vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2103481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CALONNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2021 et des mémoires non communiqués enregistrés les 11 janvier et 3 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Marie-Hélène Calonne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2020 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour eu égard à son placement auprès du service de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête, présentée dans les délais de recours contentieux, est recevable ;
- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité compétente ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-11,2° bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 octobre 2021 et 19 décembre 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 12 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 février 2022 à 12 heures.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Babski a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen, né le 22 décembre 2001 à Conakry (Guinée), qui déclare être entré en France en juillet 2017, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département du Nord à compter du 31 août 2017, soit avant l'âge de seize ans. Il a ensuite bénéficié, sur décision du président du conseil départemental du Nord, d'une prise en charge par le même service jusqu'au 1er octobre 2020, sous la forme d'un contrat jeune majeur, contrat " Entrée dans la Vie Adulte " (EVA), qui s'inscrit dans le cadre de l'aide à domicile. L'intéressé a sollicité, le 10 juillet 2020, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " mineur placé auprès de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de 16 ans ". Par un arrêté du 28 septembre 2020, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. En premier lieu, par un arrêté du 24 août 2020, publié le 25 août 2020 au recueil spécial n° 50 des actes administratifs de la préfecture, librement consultable sur le site de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. Francis Manier, conseiller d'administration du ministère de l'intérieur et de l'outre-mer, à l'effet de signer, en particulier, les décisions portant refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté attaqué, qui mentionne les éléments de faits propres à la situation du requérant et énonce les considérations de droit sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé au regard des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit: / () / 2° bis A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L.311-3, qui a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée () ".
6. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.
7. Pour prendre la décision de refus de séjour en litige, le préfet s'est fondé, d'une part, sur le défaut de caractère réel et sérieux de la formation du fait du changement d'orientation et du manque d'assiduité dans les études poursuivies, d'autre part, sur le fait que M. A ne justifie pas ne pas avoir conservé des liens dans son pays d'origine, et ce alors qu'il ne dispose d'aucune attache familiale en France, qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'établit pas entretenir un réseau social, amical ou bénévole particulièrement nourri au regard de la durée de son séjour sur le territoire français.
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été scolarisé au lycée Ile Jeanty de Dunkerque au titre de l'année scolaire 2017-2018 et y a suivi une formation de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " commercialisation et services en hôtel ". Si l'intéressé a obtenu la moyenne à la fin de cette année scolaire, il a toutefois présenté une baisse de motivation dans certaines matières, a été souvent absent et n'a pas continué sa scolarité pour des raisons de santé. Le requérant a ensuite intégré la classe de CAP " agent polyvalent de restauration " au sein du lycée Cazin de Boulogne-sur-Mer, au titre de l'année scolaire 2019-2020, sans fournir de résultat puis s'est inscrit, en CAP " menuisier fabricant mobilier et agencement " au sein du lycée Sannier de Saint-Martin-les-Boulogne, au titre de l'année scolaire 2020-2021, où il a totalisé dix-neuf journées d'absence pour la période du 1er au 25 septembre 2020. Si M. A explique que les changements d'orientation intervenus dans son parcours scolaire résultent d'une orientation initiale faite par défaut n'étant pas en lien avec son projet de vie, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que l'orientation choisie en filière bois correspondrait au souhait qu'il a émis dans sa demande de titre de séjour de venir en aide aux personnes âgées, aux malades et aux enfants orphelins. Par ailleurs, il n'est pas démontré que le centre d'information et d'orientation de Boulogne-sur-Mer aurait dissuadé l'intéressé de se diriger vers les services d'aide à la personne. En outre, si le requérant fait valoir que l'altération de sa motivation et de son assiduité ont pour origine de graves troubles psychologiques et le manque d'équipements de protection en cours d'atelier dans le dernier établissement scolaire, ces circonstances ne sont pas, à elles seules, de nature à justifier ses nombreuses absences, Enfin, si M. A se prévaut de ce qu'il a été pris en charge par le service d'aide sociale du département du Nord jusqu'au 1er octobre 2020, sous la forme d'un contrat jeune majeur, contrat " Entrée dans la Vie Adulte ", celui-ci s'inscrit dans le cadre de l'aide à domicile et ne correspond pas à l'orientation qu'il a choisie en septembre 2020. Dans ces conditions, le requérant, qui n'a obtenu aucun diplôme en trois années de formation, ne peut être regardé comme justifiant du caractère réel et sérieux de ses études.
9. D'autre part, alors qu'il ne dispose en France d'aucun lien familial, qu'il est célibataire, sans charge de famille et y est présent depuis un peu plus de trois ans à la date de la décision attaquée, le requérant n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusque l'âge de 15 ans, soit une majeure partie de sa vie. S'il allègue, à ce titre, que ses parents sont décédés, il ne l'établit cependant pas alors qu'il a produit à l'instance l'extrait du registre de transcription et le jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, datés du 6 juin 2017, sur lesquels aucune mention des décès de ses parents n'est, portée.
10. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait tissé des liens d'une particulière intensité et stabilité en France témoignant d'une réelle insertion dans la société française. L'inscription à un club sportif, l'adhésion à une association et le soutien de diverses personnes dans son entourage ne sont pas suffisants pour caractériser une telle insertion.
11. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. M. A se prévaut de son entrée en France en juillet 2017 alors qu'il était âgé de quinze ans et demi et de son insertion sur la plan social et sportif. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, comme exposé aux points 9 et 10, alors que l'intéressé, qui est célibataire, sans enfant, disposerait d'attaches particulières en France et aurait tissé en France des liens d'une particulière intensité et stabilité témoignant d'une réelle insertion dans la société française. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais, en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, n'a pas, en tout état de cause, porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A de mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas davantage entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2020 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Marie-Hélène Calonne.
Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
M. Babski, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2021.
Le rapporteur,
Signé
D. BABSKI
La présidente,
Signé
S. STEFANCZYK
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2103481
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026