusant de reconnaître comme prioritaire et urgente la demande de logement social de Mme A après avoir estimé que le logement de la requérante ne présentait pas au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 susvisé.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation du Nord du 11 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. La décision annulée n'ayant ni pour objet ni pour effet de refuser l'attribution d'un logement social à Mme A mais uniquement de refuser de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint à l'administration d'attribuer à Mme A un logement adapté aux besoins et capacités de sa famille. Par suite ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dutat, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dutat de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision de la commission de méditation du Nord en date du 11 mars 2021 est annulée.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dutat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Dutat, avocat de Mme A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme A.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Dutat et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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