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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103913

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103913

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP GROS-HICTER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2021, M. A B, représenté par la SCP Gros, Hicter, d'Halluin et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme en date du 23 mars 2021 qui lui a été délivré par le maire de la commune de Boeschepe sur le fondement du a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Boeschepe la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le classement de sa parcelle C610 en zone naturelle par le plan local d'urbanisme intercommunal - Habitat de la communauté de communes Flandre Intérieure, dont l'illégalité est invoquée par voie d'exception, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la commune de Boeschepe qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- et les observations de Me Chavda, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un dossier déposé le 17 mars 2021, M. B, propriétaire de la parcelle C610 située sur le territoire de la commune de Boeschepe, a sollicité un certificat d'urbanisme sur le fondement du a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme. Par la requête susvisée,

M. B demande au tribunal d'annuler le certificat d'urbanisme qui lui a été délivré dans ce cadre par le maire de la commune de Boeschepe le 23 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain () ". En vertu d'un principe général, il incombe à l'autorité administrative de ne pas appliquer un règlement illégal. Ce principe trouve ainsi à s'appliquer lorsque les dispositions d'un document d'urbanisme, ou certaines d'entre elles si elles en sont divisibles, sont entachées d'illégalité, sauf si cette illégalité résulte de vices de forme ou de procédure qui ne peuvent plus être invoqués par voie d'exception en vertu de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme. Ces dispositions doivent ainsi être écartées, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, par l'autorité chargée de délivrer des certificats d'urbanisme, qui doit alors se fonder, pour statuer sur les demandes dont elle est saisie, sur les dispositions pertinentes du document immédiatement antérieur ou, dans le cas où celles-ci seraient elles-mêmes affectées d'une illégalité dont la nature ferait obstacle à ce qu'il en soit fait application, sur le document encore antérieur ou, à défaut, sur les règles générales fixées par les articles L. 111-1 et suivants et R. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme.

3. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige, le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du plan local d'urbanisme (PLU) définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-24 de ce code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison :

1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; /2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; /3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; /4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; /5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".

4. Il appartient aux auteurs d'un PLU de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle C610, d'une superficie de 931 m², ne supporte aucune construction et qu'elle se compose de végétation et d'arbres. Elle présente ainsi un caractère naturel, quand bien même elle jouxte, sur son flanc sud-ouest une parcelle bâtie et fait face, de l'autre côté de la route qu'elle borde, à des parcelles également bâties. Elle est également à proximité immédiate de parcelles supportant une importante végétation qui ont été classées en zone naturelle par le PLUi-H de la communauté de communes Flandre Intérieure (CCFI) et qui s'inscrivent au sein d'une vaste zone classée comme tel. Par ailleurs, le PADD de la CCFI comprend un objectif tenant à " assurer un projet de territoire économe en foncier visant notamment à réduire le rythme d'artificialisation des terres naturelles ". Dans ces conditions, le classement de la parcelle en zone naturelle est conforme au parti d'aménagement retenu par les auteurs du PLUi, ceux-ci n'étant par ailleurs pas tenus par les classements antérieurs en zone urbaine ou à urbaniser. La circonstance que la parcelle soit raccordée aux différents réseaux n'est pas de nature à faire obstacle, à elle seule, au classement de ce même terrain en zone naturelle. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, du PLUi-H en tant qu'il procède à un classement manifestement erroné de la parcelle C610 en zone N doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 23 mars 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Boeschepe, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Boeschepe.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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