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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103644

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103644

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantJAMAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2103644 le 10 mai 2021, M. B A, représenté par Me Jamais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2021 par lequel le maire de la commune d'Halluin s'est opposé à sa déclaration préalable déposée le 14 janvier 2021 pour la réalisation d'une piscine sur un terrain sis 200 chemin de Tournai, parcelles cadastrées 000 AY 72 et 73 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Halluin la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il procède au retrait d'une décision tacite de non opposition sans procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le maire a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant que les piscines sont interdites en espace naturel relais.

La requête a été communiquée à la commune d'Halluin qui n'a pas produit de mémoire.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2103845 le 18 mai 2021,

M. B A, représenté par Me Jamais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le maire de la commune d'Halluin s'est opposé à sa déclaration préalable déposée le 14 janvier 2021 pour la réalisation d'une piscine sur un terrain sis 200 chemin de Tournai, parcelles cadastrées 000 AY 72 et 73 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Halluin la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été pris à l'issue d'une procédure contradictoire effective, en méconnaissance des dispositions de l'article

L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations ;

- l'arrêté, qui lui a été notifié le 17 mai 2021, méconnaît les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dès lors qu'il procède au retrait d'une décision tacite de

non-opposition au-delà du délai de trois mois ;

- le maire a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant que les piscines sont interdites en espace naturel relais.

La requête a été communiquée à la commune d'Halluin qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- et les observations de Me Boquet, substituant Me Jamais, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2103644 et n° 2103845, présentées pour M. A, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. A a déposé le 14 janvier 2021 auprès des services de la commune d'Halluin une déclaration préalable DP 059 279 21 O 10, en vue de la réalisation d'une piscine enterrée sur un terrain sis 200 chemin de Tournai, parcelles cadastrées 000 AY 72 et 73. Par deux arrêtés successifs du 10 février 2021, puis du 1er avril 2021, le maire de la commune s'est opposé à la réalisation de ces travaux.

Sur l'arrêté du 10 février 2021 :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme :

" Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les

cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; () ". Aux termes de l'article R. 424-10 dudit code, dans sa version applicable au litige : " La décision accordant ou refusant le permis ou s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal, ou, dans les cas prévus à l'article R. 423-48, par échange électronique () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Aux termes de l'article

L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ". Il résulte de ces dispositions que la décision portant retrait d'une décision tacite de non-opposition est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de cette décision d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Toutefois, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable que le maire envisage de retirer. La décision de retrait prise par le maire est ainsi illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le titulaire de cette décision a été effectivement privé de cette garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration préalable de M. A a été enregistrée le 14 janvier 2021 par les services de la commune d'Halluin. Par l'arrêté contesté du 10 février 2021, le maire de cette commune s'est opposé à la réalisation des travaux en cause. Toutefois, cet arrêté n'a été notifié par courrier avec accusé de réception à M. A que le 9 mars 2021. Ainsi, en l'absence de notification d'une décision d'opposition par la commune dans le mois suivant le 14 janvier 2021, le requérant est devenu titulaire d'une décision tacite de non-opposition le 15 février 2021 à zéro heure. L'arrêté attaqué, notifié postérieurement à cette dernière date, a ainsi implicitement mais nécessairement eu pour effet de retirer cette décision tacite. En application de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, ce retrait devait être précédé d'une procédure contradictoire. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle procédure a été conduite par le maire de la commune d'Halluin. Par suite, M. A n'ayant pas été mis à même de présenter ses observations sur le retrait envisagé, il a été privé d'une garantie et l'arrêté du 10 février 2021 a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière. Le requérant est ainsi fondé à en demander l'annulation pour ce motif.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 février 2021 du maire de la commune d'Halluin.

Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est, en l'état du dossier, de nature à fonder cette annulation.

Sur l'arrêté du 1er avril 2021 :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

7. En l'espèce, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 en tant qu'il retire à son article 2 la décision tacite de

non-opposition dont le requérant est titulaire, l'article 1er de cet arrêté, qui a pour effet d'abroger l'arrêté du 10 février 2021 qui ainsi qu'il a été dit ci-dessus procédait à un tel retrait, constituant une décision favorable au requérant ne lui faisant pas grief.

En ce qui concerne la légalité de la décision :

8. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de

non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ".

9. L'autorité compétente ne peut rapporter une décision de non-opposition à une déclaration préalable, tacite ou explicite, que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle ce permis a été accordé.

10. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été notifié à M. A par une lettre recommandée avec accusé de réception, présentée par les services postaux une première fois à l'adresse renseignée dans le dossier de déclaration préalable par le pétitionnaire, le 3 mai 2021. M. A a effectivement retiré ce pli auprès des services postaux le

17 mai 2021, soit avant l'expiration du délai de garde de quinze jours suivant la présentation du pli. Il suit de là que la notification au requérant de la décision de retrait de la décision tacite de non opposition, née le 15 février ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, a été faite postérieurement au délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme précité, qui s'achevait le 15 mai 2021. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de l'article 2 de l'arrêté du 1er avril 2021 pour ce motif.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'article 2 de l'arrêté du 1er avril 2021 du maire de la commune d'Halluin. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est, en l'état du dossier, de nature à fonder cette annulation.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Halluin la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 février 2021 et l'article 2 de l'arrêté du 1er avril 2021 du maire de la commune d'Halluin sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2103644 et n° 2103845 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Halluin.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. GRARDLe président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

2, 2103845

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