vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2103602 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | OKITADJONGA-ANYIKOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2021, Mme D E, représentée par Me Gaspard Okitadjonga Anyikoy, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 5 février 2021 portant refus de délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport biométrique pour son enfant mineur, A F B ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de délivrer à son enfant une carte nationale d'identité et un passeport biométrique dans un délai de quatorze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de son avocat d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la falsification du justificatif de domicile auquel elle a procédé est sans lien avec la filiation et la nationalité française de son enfant ;
- le refus de délivrance de la carte nationale d'identité et du passeport biométrique à son enfant contrevient aux dispositions de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955, de l'article 29-3 du code civil et aux stipulations des articles 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et 8 alinéa 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- contrairement à ce que mentionne la décision attaquée, elle a bien produit, dans le cadre de son recours gracieux, une copie de la carte nationale d'identité du père de son enfant et un justificatif authentique de son domicile dont le préfet n'a pas tenu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au non-lieu à statuer sur la requête de Mme E.
Il fait valoir que la requête a été présentée au-delà du délai de recours juridictionnel.
Par une ordonnance en date du 5 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 février 2023 à 14 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 modifié instituant la carte nationale d'identité ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 modifié relatif aux passeports ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Babski,
- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, Mesmin B, de nationalité française, a déposé le 29 octobre 2020, auprès de la mairie de Lille, une demande tendant à la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport biométrique pour sa fille, A B, née le 21 septembre 2020 à Lille qu'il a reconnue le 3 septembre 2020, à la mairie de Loos et issue de sa relation avec Mme D E, ressortissante camerounaise. Par une décision du 5 février 2021, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté cette demande en l'informant de son intention de procéder à un signalement auprès du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Lille pour tentative d'obtention frauduleuse de titres. Mme E a alors formé un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du préfet du Pas-de-Calais du 8 avril 2021. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme Mme E le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur l'étendue du litige :
4. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
5. En l'espèce, la demande de Mme E devant le tribunal doit être regardée comme dirigée tant contre la décision contestée du 8 avril 2021 rejetant son recours gracieux que contre la décision initiale du 5 février 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français " et aux termes de l'article 29-3 du même code : Toute personne a le droit d'agir pour faire décider qu'elle a ou qu'elle n'a point la qualité de français ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / () / Le demandeur justifie de son domicile par tous moyens, notamment par la production d'un titre de propriété, d'un certificat d'imposition ou de non-imposition, d'une quittance de loyer, de gaz, d'électricité ou de téléphone ou d'une attestation d'assurance du logement. / Les personnes qui n'ont pas la possibilité d'apporter la preuve d'un domicile ou d'une résidence doivent fournir une attestation d'élection de domicile dans les conditions fixées à l'article L. 264-2 du code de l'action sociale et des familles. " et selon l'article 6 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le demandeur justifie de son domicile ou de sa résidence par tous moyens, notamment par la production d'un titre de propriété, d'un certificat d'imposition ou de non-imposition, d'une quittance de loyer, de gaz, d'électricité, de téléphone ou d'une attestation d'assurance du logement. / Le demandeur qui n'a pas la possibilité d'apporter la preuve d'un domicile ou d'une résidence fournit une attestation d'élection de domicile dans les conditions fixées à l'article L. 264-2 du code de l'action sociale et des familles. ".
7. Pour refuser de délivrer, à l'enfant de Mme E, une carte nationale d'identité et un passeport biométrique, le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé sur le motif que la requérante avait fourni comme justificatif de domicile une facture de l'opérateur Free qui avait été identifiée par les services instructeurs comme falsifiée. Si, l'intéressée fait valoir que la falsification du justificatif de domicile est sans lien avec la filiation et la nationalité française de son enfant, lesquelles ne sont d'ailleurs pas remises en cause en l'espèce par le préfet du Pas-de-Calais, il résulte toutefois des dispositions précitées de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité et de l'article 6 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports, que le demandeur doit justifier, non seulement, de sa nationalité française mais également de son domicile et ce, par tous moyens. Or, en produisant un document contrefait, Mme E ne remplit pas cette condition de domiciliation. Par suite, le préfet du Pas de-Calais n'a commis aucune erreur de droit en refusant de délivrer les titres sollicités.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 : " dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Le refus de délivrer un titre d'identité ou un titre de voyage n'est pas de nature, à lui seul, à porter atteinte au droit au respect d'une vie privée et familiale garanti par l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni à l'intérêt supérieur de l'enfant au sens de l'article 3-1 précité de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
10. En dernier lieu, si Mme E soutient avoir produit, un justificatif de domicile authentique à l'appui de son recours gracieux, elle ne l'établit cependant pas alors qu'il ressort des mentions figurant dans la décision du 8 avril 2021 portant rejet de son recours gracieux que le préfet du Pas-de-Calais lui a indiqué n'avoir été destinataire d'aucune pièce nouvelle en complément de ce recours.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais, que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation des deux décisions des 5 février et 8 avril 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Gaspard Okitadjonga Anyikoy.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
M. Babski, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
D. BABSKI
La présidente,
Signé
S. STEFANCZYK
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°210360
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026