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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103535

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103535

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJAMAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 mai 2021 et le 3 octobre 2022, M. C B représenté par Me Jamais, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle la maire de A a modifié son affectation à compter du 1er avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de le rétablir dans ses anciennes fonctions auprès du service de police municipale de Lomme, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la décision lui fait grief et ne constitue pas une mesure d'ordre d'intérieur ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente en ce que, d'une part, il n'est pas justifié de l'empêchement du délégataire initial, et, d'autre part, la décision aurait dû être prise par le maire de Lomme ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le poste sur lequel il a été affecté n'a pas été régulièrement créé par l'organe délibérant de la commune ni régulièrement publié, qu'il n'a pas pu prendre connaissance de son dossier comme le prévoit l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 et qu'il n'a pas été préalablement consulté ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 51 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, qui prévoient que la mutation ne peut intervenir qu'à la demande du fonctionnaire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle n'a pas été prise dans son intérêt ni dans celui du service ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juillet 2022 et 28 juillet 2023, la commune de A conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce que la décision attaquée constitue une mesure d'ordre intérieur ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2000-151 du 22 février 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B exerce les fonctions de policier municipal. Il était affecté dans les services de la commune de Lomme, commune associée de la commune de A, depuis le 1er septembre 2004. Par une décision du 11 mars 2021, il a fait l'objet d'un changement d'affectation au sein des services de la police municipale de la commune de A à compter du 1er avril 2021. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de A :

2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination, est irrecevable.

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2113-1 du code général des collectivités territoriales : " La commune nouvelle est soumise aux règles applicables aux communes, sous réserve des dispositions du présent chapitre et des autres dispositions législatives qui lui sont propres ". Aux termes de l'article L. 2113-10 du même code : " Des communes déléguées reprenant le nom et les limites territoriales de l'ensemble des anciennes communes dont la commune nouvelle est issue sont instituées au sein de celle-ci, sauf lorsque les délibérations concordantes des conseils municipaux prises en application de l'article L. 2113-2 ont exclu leur création. / () La commune nouvelle a seule la qualité de collectivité territoriale ". Il résulte en outre de la combinaison des articles L. 2113-11, L. 2113-13 et L. 2122-18 de ce code que le maire de la commune nouvelle est seul chargé de l'administration mais peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints parmi lesquels le maire délégué d'une commune associée. Par ailleurs, aux termes de l'article 1er du décret du 22 février 2000 portant fusion avec association des communes de A et de Lomme (département du Nord) : " Les communes de A et de Lomme (département du Nord) sont réunies en une seule commune selon la procédure de fusion comportant la création d'une commune associée ". Enfin, il résulte des articles 2 et 3 du même décret que la nouvelle commune, dont le chef-lieu est fixé à A, prend le nom de A et la commune de Lomme, érigée en commune associée conserve à ce titre son nom.

4. D'autre part, aux termes de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement ; seules les mutations comportant changement de résidence ou modification de la situation des intéressés sont soumises à l'avis des commissions administratives paritaires. () ". En l'absence de toute disposition légale définissant la résidence administrative pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité compétente, de déterminer, sous le contrôle du juge, les limites géographiques de la résidence administrative. Si la résidence administrative s'entend en général de la commune où se trouve le service auquel est affecté l'agent, il en va différemment dans le cas où l'activité du service est organisée sur plusieurs communes. Dans cette hypothèse, il incombe à l'autorité compétente, sous le contrôle du juge, d'indiquer à ses services quelles communes constituent une résidence administrative unique. Lorsque l'autorité compétente n'a pas procédé à cette délimitation, la résidence administrative s'entend, par défaut, de la commune où se trouve le service auquel est affecté l'agent.

5. La commune de A soutient que la décision attaquée constitue une mesure d'ordre intérieur dès lors qu'elle ne comporte ni diminution des attributions ou des responsabilités qu'exerçait M. B, ni changement de résidence administrative. M. B soutient qu'il bénéficiait, dans son affectation précédente, d'une forte autonomie et de responsabilités importantes en ce qu'il était notamment en charge de la surveillance des débits de boissons et supervisait une équipe constituée de plusieurs agents de police. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à sa demande, M. B a cessé d'exercer des fonctions d'encadrement d'équipe à compter du 1er juin 2019, que la mission de surveillance des débits de boissons était une mission occasionnelle et que le requérant n'occupait pas une place particulière dans la hiérarchie des effectifs du poste de police de Lomme, qui l'aurait conduit à exercer des responsabilités particulières, notamment en matière d'organisation. Par suite, le requérant ne démontre pas que son changement d'affectation induirait une perte significative de responsabilité. Il n'allègue par ailleurs pas de ce que ce changement serait à l'origine d'une baisse de sa rémunération ou qu'elle porterait atteinte aux droits et prérogatives qu'il tient de son statut. En outre, il résulte des dispositions citées au point 3 que seule la commune de A constitue une collectivité territoriale et que la commune associée de Lomme est administrée par le maire de A, de sorte que M. B doit être regardé comme exerçant ses missions au sein de la commune de A, seule entité administrative subsistant à l'issue de la fusion avec association intervenue en 2000. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas eu pour conséquence de modifier sa résidence administrative. Enfin, une mesure de changement d'affectation ne revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée que si, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner l'agent. En l'espèce, s'il est constant que le changement d'affectation de M. B est intervenu dans un contexte de tension croissante entre l'intéressé et sa hiérarchie et de reproches faits à M. B sur sa manière de servir, il n'est pas toutefois pas établi qu'il aurait été pris dans un but autre que l'intérêt du service dès lors qu'il n'emporte pas, ainsi qu'il a été dit, dégradation de la situation professionnelle de l'intéressé.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée constitue une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours, que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie et que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 11 mars 2021 doivent être rejetées comme irrecevables, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de A.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. BORGET

La présidente,

Signé

A-M. LEGUINLa greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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