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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103638

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103638

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (5)
Avocat requérantTHOOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2021, Mme A E B, représentée par Me Thoor, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 1er avril 2021 par laquelle la commission de la médiation du Nord a rejeté son recours présenté sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

3°) d'enjoindre à la commission de médiation du Nord de procéder à un nouvel examen de son dossier dans un délai de quatre jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, la commission ne pouvant se fonder sur son seul hébergement dans le cadre du dispositif prévu par l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles pour rejeter sa demande sans méconnaître les dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la précarité de sa situation et du très jeune âge de son enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, le préfet du Nord conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dès lors que par une décision du 8 juin 2021 postérieure à l'introduction de l'instance, la commission de médiation du Nord a rejeté le recours gracieux de la requérante dirigé contre la décision du

1er avril 2021 ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés ;

- la requérante ne peut bénéficier d'un parcours d'insertion durable en raison de sa situation administrative et par suite, à terme, d'un logement.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Chevaldonnet a présenté son rapport et entendu les observations de M. C, représentant le préfet du Nord.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2021, il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux. Toutefois, hors le cas d'un recours administratif préalable obligatoire, la décision prise sur ce recours gracieux ne se substitue pas à la décision initiale. Par suite, la circonstance que par une décision du 8 juin 2021 postérieure à l'introduction de l'instance, la commission de médiation du Nord a rejeté le recours gracieux de Mme B n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de la décision de la commission de médiation du Nord en date du 1er avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () III. - La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande.

Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement () ".

4. D'autre part, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article

L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. /Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. / L'hébergement d'urgence prend en compte, de la manière la plus adaptée possible, les besoins de la personne accueillie, notamment lorsque celle-ci est accompagnée par un animal de compagnie. ".

5. En l'espèce Mme B a, le 23 février 2021, saisi la commission de médiation du Nord d'une demande d'hébergement sur le fondement des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par la décision contestée du

1er avril 2021, la commission de médiation du Nord a rejeté cette demande au motif que l'intéressée " est hébergée à la date du passage en commission ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée la requérante bénéficie d'un hébergement au sein d'une structure relevant du dispositif prévu par les articles L. 345-2 et L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Toutefois, un tel hébergement, qui présente un caractère instable et saisonnier ne saurait être assimilé à celui prévu par les dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la reconnaissance du droit à un hébergement par une décision d'une commission de médiation doit constituer, pour les demandeurs qui en bénéficient, une étape vers l'accès à un logement autonome, l'hébergement attribué à des demandeurs reconnus comme prioritaires par une commission de médiation devant ainsi présenter un caractère de stabilité, afin, notamment, de leur permettre de bénéficier d'un accompagnement adapté vers l'accès au logement. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la commission de médiation a entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. En l'espèce, pour établir que la décision attaquée était légale, le préfet du Nord invoque, dans son mémoire en défense communiqué au conseil de Mme B, un autre motif, tiré de ce que, à la date de cette décision, l'intéressée ne pouvait s'inscrire dans un parcours d'hébergement durable en raison de l'irrégularité de sa situation au regard de la législation sur le séjour des étrangers en France, la requérante faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 20 novembre 2019. Elle n'est ainsi pas en mesure de s'inscrire dans un parcours tel que mentionné au point 6 du présent jugement, en vue notamment d'être d'accompagnée dans le cadre d'un hébergement pérenne afin de se voir proposer, à terme, le bénéfice d'un logement. La substitution de motif demandée subsidiairement par le préfet du Nord n'a pas pour effet de priver Mme B d'une garantie de procédure liée au motif substitué. Rien ne s'oppose en l'espèce à cette substitution, dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord a fait une appréciation erronée de la situation personnelle et familiale de la requérante pour l'application des dispositions mentionnées au point 3 du présent jugement. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit ainsi être écarté.

9. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation du Nord en date du 1er avril 2021, ni à ce qu'il soit enjoint à cette commission de réexaminer sa situation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentées par Mme B.

Article 2er : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E B, à Me Thoor et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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