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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103844

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103844

lundi 13 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDELABY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2021, M. C A B, représenté par Me Delaby, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2021 par lequel la maire de Lille a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à l'autorité investie du pouvoir de nomination de procéder à sa réintégration et à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lille la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure devant le conseil de discipline est irrégulière en ce que ce dernier aurait dû accepter sa demande de report de séance, en ce qu'il a été procédé à l'audition de témoins de manière simultanée et sans qu'il ait été à même d'assister à leur audition, en ce que siégeaient des représentants de l'administration intéressés à l'affaire, et en ce qu'aucun avis motivé ni procès-verbal de séance exposant les raisons de la proposition de sanction n'a été rendu et transmis tant à l'autorité territoriale qu'à lui-même ;

- les faits reprochés ne sont pas établis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, la commune de Lille, représentée par Me Bodart, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. A B le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leguin, présidente - rapporteure ;

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Lachal, substituant Me Bodart, représentant la commune de Lille.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est adjoint administratif de 2ème classe titulaire de la commune de Lille. Il occupait en dernier lieu les fonctions de référent cadre de vie à la mairie de quartier de Vauban-Esquermes. Par courrier du 20 septembre 2019, M. A B a été informé de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre. Par arrêté du 24 février 2021, la maire de Lille a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " Le report de l'affaire peut être demandé par le fonctionnaire poursuivi ou par l'autorité territoriale : il est décidé à la majorité des membres présents. Le fonctionnaire et l'autorité territoriale ne peuvent demander qu'un seul report. ". Aux termes du troisième alinéa de l'article 9 de ce décret : " Le conseil de discipline entend séparément chaque témoin cité. Toutefois, le président peut décider de procéder à une confrontation des témoins ; il peut également décider de procéder à une nouvelle audition d'un témoin déjà entendu. ".

3. D'une part, le conseil du requérant a sollicité un report de la séance aux motifs d'un changement d'avocat très récent et de l'absence de son client empêché et que le conseil de discipline, dans sa séance du 28 septembre 2020, a refusé de faire droit à la demande en se prévalant de ce que M. A B avait disposé du temps nécessaire pour préparer utilement sa défense, qu'il avait présenté des observations écrites, que son conseil était présent lors de la séance et qu'il n'était pas établi que l'intéressé aurait été dans l'impossibilité de se déplacer. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a été informé des griefs retenus à son encontre, qu'il a consulté son dossier individuel à plusieurs reprises et que ce dernier contenait l'ensemble des éléments relatifs à la procédure disciplinaire engagée, qu'il a présenté des observations écrites le 24 janvier 2020, que, s'il ne s'est pas déplacé devant le conseil de discipline, son nouveau conseil était présent, la circonstance que ce dernier aurait été chargé de la défense des intérêts de M. A B quelques jours seulement avant la séance relevant de la propre volonté du requérant. Dans ces conditions, le conseil de discipline, qui n'était pas tenu de renvoyer l'affaire à une séance ultérieure, a pu, sans méconnaître les droits de la défense ou l'article 8 précité du décret du 18 septembre 1989, légalement écarter la demande de report formulée par M. A B.

4. D'autre part, l'article 9 précité de ce décret n'interdit pas l'audition simultanée de témoins lorsque le président du conseil de discipline estime nécessaire une confrontation des versions. En tout état de cause, l'audition simultanée de témoins ne prive pas par elle-même un agent de la garantie qui s'attache à la sincérité des témoignages et il appartient au juge de rechercher si cette audition a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé l'intéressé d'une garantie. Il ressort des pièces du dossier qu'ont été entendus au cours de la séance du conseil de discipline, à la demande de l'administration, deux témoins : le directeur de la proximité, auteur des rapports sur le comportement de M. A B, et la directrice de la mairie de quartier Vauban-Esquermes, qui ont exposé les faits contenus dans les rapports déjà communiqués au requérant et ont répondu aux questions des membres du conseil de discipline, lesquels ont été mis en mesure de confronter les propos tenus. Le conseil de M. A B a entendu ces témoignages et a pu intervenir. L'intéressé lui-même a été mis en mesure d'assister à l'audition puisqu'elle a eu lieu au cours de la séance du conseil de discipline. Ainsi, il n'apparait pas que cette audition simultanée des deux témoins aura privé le requérant d'une garantie ou aura exercé une influence sur le sens de l'avis rendu.

5. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le conseil de discipline amené à rendre un avis sur la situation de M. A B était régulièrement composé lors de sa séance du 28 septembre 2020. La circonstance que l'adjoint au maire, délégué aux ressources humaines, a siégé parmi les représentants de l'administration communale n'est pas de nature à entacher d'irrégularité l'avis du conseil de discipline, dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait fait preuve d'une animosité particulière ou manqué d'impartialité à l'égard du requérant. Il en va de même de la présence du nouveau président du conseil du quartier Vauban, dès lors qu'il est soutenu en défense, sans être contesté, que ce dernier, entré en fonction en octobre 2019, n'a jamais rencontré M. A B, n'a pas été impliqué dans l'engagement de la procédure disciplinaire et n'a pas exprimé le moindre sentiment d'antipathie à son égard.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version en vigueur : " () / Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. " et aux termes de l'article 12 du décret du 18 septembre 1989 : " () La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents doit être motivée. Elle est transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité territoriale. ".

7. Ces dispositions n'impliquent nullement que soit communiqué à l'agent, avant que soit édictée une sanction, le procès-verbal du conseil de discipline. Une notification du sens de l'avis est suffisante et il ressort des pièces du dossier que M. A B a reçu communication de ce sens le 29 septembre 2020. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que la commune a reçu communication, avant de se prononcer, de l'avis émis par le conseil de discipline, dont la motivation était insuffisante, mais qui était accompagné d'un procès-verbal de la séance énonçant les faits retenus comme fautifs et les motifs ayant conduit à l'avis donné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 12 du décret du 18 septembre 1989 doit être écarté.

8. En dernier lieu, il est reproché à M. A B de ne pas avoir effectué les tâches demandées telles que la mise à jour des tableaux de suivi sur le logiciel Alfresco malgré les relances et entretiens menés par sa hiérarchie, de ne pas avoir respecté les consignes hiérarchiques en refusant notamment de se rendre à une réunion obligatoire le 10 juillet 2019, de ne pas avoir respecté les procédures en vigueur telles que la procédure d'utilisation du véhicule de service ou celle d'autorisation d'absence en ne fournissant pas de justificatif notamment pour la période entre le 2 et le 18 novembre 2018, d'avoir adopté une attitude irrespectueuse envers sa hiérarchie et, enfin, d'avoir embrassé une collègue sans son consentement.

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des copies de mails s'étalant sur toute la première moitié de l'année 2019, et des nombreux rapports rédigés par les supérieurs hiérarchiques de M. A B, que ces derniers lui ont demandé à de multiples reprises, en vain, d'entrer son activité dans le logiciel espace collectif partagé " Alfresco " afin de permettre un suivi des signalements des usagers en coordination avec le personnel technique. Contrairement à ce que soutient le requérant, il avait bien été formé à l'utilisation de ce logiciel et il disposait du mot de passe d'accès. Il ressort également des pièces du dossier que M. A B s'est abstenu à plusieurs reprises, et sans justification, de se présenter aux réunions organisées pour faire le point sur son travail, notamment à celle du 10 juillet 2019, et aux réunions de service, et qu'il n'a pas organisé les réunions dont il avait la charge d'assurer la coordination. Le requérant ne conteste pas avoir utilisé le véhicule de service sans tenir compte de la procédure de réservation mise en place et se borne à faire valoir qu'il n'en a pas fait un usage impropre et que personne d'autre n'en a eu besoin. Le requérant ne conteste pas davantage n'avoir pas transmis ses arrêts de travail dans les délais prescrits. Les pièces du dossier permettent par ailleurs d'établir que M. A B fait régulièrement montre d'un comportement irrespectueux et agressif à l'égard de sa hiérarchie dont il refuse régulièrement d'appliquer les consignes. Enfin, le témoignage produit par la victime est suffisamment précis et circonstancié pour tenir pour acquis que M. A B a embrassé sans son consentement une de ses collègues le 3 octobre 2019. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée reposerait sur des griefs dont la matérialité n'est pas établie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction de réintégration et de reconstitution de carrière.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Lille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que M. A B demande au titre des frais qu'il a exposés. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A B la somme de 400 euros au titre des frais exposés par la commune de Lille et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : M. A B versera à la commune de Lille la somme de 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et à la commune de Lille.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

AM. LEGUIN Le magistrat (plus ancien

dans l'ordre du tableau)

signé

J. BORGET

La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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