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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103514

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103514

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103514
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (5)
Avocat requérantCHAFI-SHALAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2021, Mme A C, représentée par Me Chafi-Shalak, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 11 mars 2021 par laquelle la commission de médiation du Nord a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 7 janvier 2021 par laquelle la même commission a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation du Nord de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été signée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la commission a fait une appréciation manifestement inexacte de sa situation au regard du caractère inadapté de son logement à sa situation de handicap ;

- elle a commis une erreur de droit, sa situation de handicap justifiant à elle seule le caractère prioritaire et urgent de sa demande sans qu'il soit nécessaire que son logement soit en outre indécent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Chevaldonnet a présenté son rapport et entendu les observations de M. B, représentant le préfet du Nord.

La clôture de l'instruction a été prononcée après ces observations orales en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

2. En l'espèce, Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler tant la décision du 7 janvier 2021 par laquelle commission de médiation du Nord a refusé de reconnaître sa situation prioritaire et urgente au titre du droit au logement opposable suite à sa demande en date du 16 octobre 2020 que la décision du 11 mars 2021 portant rejet de son recours gracieux dirigé contre la décision du 7 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les vices invoqués par Mme C tenant à l'incompétence de l'autorité ayant édicté la décision du 11 mars 2021 portant rejet de son recours gracieux, à la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration par cette même décision et à son insuffisante motivation constituent des vices propres à la décision rejetant son recours administratif. Compte tenu ce qui ce qui a été dit au premier point du présent jugement, ces moyens doivent être écartés en tant qu'ils sont inopérants.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ".

Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / () Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code précité : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes :

/ - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret ().".

5. D'une part, il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

6. D'autre part, la commission de médiation qui, pour instruire les demandes dont elle est saisie, peut obtenir des professionnels de l'action sociale et médico-sociale les informations propres à l'éclairer sur la situation des demandeurs, a le pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de leur situation, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'ils se trouvent dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation pour être reconnus prioritaires et devant être relogés en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

7. Enfin, les dispositions précitées du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et de l'article R. 441-14-1 du même code prévoient que la situation de handicap peut ouvrir droit à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent d'une demande d'attribution d'un logement. Toutefois, cette circonstance ne peut être prise en compte que si le logement occupé présente soit, pour une personne seule, une surface habitable inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du décret du

30 janvier 2002, soit un caractère indécent au sens des dispositions précitées de l'article

R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

8. En l'espèce, la commission de médiation du Nord a rejeté la demande de Mme C au motif que contrairement à ce qu'elle a fait valoir à l'appui de celle-ci, l'intéressée ne fait pas l'objet d'une mesure d'expulsion. Mme C ne conteste pas ce motif mais fait valoir, dans le cadre de la présente instance, que le logement qu'elle occupe est inadapté à sa situation de handicap. Toutefois la requérante occupe seule un logement de type T3 d'une surface habitable de quarante-sept mètres carrés, soit une surface supérieure à la surface minimale exigée par les dispositions du premier alinéa de l'article 4 du décret du

30 janvier 2002. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier et notamment des différentes pièces médicales produites que l'intéressée n'est pas en mesure d'utiliser les escaliers desservant son logement malgré sa pathologie. Les allégations de la requérante quant au caractère indécent de son logement au regard des dispositions des articles 2 et 3 du décret du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains et tenant l'existence de phénomènes d'humidité et de fuites d'eau sont quant à elles insuffisamment étayées. Par suite, les moyens tirés de l'existence d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 7 janvier 2021 et 11 mars 2021 de la commission de médiation du Nord.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C, n'implique aucune mesure d'exécution.

Par suite, les conclusions à fin d'injonction de l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C, partie perdante, doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Chafi-Shalak et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2102525

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