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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103800

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103800

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantEUROPA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mai 2021 et 21 mars 2023, l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) MCE, représentée par Me Florence Mostaert, demande au tribunal :

1°) de condamner la société EDF à lui verser la somme de 3 614,79 euros au titre de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) non perçue avec intérêts au taux légal majoré de 50 % à compter de la mise en demeure du 10 février 2010 et capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la société EDF le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conditions particulières du contrat d'achat de l'énergie électrique par les installations utilisant l'énergie radiative du soleil et bénéficiant de l'obligation d'achat d'électricité conclu par M. B avec EDF en 2009, mentionnent à tort, que le producteur bénéficie de la franchise le dispensant du paiement de la TVA, fixée par l'article 293 B. I. 1. a) du code général des impôts alors que l'intéressé était gérant de l'EARL MCE, créée depuis le 1er avril 2008 et ayant son siège au 1 rue d'Heninel à Croisilles ;

- en tant qu'exploitant agricole, il était ainsi assujetti à la TVA et devait l'inclure dans le montant des deux premières factures n°1et n°2 des 16 juin 2009 et 15 décembre 2019 dont le règlement par chèque était à adresser à l'EARL MCE ; qu'il justifie d'ailleurs avoir réglé auprès du Trésor public le montant de cette taxe ;

- la société EDF avait connaissance de la dénomination exacte du producteur, l'EARL MCE dès la signature, en octobre 2008, du contrat de raccordement, d'accès et d'exploitation pour une installation raccordée au réseau public de distribution d'électricité ;

- son gérant n'a cessé, pendant l'année 2010, d'informer la société EDF qu'il ne bénéficiait pas de la franchise de TVA dans le cadre de l'exercice de son activité et ce n'est qu'à la suite de la troisième relance du 10 février 2010 qu'un avenant a finalement été signé le 9 mars 2010, rectifiant notamment l'identité du producteur alors qu'il s'agissait d'une erreur commise à l'origine par la société EDF ;

- la société EDF a refusé de régler le montant de la TVA en violation des dispositions contractuelles et légales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 juillet 2021 et 23 mars 2023, la société anonyme Electricité de France (EDF), représentée par Me Thomas Bernard, conclut au rejet de la requête et au versement par l'EARL MCE de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- M. B a signé, en connaissance de cause, le contrat d'achat d'énergie électrique le 13 mars 2009 qui mentionnait, en son article 7 des conditions particulières, que le producteur bénéficiait de la franchise de TVA, fixée par l'article 293 B. I. 1. a du code général des impôts, les premières factures étant d'ailleurs établies sans TVA ;

- il ne peut être demandé de faire une application rétroactive de l'avenant signé en mars 2010 transférant le contrat à l'EARL MCE, qui stipule que la taxe applicable est la TVA au taux de 19,6 % dont la prise d'effet a été fixée au 10 février 2010 ;

- elle ne savait pas que le producteur était, dès l'origine, l'EARL MCE, dès lors que le contrat de raccordement a été signé avec la société anonyme Electricité réseau distribution France (ERDF), devenue Enedis, en sa qualité de gestionnaire du réseau public de distribution d'électricité et non par elle et qu'en outre, seul le nom de M. B figure sur la page une dudit contrat dans son intitulé et dans l'identification des parties.

Par une ordonnance en date du 22 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 juin 2023 à 14 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité ;

- l'arrêté du 10 juillet 2006 précisant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant de l'énergie radiative du soleil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Babski,

- les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

- et les observations de Me Mostaert, représentant l'EARL MCE ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé, le 11 juin 2008, une demande de contrat d'achat d'énergie électrique produite par une installation utilisant de l'énergie radiative du soleil située 1 rue d'Heninel à Croisilles (62). Après avoir procédé à l'installation des panneaux photovoltaïques, il a conclu, le 19 octobre 2008, avec la société Electricité réseau distribution France (ERDF), un contrat de raccordement, d'accès et d'exploitation pour une installation raccordée au réseau public de distribution d'électricité. La mise en service de l'installation est intervenue le 16 décembre 2018. M. B a alors conclu en mars 2009 avec la société Electricité de France (EDF), un contrat d'achat de l'énergie électrique produite par les installations utilisant de l'énergie radiative du soleil et bénéficiant de l'obligation d'achat d'électricité, aux dispositions tarifaires de l'arrêté du 10 juillet 2006 précisant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant de l'énergie radiative du soleil, telles que visées à l'article 2-3° du décret n°2000-1196 du 6 décembre 2000. Ce contrat d'obligation d'achat, qui a été signé le 13 mars 2009 par l'intéressé et le 26 mars 2009 par la société EDF, était complété de conditions générales prévoyant notamment que les tarifs stipulés au contrat étaient hors taxes et qu'ils étaient majorés de la TVA en vigueur au moment de la facturation, à l'exception des producteurs bénéficiant de la franchise fixée par l'article 293 B. I. 1° a) du code général des impôts. En application de ce contrat, M. B a établi, le 16 juin 2009, une facture n°1 d'un montant de 7 434,70 euros pour comptabiliser l'électricité produite sur la période du 16 décembre 2008 au 16 juin 2009 et, le 16 décembre 2009, une facture n°2 d'un montant de 10 508,11 euros pour la période du 16 juin 2009 au 15 décembre 2009. La société EDF a procédé au paiement de ces deux factures qui étaient franchisées de la TVA. Par un avenant, signé par M. B le 5 mars 2010 et par EDF, le 9 mars 2010, le contrat d'achat d'énergie électrique a été transféré à l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) MCE avec une prise d'effet fixée au 10 février 2010, l'article 1er de cet avenant précisant qu'à cette date, la taxe applicable était la TVA au taux de 19,6 %. M. B a établi de nouvelles factures, en majorant les montants précédents de la TVA à 19,6 %, soit 9 489,90 euros pour la facture n°1 et 12 567,70 euros pour la facture n°2. En dépit de plusieurs relances de l'EARL MCE, la société EDF a refusé de lui régler la somme de 3 614,79 euros correspondant au montant de la TVA de ces deux factures. L'EARL MCE a alors saisi le tribunal de commerce d'Arras, lequel a, par un jugement du 27 janvier 2016, condamné la société EDF au paiement de la somme de 3 614,79 euros avec intérêts de droit à compter du 25 octobre 2010, date de la première mise en demeure et capitalisation des intérêts à compter du 25 octobre 2011 et la somme de 4 000 euros à titre de dommages et intérêts. La cour d'appel de Douai, par un arrêt du 30 novembre 2017, a infirmé ce jugement en faisant droit à l'exception d'incompétence soulevée par la société EDF. Par courrier du 17 mai 2021, l'EARL MCE a demandé à la société EDF de lui régler le montant de la TVA des factures des 16 juin et 15 décembre 2019. Par la présente requête, l'EARL MCE demande au tribunal de condamner la société EDF à lui verser la somme de 3 614,79 euros au titre de la TVA non perçue, avec intérêts au taux légal majoré de 50 % à compter de la mise en demeure du 10 février 2010.

Sur les conclusions tendant à la condamnation de la société EDF au paiement de la TVA sur les deux factures en litige :

2. Aux termes de l'article 10 de la loi du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité, alors en vigueur, depuis codifiée à l'article L. 314-1 du code de l'énergie : " Sous réserve de la nécessité de préserver le bon fonctionnement des réseaux, Electricité de France et () les distributeurs non nationalisés () sont tenus de conclure, si les producteurs intéressés en font la demande, un contrat pour l'achat de l'électricité produite sur le territoire national par : / () / 2° Les installations de production d'électricité qui utilisent des énergies renouvelables () Un décret en Conseil d'Etat fixe les limites de puissance installée des installations de production qui peuvent bénéficier de l'obligation d'achat. Ces limites, qui ne peuvent excéder 12 mégawatts, sont fixées pour chaque catégorie d'installation pouvant bénéficier de l'obligation d'achat sur un site de production. (). " En application de l'article 2 du décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000 fixant par catégorie d'installations les limites de puissance des installations pouvant bénéficier de l'obligation d'achat d'électricité, les installations de production d'électricité, d'une puissance installée inférieure ou égale à 12 mégawatts, utilisant l'énergie radiative du soleil, comme en l'espèce, entrent dans le champ de l'obligation d'achat résultant de ces dispositions. Par ailleurs, aux termes de l'article 293 B du code général des impôts, alors en vigueur : " I.- Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France () bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'ils n'ont pas réalisé : / 1° Un chiffre d'affaires supérieur à : / a) 80 000 euros l'année civile précédente / (). "

3. Le contrat d'achat de l'énergie électrique produite par les installations utilisant de l'énergie radiative du soleil et bénéficiant de l'obligation d'achat d'électricité, signé entre l'acheteur, la société EDF, et, le producteur, M. B, stipule qu'il est établi " sur la base des tarifs d'achat fixés par l'arrêté du 10 juillet 2006 qui précise les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant l'énergie radiative du soleil, telles que visées à l'article 2-3° du décret n°2000-1196 du 6 décembre 2000. ". L'article VII des conditions générales " PHOTO2006V2 " relatives à l'achat de l'énergie électrique produite par des installations " photovoltaïque ", du contrat mentionne que les tarifs du contrat sont hors taxe et seront majorés de la TVA en vigueur au moment de la facturation à l'exception des producteurs bénéficiant de la franchise fixée par l'article 293 B. I. 1. a) du code général des impôts et que toute modification, changement de taux ou du montant, suppression ou création de taxe à la charge de l'acheteur sera immédiatement répercutée dans la facturation conformément aux dispositions prévues par la réglementation en vigueur. En outre, l'article IX relatif aux paiements précise que le producteur établit une facture payable vingt jours à compter de sa date d'envoi mais dès lors qu'une erreur ou une omission est décelée sur la facture du producteur, celle-ci lui est immédiatement retournée et l'acheteur s'engage toutefois à régler au producteur le montant non contesté de cette facture erronée ou incomplète, sur présentation d'une nouvelle facture d'un montant égal à ce montant non contesté. Par ailleurs, les conditions particulières adaptées aux caractéristiques de l'installation du contrat, qui prévoient notamment que le producteur établit ses factures tous les six mois à compter du 16 décembre 2018, mentionne à l'article 7 consacré aux impôts et aux taxes que le producteur bénéficie de la franchise fixée par l'article 293 B. I. 1. a) du code général des impôts.

4. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel.

5. En l'espèce, la clause litigieuse, inscrite à l'article 7 du contrat d'achat de l'énergie électrique, signé par M. B en mars 2009, qui stipule qu'il bénéficie d'une franchise de TVA, n'a pas eu de caractère déterminant dans la conclusion de celui-ci et est donc divisible de son objet. Par ailleurs, cette clause n'a pas, en elle-même, un contenu illicite qui justifierait de l'écarter dès lors que les bénéficiaires de l'exonération de TVA sont, en application des dispositions précitées de l'article 293 B. I. 1. a) du code général des impôts, les producteurs d'électricité photovoltaïque, personnes physiques ou morales, ayant réalisé un chiffre d'affaires inférieur à 80 000 euros au cours de l'année civile. S'il est constant que M. B était, à la date de la signature de ce contrat d'achat d'énergie, gérant de l'EARL MCE et assujetti à la TVA, il a toutefois signé en toute connaissance de cause ce contrat qui mentionnait sans ambiguïté le principe d'une franchise de TVA. En outre, contrairement à ce que soutient l'EARL MCE, la société EDF n'avait pas connaissance de la situation financière de son cocontractant et n'avait, ainsi, aucune raison valable de s'étonner de ce que les tarifs d'achat de l'énergie photovoltaïque, produite par les panneaux solaires installés sur la propriété de M. B, lui soient facturés hors taxe. De même, la circonstance que le contrat de raccordement d'accès et d'exploitation pour une installation raccordée au réseau public de distribution d'électricité souscrit en octobre 2008 auprès d'ERDF ait été signé au nom de l'EARL MCE, représentée par son gérant, M. B, n'est pas de nature à démontrer que la société EDF, qui n'était pas partie à ce contrat, était informée de l'intention de M. B de signer le contrat d'achat de l'énergie électrique, non pas en son nom propre, mais pour le compte de l'EARL. Dans ces conditions, M. B, qui a accepté, en signant le contrat d'achat de l'énergie, de bénéficier de la franchise de TVA, ne pouvait, en application de l'article 7 de ce contrat, majorer le montant des factures N°1 et N° 2 en date des 16 juin et 15 décembre 2009 correspondant à l'électricité produite sur la période du 16 décembre 2008 au 15 décembre 2009, de la TVA à 19,6 %. Enfin, si l'article 2 de l'avenant du contrat, signé en mars 2010 par l'EARL MCE venant au droit de M. B et la société EDF prévoit que la taxe applicable était la TVA au taux de 19,6 %, la date de prise d'effet de cette taxe était toutefois fixée au 10 février 2010. Dès lors, cet avenant, qui n'était pas rétroactif, ne pouvait porter sur les factures correspondantes à la période en litige du 16 décembre 2008 au 15 décembre 2009. L'EARL MCE ne peut utilement soutenir, à ce titre, d'une part, que son gérant avait, à plusieurs reprises, pendant l'année 2010, informé la société EDF qu'il ne bénéficiait pas de cette franchise de TVA dans le cadre de l'exercice de son activité agricole et qu'il avait ainsi demandé la modification de son contrat en application de l'article XII de ses conditions générales, d'autre part, que la TVA, correspondant aux deux factures précitées, auraient été réglée au Trésor public.

6. Il résulte de ce qui précède que l'EARL MCE n'est pas fondée à demander la condamnation de la société EDF à lui verser la somme de 3 614,79 euros au titre de la TVA non perçue en se prévalant d'une faute de la société EDF dans l'exécution du contrat les liant. Les conclusions à fin d'indemnisation présentées par l'EARL MCE ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société EDF, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'EARL MCE la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y pas a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EARL MCE la somme que la société EDF demande au titre des frais de même nature.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EARL MCE est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société EDF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL MCE et à la société EDF.

Délibéré, après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. BABSKI

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2103800

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