lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2103795 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI MALLE TITRAN FRANCOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 mai 2021, 22 décembre 2021 et
17 janvier 2022, M. B A et Mme E C, représentés par l'AARPI Malle, Titran, François, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler :
- l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le maire de Seclin a accordé à la SCI Le Domaine de la Collégiale un permis de construire en vue de réhabiliter une maison existante, démolir les auvents et les toitures de la grange et de l'extension et construire trois logements sur une parcelle cadastrée AR 29 située 6 rue Maurice Bouchery ;
- l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le maire de Seclin a accordé un permis de construire modificatif à la SCI Le Domaine de la Collégiale ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Seclin la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le permis initial a été accordé au vu d'un dossier de permis de construire insuffisant ou mensonger, en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme ; en effet, le service instructeur n'a pas disposé des documents lui permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, la largeur de l'accès sous porche aux places de stationnement intérieures et les modalités du système de traitement des eaux pluviales ; par ailleurs, l'état présenté comme celui avant travaux correspond à celui résultant de travaux entrepris en 2020 sans autorisation et destinés à être régularisés par le permis de construire, les hauteurs initiales indiquées sont erronées et correspondent à des surélévations réalisées sans autorisation ;
- le projet méconnait les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives latérales ;
- il méconnait les dispositions de ce règlement relatives à l'emprise au sol, au coefficient d'espace de pleine terre et à la taille des places de stationnement ;
- le permis accordé le 6 décembre 2021 ne précise pas qu'il constitue un modificatif du permis délivré le 8 avril 2021 et ne précise ni la nature du projet, ni la surface de plancher créée ou supprimée, ni la destination des travaux ;
- l'arrêté du 6 décembre 2021 autorise des modifications substantielles à l'économie générale du projet qui excèdent les caractéristiques d'un simple permis de construire modificatif ;
- il méconnait les dispositions des articles L. 621-30 et suivants du code du patrimoine dès lors que l'architecte des bâtiments de France n'a pas été consulté ;
- il méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives au stationnement ;
- le permis modificatif a été accordé au vu d'un dossier de permis de construire insuffisant ou mensonger, en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme ; en effet, le service instructeur n'a pas disposé des documents lui permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, la largeur de l'accès sous porche aux places de stationnement intérieures et les modalités du système de traitement des eaux pluviales ; par ailleurs, l'état présenté comme celui avant travaux correspond à celui résultant de travaux entrepris en 2020 sans autorisation et destinés à être régularisés par le permis de construire, les hauteurs initiales indiquées sont erronées et correspondent à des surélévations réalisées sans autorisation ;
- il méconnait les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal relatives à la taille des places de stationnement et à la réalisation d'ouvertures.
Par des mémoires enregistrés les 17 septembre 2021 et 7 janvier 2022, la SCI Domaine de la Collégiale, représentée par la SELARL Ressources Publiques Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A et Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- à titre principal, que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 8 avril 2021 sont irrecevables dès lors que les requérants n'ont pas d'intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la commune de Seclin qui n'a pas produit de mémoire.
Par lettre du 3 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme de ce que le tribunal est susceptible de surseoir à statuer sur la requête dans l'attente de la régularisation des vices tenant à l'absence de recueil d'avis de l'architecte des bâtiments de France et à la méconnaissance des dispositions du chapitre 3 du titre 2 du Livre I du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole européenne de Lille relatives à l'emplacement des ouvertures.
Par un mémoire enregistré le 10 juin 2022, la SCI Domaine de La Collégiale a produit des observations sur cet éventuel sursis à statuer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- les observations de Me Titran, représentant M. A et Mme C,
- les observations de Me Dantec, représentant la SCI Domaine de La Collégiale.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Domaine de La Collégiale a sollicité, le 23 décembre 2020, la délivrance d'un permis de construire pour la réhabilitation d'une habitation existante avec création de trois logements et démolition des auvents existants, de la toiture actuelle de la grange et de la toiture actuelle de l'extension à la maison principale, sur un terrain situé 6 rue Maurice Bouchery à Seclin et portant au cadastre le numéro AR 29. Par un arrêté du 8 avril 2021, le maire de Seclin a délivré l'autorisation sollicitée. Le 6 août 2021, la société Domaine de La Collégiale a sollicité un permis de construire modificatif, lequel a été accordé le 6 décembre 2021. Par la requête susvisée, M. A et Mme C demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 8 avril 2021 et du 6 décembre 2021 du maire de Seclin.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, () que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A et Mme C sont les propriétaires de la parcelle située 4 rue Maurice Bouchery, voisine du terrain d'assiette du projet. Ce projet consiste notamment en l'aménagement de logements au sein d'une grange adossée à leur propriété. Ces derniers sont ainsi voisins immédiats du projet en litige. Par ailleurs, pour justifier de leur intérêt leur donnant qualité à agir, les requérants soutiennent qu'en raison de la construction projetée, ils subiront une perte de luminosité et d'intimité ainsi qu'une gêne esthétique et des nuisances sonores et olfactives dues à la création d'une terrasse. Il ressort des pièces du dossier que le projet de transformation de la grange édifiée en limite séparative, donnera sur une façade du bien de M. A et Mme C pourvue de velux et implique la surélévation d'un mur adossé à leur propriété. Eu égard à la configuration des lieux et aux dimensions du projet litigieux, il apparaît que celui-ci est susceptible de porter atteinte aux conditions dans lesquelles M. A et Mme C occupent le bien dont ils sont propriétaires. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la SCI Domaine de La Collégiale, et tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le permis de construire initial délivré le 8 avril 2021 :
5. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
S'agissant de la composition du dossier de demande de permis de construire :
6. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; /
2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural () indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ;/ d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
7. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire serait incomplet ou que des pièces seraient insuffisantes, imprécises ou inexactes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire accordé que dans le cas où ces omissions, inexactitudes ou insuffisances ont été de nature à fausser l'appréciation de l'administration sur la conformité du projet à la réglementation.
8. En premier lieu, le dossier de demande de permis de construire contient un document d'insertion graphique vu depuis la rue Maurice Bouchery et laissant apparaitre une partie des façades des maisons mitoyennes. Il comporte en outre plusieurs photographies de l'environnement proche et lointain parmi lesquelles une photographie aérienne sur laquelle figure la Collégiale Saint-Piat ainsi que des photographies prises depuis le cœur de l'îlot sur lesquelles la grange est représentée. Il contient en outre une description précise du projet et de son environnement dans la notice explicative. Par suite, le service instructeur a été mis en mesure d'apprécier de manière suffisante l'insertion du projet dans son environnement.
9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que si les dimensions de l'accès au terrain d'assiette du projet, ainsi que le coefficient d'emprise au sol du projet ne sont pas indiqués dans le plan de masse, ceux-ci ont pu être appréciés par le service pétitionnaire dès lors que ce plan est établi à l'échelle 1/200e. Par ailleurs, si les mentions de ce plan ne permettent pas de déterminer la taille des six places de stationnement à créer en extérieur ainsi que celle de leur espace de dégagement, le plan de masse produit à l'appui de la demande de permis de construire modificatif qui ramène ce nombre de six à quatre comporte tant la localisation que la dimension de ces places ainsi que celle de leur espace de dégagement. Le service instructeur a ainsi, en dernier lieu, été mis à même d'apprécier la régularité du projet ce point.
10. En troisième lieu, si M. A et Mme C soutiennent que le dossier de demande de permis de construire est incomplet en ce qui concerne la description des modalités de traitement des eaux pluviales dès lors qu'il se borne à mentionner que ce réseau restera inchangé, le dossier de demande de permis de construire modificatif enregistré le 6 août 2021 expose que les eaux pluviales se rejetteront dans un bassin de tamponnement sous chaussée. Par suite, cette omission a été régularisée par le dossier de demande de permis de construire modificatif.
11. En quatrième lieu, d'une part, le plan de masse PC 2 de l'état initial du terrain d'assiette du projet fait figurer une toiture en tuile de terre cuite sur la grange, laquelle apparait également sur les photographies cotées PC 7 05 et PC 7 06, ainsi que les auvents et l'extension de l'habitation principale. Par suite, et à supposer même que ces éléments aient été démolis durant l'année 2020 avant la délivrance d'une quelconque autorisation d'urbanisme, et s'agissant de l'extension, en partie reconstruite sans modification du volume et de l'emprise au sol, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier de demande de permis de construire a été établi sur la base de plans et d'indications ne reflétant pas l'état initial des immeubles existants.
12. D'autre part, M. A et Mme C soutiennent que les hauteurs des murs de la grange mentionnées sur le plan de masse de l'état initial des bâtiments sont erronées. Toutefois, les requérants n'établissent pas en quoi cette circonstance, à la supposer avérée, a empêché le service instructeur d'apprécier la conformité de la hauteur finale du bâtiment projetée et de son insertion paysagère au regard de la réglementation applicable dès lors que celui-ci disposait d'un plan de masse, d'un plan de toiture et de plans de coupe du projet ainsi que, dans le cadre du dossier de demande de permis de construire modificatif, d'un schéma de principe en trois dimension du projet de transformation de la grange.
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 12 que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier demande de permis de construire doit être écarté en toutes ses branches.
S'agissant de l'implantation par rapport aux limites séparatives :
14. Aux termes des dispositions du règlement applicable à la zone UAR 1.1 du plan local d'urbanisme de la métropole européenne de Lille : " Au-delà d'une bande de 15 mètres de profondeur telle que définie dans les dispositions générales : Les constructions sont autorisées à : / - jouxter la ou les limite(s) séparative(s) latérale(s) sans pouvoir excéder une hauteur de 3,50 mètres sur la ou les limite(s) séparative(s) latérale(s) concernée(s). Au-dessus de cette hauteur et sur une distance horizontale de 3 mètres par rapport à la limite séparative, les toitures doivent être comprises dans un gabarit de 45° par rapport à l'horizontale à partir de la limite concernée ".
15. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire initial qu'au-delà de la bande de 15 mètres mesurée à partir de la voie publique, la hauteur du mur mitoyen de la grange entre les parcelles AR 29 et AR 27 et 28 s'élève à 6,23 mètres, en méconnaissance des dispositions précitées. Toutefois, le permis de construire modificatif, délivré le 6 décembre 2021, prévoit que la hauteur de ce mur, au-delà de cette même bande de 15 mètres, sera limitée à 3,50 mètres. Par suite, le vice tenant à la méconnaissance des dispositions précitées du plan local d'urbanisme intercommunal relatives à l'implantation des bâtiments a, en tout état de cause, été régularisé par l'arrêté du 6 décembre 2021 et ne peut plus être utilement invoqué à l'appui de la demande d'annulation du permis de construire initial. Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant du coefficient d'espace de pleine terre :
16. Aux termes du chapitre II du titre I des dispositions générales du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole européenne de Lille : " () Le coefficient d'espace de pleine terre défini au livre 3 ou 4 des zones urbaines ou à urbaniser
est augmenté de 5 points. Dans tous les cas, il ne pourra être inférieur à 20%. () ". Aux termes des dispositions particulières du règlement applicables à la zone UAR 1.1, les espaces de pleine terre végétalisés doivent représenter au minimum 15% du terrain d'assiette du projet. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le coefficient minimum d'espace de pleine terre pour le projet en litige est de 20%. Pour l'application de ces dispositions, le PLUi prévoit au B) du I) de la section 3 du chapitre 3 du titre 2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole européenne de Lille que " Les espaces verts de pleine terre correspondent aux surfaces libres de tout revêtement ou infrastructure et pouvant accueillir des plantations de tout type. Ces espaces ont vocation à être qualitatifs, plantés et paysagés. "
17. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet pour lequel le maire de Seclin a délivré un permis de construire initial à la société Domaine de La Collégiale le 8 avril 2021 a une superficie de 653 mètres carrés. Le projet initialement autorisé ne contient que 87 mètres carrés d'espaces de pleine terre végétalisés, les surfaces du parking recouvertes de dalles de type " evergreen " ne pouvant être comptabilisées parmi ceux-ci en raison de la nature même d'un tel équipement. Dans ces conditions, le projet ne comporte pas un coefficient d'espace de pleine terre supérieur à 20%. Toutefois, le permis de construire modificatif, délivré le 6 décembre 2021, prévoit 137 mètres carrés d'espaces de pleine terre, soit plus de 20% de la surface du terrain d'assiette du projet. Par suite, le vice tenant à l'insuffisance du coefficient d'espace de pleine terre a été régularisé par l'arrêté du 6 décembre 2021 et ne peut plus être utilement invoqué à l'appui de la demande d'annulation du permis de construire initial. Le moyen doit ainsi être écarté.
S'agissant du stationnement :
18. Aux termes du B) du I du chapitre 4 du titre 2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole européenne de Lille : " Les places de stationnement doivent avoir pour dimensions minimales 2,30 mètres sur 5 mètres, avec un dégagement minimum de 5 mètres pour permettre les manœuvres. Ces dimensions doivent être libres de tout encombrement par des murs et piliers. ".
19. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des plans fournis à l'appui de la demande de permis de construire modificatif que les différentes places de parking prévues en intérieur et extérieur dont la création est prévue ainsi que de leur espace de dégagement méconnaissent les dispositions précitées. D'autre part, si les requérants allèguent que la configuration des lieux est susceptible de compromettre la sécurité des usagers des emplacements de stationnement, ils ne l'établissent pas.
20. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des règles du PLUi relatives au stationnement doit être écarté.
En ce qui concerne le permis de construire modificatif délivré le 6 décembre 2021 :
21. En premier lieu, aux termes de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme : " L'arrêté prévu au premier alinéa de l'article A. 424-1 : / a) Indique la collectivité au nom de laquelle la décision est prise ; / b) Vise la demande de permis ou la déclaration et en rappelle les principales caractéristiques : nom et adresse du demandeur, objet de la demande, numéro d'enregistrement, lieu des travaux ; / c) Vise les textes législatifs et réglementaires dont il est fait application ; / d) Vise les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens. / L'arrêté mentionne, en caractères lisibles, le prénom, le nom et la qualité de son signataire. ". Aux termes de l'article A. 424-9 du même code : " Lorsque le projet porte sur des constructions, l'arrêté indique leur destination et, s'il y a lieu, la surface de plancher créée () "
22. En l'espèce, le permis de construire modificatif mentionne le nom et l'adresse du pétitionnaire, localise le terrain d'assiette du projet et les références de la demande déposée par la SCI Domaine de La Collégiale, vise les textes dont il fait application ainsi que l'avis favorable de la métropole européenne de Lille et mentionne le prénom, le nom et la qualité de son signataire. S'il ne précise pas explicitement qu'il s'agit d'un permis de construire modificatif, il comporte la mention M01 ainsi que le numéro du permis de construire initial. L'absence de mention de la surface de plancher créée n'a pas, quant à elle, pour effet d'entacher d'irrégularité l'arrêté attaqué dès lors que la demande présentée par la SCI Domaine de La Collégiale comporte bien l'indication de cette surface et que les requérants avaient en outre la possibilité de consulter cette demande. Il en est de même en ce qui concerne l'absence de mention de destination du projet. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
23. En deuxième lieu, le moyen tiré de la qualification erronée du permis de construire délivré le 6 décembre 2021 en tant qu'il ne constituerait non pas un permis de construire modificatif mais un nouveau permis de construire est, à la supposer établie, sans incidence sur la légalité de l'autorisation attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.
24. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine :
" I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / La protection au titre des abords a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. () ". Aux termes de l'article L. 621-32 de ce code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1. ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours./ Le permis de construire, le permis de démolir, le permis d'aménager, l'absence d'opposition à déclaration préalable, l'autorisation environnementale prévue à l'article L. 181-1 du code de l'environnement ou l'autorisation prévue au titre des sites classés en application de l'article L. 341-10 du même code tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. / En cas de silence de l'architecte des Bâtiments de France, cet accord est réputé donné. ".
25. En l'espèce, la construction projetée se situe aux abords de l'église Saint-Piat, classée monument historique. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 6 décembre 2021 a été précédé d'un avis favorable de l'architecte des bâtiments de France, en date du 7 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine de ce dernier doit être écarté.
26. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 à 12, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire modificatif et de la méconnaissance des règles du PLUi relatives au stationnement doivent être écartés.
27. En cinquième et dernier lieu, aux termes du 2) du D) du II) de la section 1 du chapitre 3 du titre 2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole européenne de Lille, dans sa version applicable au litige : " Les principes de composition suivants devront être respectés : / Principes généraux pour les façades et la création d'ouvertures : () Les ouvertures créées en toiture seront placées dans l'axe des baies de la façade () ".
28. Il ressort des pièces du dossier et notamment du plan PC 2.3, que le projet autorisé par le permis de construire modificatif prévoit la création, en toiture, de deux ouvertures en forme de velux orientées en direction de la propriété des requérants au-dessus d'une façade dépourvue d'ouvertures existantes. Par suite, les ouvertures créées ne se situent pas dans l'axe de baies de façade existantes. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 2) du D) du II) de la section 1 du chapitre 3 du titre 2 du Livre I du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole européenne de Lille relatives à l'emplacement des ouvertures doit être accueilli.
29. Il résulte de ce qui précède que le permis de construire modificatif du 6 décembre 2021 est entaché d'un vice tenant à la méconnaissance des dispositions précitées relatives à la création d'ouvertures.
Sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
30. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ".
31. D'une part, lorsque les éléments d'un projet de construction ou d'aménagement ayant une vocation fonctionnelle autonome auraient pu faire, en raison de l'ampleur et de la complexité du projet, l'objet d'autorisations distinctes, le juge de l'excès de pouvoir peut prononcer une annulation partielle de l'arrêté attaqué en raison de la divisibilité des éléments composant le projet litigieux. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 600-5 citées ci-dessus qu'en dehors de cette hypothèse, le juge administratif peut également procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet. Le juge peut, le cas échéant, s'il l'estime nécessaire, assortir sa décision d'un délai pour que le pétitionnaire dépose une demande d'autorisation modificative afin de régulariser l'autorisation subsistante, partiellement annulée.
32. Le vice relevé au point 28 n'affecte qu'une partie identifiable du projet et est susceptible d'être régularisé sans y apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dès lors, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, de prononcer la seule annulation partielle du permis de construire modificatif en tant qu'il autorise la création de deux ouvertures de types velux ne se situant pas dans l'axe de baies de façade existantes et de fixer à deux mois le délai, courant à compter de la notification du présent jugement, dans lequel la pétitionnaire pourra demander la régularisation de ce projet.
Sur les frais liés au litige :
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. A et Mme C, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à la SCI Domaine de La Collégiale la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Domaine de La Collégiale la somme de 1 500 euros à verser à M. A et Mme C au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 6 décembre 2021 du maire de Seclin portant permis de construire modificatif est annulé en tant qu'il autorise la création de deux ouvertures de types velux ne se situant pas dans l'axe des baies de façade existantes.
Article 2 : Le délai imparti à la SCI Domaine de La Collégiale pour solliciter la régularisation de son projet est fixé à deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La SCI Domaine de La Collégiale versera la somme de 1 500 euros à M. A et
Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme E C, à la société civile immobilière Domaine de La Collégiale et à la commune de Seclin.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lille.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- M. Liénard, conseiller,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
Q. LIENARD
Le président,
Signé
B. CHEVALDONNET La greffière,
Signé
J. DEREGNIEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026