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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103625

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103625

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2021, Mme B E, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2021 par lequel le préfet du Nord a décidé de la remettre aux autorités espagnoles et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre au même préfet de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

-il est insuffisamment motivé ;

-il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision de remise aux autorités espagnoles :

-elle est entachée d'une erreur de droit ;

-elle est entachée d'un vice de procédure, le principe du contradictoire ayant été méconnu ;

-elle est entachée d'une erreur de droit, les autorités espagnoles n'ayant été saisies d'aucune demande ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de circulation :

-elle est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de la décision de remise ;

-elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre la République française et le Royaume d'Espagne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Malaga le 26 novembre 2002 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B F D, ressortissante équatorienne née le 7 octobre 1978 à Manabi (Equateur), est entrée en France au mois de décembre 2020, selon ses déclarations, titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles, valable jusqu'au 17 septembre 2023. Par un arrêté du 22 janvier 2021, le préfet du Nord a décidé de la remettre aux autorités espagnoles et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant un an. Dans la présente instance, Mme D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions du I de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la version applicable au litige : " () l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne qui a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 211-1 et L. 311-1 peut être remis aux autorités compétentes de l'Etat membre qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire, ou dont il provient directement, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec les Etats membres de l'Union européenne, en vigueur au 13 janvier 2009. () ".

3. Aux termes des stipulations du paragraphe 2 de l'article 5 de l'accord franco-espagnol du 26 novembre 2002 : " Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans formalités, le ressortissant d'un Etat tiers qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante lorsque ce ressortissant dispose d'un visa ou d'une autorisation de séjour de quelque nature que ce soit délivré par la Partie contractante requise et en cours de validité. ". Aux termes des stipulations du paragraphe 2 de l'article 8 de cet accord : " Les renseignements que doit comporter la demande de réadmission et les conditions de sa transmission sont prévus dans l'annexe. ". Il résulte des stipulations du point 2 de l'annexe à cet accord que la demande de réadmission est rédigée sur un formulaire conforme à un modèle type, que la partie requise doit y répondre, sauf cas particulier, dans les quarante-huit heures et que la remise effective ne peut être faite avant que la partie requise ait donné son accord.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les autorités espagnoles auraient été saisies d'une demande de réadmission de Mme D ni, à plus forte raison, qu'elles y auraient répondu favorablement. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que le préfet ne pouvait légalement décider de la remettre à ces autorités.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision de remise doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, l'interdiction de circuler sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés à la procédure :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Danset-Vergoten, avocate de la requérante, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord du 22 janvier 2021 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Danset-Vergoten la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, dans les conditions définies au point 7 des motifs du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F D, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

P. A

Le président,

signé

Ch. BAUZERANDLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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