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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103743

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103743

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (2)
Avocat requérantHENRIOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2021, M. B C, représenté par Me Henriot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2021 par lequel le préfet de l'Oise a suspendu la validité de son permis de conduire pour une période de sept mois et l'a obligé à se soumettre à une visite médicale ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui restituer son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle n'a pas été prise à l'issue d'une procédure contradictoire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route et est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2021, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré du vice de procédure et de l'erreur d'appréciation au motif de sa situation professionnelle et personnelle sont inopérants ;

- aucun des autres moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 mars 2021 à 9h35, M. B C a été interpelé alors qu'il se trouvait au volant de son véhicule au niveau du péage de Chamant sur l'autoroute A1 en direction de Paris. Le prélèvement salivaire effectué sur place à 9h55 s'est révélé positif à des substances ou plantes classées comme stupéfiants. Son permis de conduire a fait l'objet d'une mesure de rétention immédiate et son véhicule a été provisoirement placé en fourrière. Par un arrêté du 16 mars 2021, le préfet de l'Oise a prononcé la suspension de la validité du permis de conduire de M. C pour une durée de sept mois. Par la présente requête, l'intéressé demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". La suspension d'un permis de conduire constitue une mesure de police, qui doit donc être motivée en application de ces dispositions. Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté en litige vise les dispositions du code de la route applicables, notamment son article L. 224-2, et relève, d'une part, que M. C a commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire alors qu'il circulait, sur le territoire de la commune de Chamant, le 14 mars 2021 à 9h35 en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, d'autre part, que cette infraction justifie, eu égard au danger grave et immédiat que représente le conducteur pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même, une suspension provisoire de son permis de conduire pour une durée de sept mois. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et ces dernières sont suffisamment précises pour mettre l'intéressé à même d'en contester utilement le bien-fondé. Dans ces circonstances, le vice de forme ainsi soulevé manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, l'article L. 224-1 du code de la route prévoit que les officiers et agents de police judiciaire procèdent à la rétention à titre conservatoire d'un permis de conduire, notamment lorsque les épreuves de dépistage de substances ou plantes classées comme stupéfiants se sont révélés positives. Par ailleurs, l'article L. 224-2 du même code permet au préfet, dans les 72 ou 120 heures, s'agissant des infractions telles que celles en cause, qui suivent, de suspendre le permis si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () ".

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur, ayant consommé des produits stupéfiants, retrouve l'usage d'un véhicule, le préfet peut légalement prendre cette décision en se dispensant de procédure contradictoire en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus.

7. En l'espèce, et ainsi qu'il a été dit, il ressort des pièces du dossier que M. C a été interpelé à bord de son véhicule en étant positif aux substances ou plantes classées comme stupéfiants. Cette circonstance était de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même. Par ailleurs, la circonstance que son véhicule ait été placé en fourrière pour sept jours est sans incidence sur l'édiction de la mesure en litige et sur la dangerosité du comportement de ce conducteur. Par suite, la décision attaquée entrait bien dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, de sorte que le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route, dans sa version alors applicable : " I. Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque :/ ()/ 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ;/ ()/ II. La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, en cas de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2. /() ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 235-2 du même code : " ()/Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétents à leur initiative et, sur l'ordre et sous la responsabilité des officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints, peuvent également, même en l'absence d'accident de la circulation, d'infraction ou de raisons plausibles de soupçonner un usage de stupéfiants, procéder ou faire procéder, sur tout conducteur ou tout accompagnateur d'élève conducteur, à des épreuves de dépistage en vue d'établir si cette personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants./ Si les épreuves de dépistage se révèlent positives ou lorsque le conducteur refuse ou est dans l'impossibilité de les subir, les officiers ou agents de police judiciaire font procéder à des vérifications consistant en des analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques, en vue d'établir si la personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. A cette fin, l'officier ou l'agent de police judiciaire peut requérir un médecin, un interne en médecine, un étudiant en médecine autorisé à exercer la médecine à titre de remplaçant ou un infirmier pour effectuer une prise de sang. / () ".

9. Si M. C conteste avoir été au moment de son interpellation sous produits stupéfiants, il ressort tant des résultats du prélèvement salivaire effectué sur place le 14 mars 2021 à 9h45 que de ceux de l'analyse toxicologique réalisée par le laboratoire Analy-co le lendemain matin à partir du prélèvement effectué le 14 mars 2021 à 9h55 qu'il était positif à des substances ou plantes classées dans la catégorie des stupéfiants, sans qu'ait à cet égard d'incidence le fait que le premier test ait détecté des amphétamines, tandis que le second n'a détecté que des substances cannabinoïdes. L'intéressé n'a, alors, pas demandé d'examen ou d'expertise complémentaire et a ainsi refusé de se soumettre à un prélèvement sanguin. Par ailleurs, les attestations établies par les amis de M. C ainsi que les résultats d'une analyse d'urine réalisée quatre jours après l'interpellation de l'intéressé, soit à une date où les substances ne pouvaient a priori plus être détectées dans l'organisme de l'intéressé s'il était un usager occasionnel, et portant la mention " identité non contrôlée " ne sont pas de nature à remettre en cause les résultats obtenus au moment de l'infraction. Enfin, les faits sont de nature à justifier une suspension de permis de conduire de sept mois, compte tenu du danger que représente un conducteur d'automobile susceptible de se trouver sous l'emprise de tels produits. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

10. En quatrième lieu, les circonstances qu'il ne soit pas connu des services de police pour des infractions en lien avec les stupéfiants et que son permis de conduire lui soit utile tant dans l'exercice de sa vie professionnelle que dans sa vie personnelle sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté comme étant inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Copie sera adressée au préfet de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. A

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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