vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2103606 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | MEMETI-KAMBERI |
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n°2103606, par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 mai et 8 juin 2021, 8 novembre 2022 et 27 octobre 2023, Mme D A, représentée par Me Lendita Memeti-Kamberi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire totale ;
2°) d'annuler la décision du 6 mai 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 valant renonciation de son conseil au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que, d'une part, il n'est pas établi que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait rendu son avis dans les conditions fixées par les dispositions des articles R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 6 de l'arrêté du 26 janvier 2016 et 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 et, d'autre part, ce collège de médecins ne donne aucune précision quant aux sources de la base de données " medcoi" qu'il aurait utilisées dans cet avis pour estimer que sa fille pouvait bénéficier d'un accès effectif à des soins appropriés en cas de retour en Albanie ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Pas-de-Calais s'est estimé lier par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; la pathologie de son enfant nécessitant des soins dont elle ne pourra pas bénéficier de manière effective en Albanie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 8 novembre 2022, Mme A a, en application de la décision du Conseil d'Etat du 28 juillet 2022 n° 441481, confirmé sa volonté de lever le secret médical.
Le dossier médical de Mme I A, fille de Mme A, a été produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 10 octobre 2023.
L'OFII a présenté des observations, qui ont été enregistrées le 20 octobre 2023.
Par une ordonnance en date du 11 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2023 à 14 heures ;
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Sous le n°2103607, par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 mai et 8 juin 2021, 8 novembre 2022 et 27 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Lendita Memeti-Kamberi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire totale ;
2°) d'annuler la décision du 6 mai 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 valant renonciation de son conseil au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que, d'une part, il n'est pas établi que le collège des médecins de l'OFII aurait rendu son avis dans les conditions fixées par les dispositions des articles R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 6 de l'arrêté du 26 janvier 2016 et 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 et, d'autre part, ce collège de médecins ne donne aucune précision quant aux sources de la base de données " medcoi " qu'il aurait utilisé dans cet avis pour estimer que sa fille pouvait bénéficier d'un accès effectif à des soins appropriés en cas de retour en Albanie ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Pas-de-Calais s'est cru lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; la pathologie de son enfant nécessitant des soins dont elle ne pourra pas bénéficier de manière effective en Albanie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 8 novembre 2022, M. A a, en application de la décision du Conseil d'Etat du 28 juillet 2022 n° 441481, confirmé sa volonté de lever le secret médical.
Le dossier médical de Mme I A, fille C A a été produit par l'OFII le 10 octobre 2023.
L'OFII a présenté des observations, qui ont été enregistrées le 20 octobre 2023.
Par une ordonnance en date du 11 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2023 à 14 heures ;
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'OFII de leurs missions prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport C Babski,
- les observations de Me Memeti-Kamberi, pour M. et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, née le 31 mai 1986 à Fier (Albanie) et son époux, M. B A, né le 2 mars 1979 à Trevillazer (Albanie), qui sont ressortissants albanais, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 16 août 2018, accompagnés de leurs trois enfants afin d'y solliciter la protection internationale. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 mars 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 juin 2019. Le préfet du Pas-de-Calais leur a refusé le 5 septembre 2019, la délivrance de la carte de résident en qualité de réfugié et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, puis, il a prononcé à leur encontre, le 2 décembre 2019, une interdiction de retour en France d'une durée d'un an. Le 2 octobre 2021, M. et Mme A ont présenté une nouvelle demande de titre de séjour en se prévalant de l'état de santé de leur fille, I, née en France le 12 août 2019. Par deux arrêtés en date du 6 mai 2021, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté leurs demandes de titre de séjour.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2103606 et n° 2103607, présentées par Mme et M. A présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire :
3. Par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle en date du 5 juillet 2021, M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions tendant à leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés aux dossiers. Par un arrêté n° 2020-10-31 du 22 avril 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'Etat dans le département n° 51 du même jour et librement consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. H F, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, notamment, en cas d'absence ou d'empêchement C G E, directeur des migrations et de l'intégration, les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
6. Les arrêtés en litige énoncent les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé pour refuser de délivrer aux époux A un titre de séjour. Ils visent et mentionnent les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissant la délivrance, pour un motif tenant à l'état de santé de l'étranger, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Ils énoncent que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) s'est, par un avis du 15 mars 2021, prononcé défavorablement à la délivrance du titre de séjour sollicité et que les requérants n'établissent pas que l'état de santé de leur fille se serait détérioré depuis cet avis. Enfin, il rend compte des conclusions de l'examen, par le préfet du Pas-de-Calais, de la situation privée et familiale des intéressées sur le territoire. Dans ces conditions, les décisions attaquées satisfont aux exigences de motivation en droit et en fait, prescrites par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, alors même que les décisions attaquées ne visent ni l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'OFII de leurs missions prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet du Pas-de-Calais n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle et familiale C et Mme A.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 de ce code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".
9. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris notamment pour l'application de l'ancien article R. 313-22 désormais codifié à l'article R. 425-11 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration : " L'avis du collège de médecins de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. / Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. / L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause. / L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié. / Afin de contribuer à l'harmonisation des pratiques suivies au plan national, des outils d'aide à l'émission des avis et des références documentaires présentés en annexe II et III sont mis à disposition des médecins de l'office " () ".
10. D'une part, si les requérants allèguent que les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le collège des médecins de l'OFII aurait rendu son avis dans les conditions fixées par les dispositions des articles R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 6 de l'arrêté du 26 janvier 2016 et 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017, ils n'assortissent pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
11. D'autre part, si M. et Mme A soutiennent que le collège de médecins de l'OFII ne donne aucune précision quant aux sources de la base de données " medcoi" (" medical country of origin information ") qu'il aurait utilisé dans cet avis pour estimer que leur fille pouvait bénéficier d'un accès effectif à des soins appropriés en cas de retour dans leur pays d'origine, aucune disposition législative ou réglementaire, notamment les dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 précité, n'impose à ce collège de médecins de joindre à son avis les éléments d'information relatifs aux possibilités pour l'étranger de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine sur lesquelles il s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins ne peut être accueilli.
12. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais se serait cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII mais, au contraire, ainsi qu'il a été dit au point 6, il a procédé à un examen de la situation des requérants en faisant usage de son pouvoir d'appréciation. Par suite, le moyen, tiré de ce que, pour ce motif, les arrêtés attaqués seraient entachés d'erreur de droit, doit être écarté.
13. En sixième lieu, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. et Mme A, le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé sur l'avis émis le 15 mars 2021 par le collège de médecins de l'OFII qui, au vu du dossier médical de la fille des intéressés, a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, que celle-ci, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier médical et à la date de l'avis, son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers ce pays. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier médical de la fille des requérants et des observations de l'OFII, que cette dernière souffre d'une drépanocytose, maladie génétique qui affecte les globules rouges et se traduit par de l'anémie, une plus grande vulnérabilité aux infections et des crises douloureuses affectant divers organes. Cette maladie chronique pour laquelle il n'existe pas, à l'heure actuelle, de guérison, peut entraîner des complications dont certaines sont potentiellement graves. L'état de santé de la fille C et Mme A nécessite un suivi spécialisé pluriannuel en hématologie et potentiellement une hospitalisation en cas d'infection ou de crises douloureuses aigües non contrôlées par des traitements " classiques ", analgésiques et antibiotiques. L'OFII a indiqué que l'Albanie disposait de centres spécialisés en hématologie, référencés notamment dans la base de données Medcoi, répartis sur l'ensemble de son territoire dont un centre national expert à Tirana. Par ailleurs, il a indiqué que le traitement médicamenteux de l'intéressée comprenait de la vitamine B9, appelée aussi acide folique, de la vitamine D, Zymad D et de l'oracilline (phenoxyméthyl-penecillin), antibiotique de la famille des pénicillines d'usage universel et courant, lesquels étaient disponibles en Albanie selon la nomenclature des médicaments disponibles dans ce pays.
14. Si requérants se prévalent de ce que leur village natal " Trevellazerit ", ne dispose que d'une maison médicale constitué d'infirmiers et se situe à quelques kilomètres de l'hôpital le plus proche de la ville de Vlore et à plusieurs heures de route de l'hôpital universitaire de Tirana, le préfet du Pas-Calais soutient, sans être contesté sur ce point, que, la ville de Vlore, qui se situe à vingt kilomètres de leur village natal, comporte cinq centres hospitaliers et qu'il n'est pas établi que les soins médicaux prodigués dans cette maison médicale soit rudimentaire. L'OFII a d'ailleurs précisé que le centre hospitalier régional de Vlore est doté d'un service d'urgence et de pédiatrie, dans lequel la prise en charge aigüe hospitalière de la drépanocytose est possible. En outre, il ressort des mentions figurant dans le certificat du médecin traitant du 7 juin 2021, produit par les requérants, que leur village natal se situe à cent quarante-cinq kilomètres de l'hôpital universitaire de Tirana, lequel comporte un centre de traitement spécialisé de cette maladie. Par ailleurs, M. et Mme A ne justifient pas, par la production d'une seule étude, de portée générale, de l'organisation mondiale de la santé (OMS), indiquant que les albanais doivent prendre en charge une partie du paiement de leurs soins, que leur fille serait dans l'impossibilité de bénéficier personnellement des soins appropriés dans les hôpitaux albanais en cas de nécessité d'hospitalisation et pour assurer le suivi de sa maladie, et ce alors que, selon les observations de l'OFII, un albanais, non pris en charge par l'assurance publique, qui souhaite se faire hospitalisé dans un hôpital public, n'aura à acquitter qu'une somme de vingt-cinq euros et que, pour les autres patients couverts par une telle assurance, les soins primaires et hospitaliers sont gratuits. Si les requérants soutiennent que les éléments du dossier médical de leur fille révèlent que son état de santé est très évolutif, a tendance à se dégrader et, en particulier, qu'un nouveau traitement lui a été prescrit, qui n'est pas, quant à lui, disponible en Albanie, les documents médicaux qu'ils produisent se rapportent à une situation postérieure à l'arrêté attaqué du 6 mai 2021. Enfin, M. et Mme A ne justifient pas qu'ils ne disposeraient pas des ressources nécessaires pour bénéficier, dans leur pays d'origine, des médicaments pris au quotidien par leur fille, à la date des décisions attaquées, au demeurant, peu coûteux, accessibles et référencés dans la liste des médicaments remboursables en Albanie, selon les observations de l'OFII. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché les décisions attaquées d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
16. Si M. et Mme A font valoir qu'il est de l'intérêt supérieur de leur fille qu'ils soient à ses côtés en France où elle a des soins adaptés à son état de santé, les arrêtés attaqués n'ont cependant ni pour effet, ni pour objet de séparer les requérants de l'intéressée, la cellule familiale étant ainsi susceptible de se reconstituer hors de France et leur fille pouvant, ainsi qu'il a été dit au point précédent, bénéficier d'un traitement médical et d'un suivi dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Dès lors, leurs conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions C et Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme et M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à M. B A, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Lendita Memeti-Kamberi.
Délibéré après l'audience du 232décembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
M. Babski, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. BABSKI
La présidente,
Signé
S. STEFANCZYK
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2103606, N°2103607
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026