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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103654

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103654

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantAD'VOCARE - AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistré les 10 mai 2021, 1er et 9 juin 2023 M. A B, représenté par Me Sylvain Gauché, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a confirmé la sanction de placement en cellule disciplinaire durant vingt jours prononcée à son encontre le 28 octobre 2020 par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Lille-Annœullin ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière : la commission de discipline n'étant pas régulièrement composée dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle comportait deux assesseurs régulièrement désignés et que les rédacteurs du compte-rendu d'incident et du rapport d'enquête ne siégeaient pas au sein de cette commission ; le rapport d'enquête étant insuffisant au regard des dispositions de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale dès lors qu'il n'a pas été procédé au visionnage des enregistrements de vidéosurveillance, ce qui l'a privé de garanties au sens des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les droits de la défense ont été méconnus ainsi que les dispositions du paragraphe 2.5.3 de la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures, du fait, d'une part, du défaut de visionnage des enregistrements de vidéosurveillance et, d'autre part, de l'absence de vérification de ses antécédents disciplinaires, lesquels ne figuraient pas dans le dossier disciplinaire qui lui a été communiqué ; ce faisant, il n'a pas été mis à même de préparer utilement sa défense ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie dès lors qu'il n'a été procédé ni au visionnage des enregistrements de vidéosurveillance qui aurait pu permettre de vérifier ses dénégations ni à l'analyse de la substance présente dans le sachet afin de confirmer son caractère illicite ;

- eu égard à son profil, la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée dans la mesure où elle correspond au quantum maximum pour une faute du premier degré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 9 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juillet 2023 à 14 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Babski,

- les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, incarcéré au centre pénitentiaire de Lille-Annœullin depuis le 16 juin 2020, a fait l'objet d'un premier compte rendu d'incident, le 6 août 2020, pour avoir donné dans la cour de promenade " quelque chose " à un autre détenu sur lequel a ensuite été retrouvé un sachet contenant de l'herbe à la suite d'une fouille au corps et d'un second compte-rendu, le 18 septembre 2020, pour avoir dissimulé, dans le pied d'un meuble en plastique, un câble chargeur USB de type iPhone. Par une première décision du 28 octobre 2020, la présidente de la commission de discipline a prononcé à son encontre la sanction de vingt jours de placement en cellule disciplinaire, pour avoir incité une personne détenue à commettre l'un des manquements énumérés par l'article R.57-7-1 du code procédure pénale ou de lui prêter assistance à cette fin. Par une seconde décision du même jour, elle a prononcé à son encontre la sanction de vingt jours de placement en cellule disciplinaire, pour avoir introduit, au sein du centre pénitentiaire, un objet de nature à compromettre la sécurité des personnes et de l'établissement, de le détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service. La première sanction disciplinaire a été confondue avec la seconde sanction. Le 11 novembre 2020, M. B a formé à l'encontre de la première décision le recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté ce recours et confirmé, en conséquence, la sanction qui lui a été infligée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-7 de ce code, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". L'article R. 57-7-8 du même code, alors en vigueur, dispose que : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance. ". Par ailleurs, selon l'article R. 57-7-13 de ce code, alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-14 du même code alors en vigueur : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire, alors même qu'il ne dispose que d'une voix consultative, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline.

4. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, faute pour le garde des sceaux, ministre de la justice, d'avoir produit à l'instance le registre de la commission de discipline, que son président était effectivement assisté d'un assesseur membre de l'administration pénitentiaire, et d'un autre, personne extérieure à l'administration pénitentiaire, lors de la séance du 28 octobre 2020 conformément aux dispositions précitées des articles R. 57-7-6 et suivants du code de procédure pénale . Au surplus, il n'est pas établi que l'assesseur pénitentiaire, s'il était présent, n'aurait pas été l'auteur du compte rendu d'incident ou du rapport d'enquête. Dès lors, l'irrégularité de la composition de la commission de discipline, qui a eu pour effet de priver M. B d'une garantie de procédure, est de nature à entacher d'illégalité la décision du 18 novembre 2020 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 18 novembre 2020 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros à verser à Me Gauché, avocat de M. B, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 novembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté le recours de M. B dirigé contre la décision de la commission de discipline du 28 octobre 2020, prononçant à son encontre une sanction disciplinaire est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Gauché, la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Sylvain Gauché.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

D. BABSKILa présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2103654

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