vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104112 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SILVESTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mai 2021 et le 14 juin 2022, la société NW Joules, représentée par Me Silvestre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le préfet du Nord a retiré la décision tacite intervenue le 2 janvier 2021 de non opposition à la déclaration préalable déposée le 1er décembre 2020 et s'est opposé à cette déclaration préalable ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un arrêté de non-opposition à déclaration préalable, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté du 30 mars 2021 a été signé par une autorité incompétente ;
- la procédure contradictoire préalable au retrait est entachée d'irrégularités ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'eu égard à sa nature, le projet en cause relève des seules dispositions des articles L. 342-1 et L. 342-12 du code de l'énergie et non de celles de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme, la commune de Holque étant couverte par un plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il renonce au motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme ;
- il était en situation de compétence liée, les moyens de légalité externe sont ainsi inopérants ;
- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
La commune de Holque a produit des observations le 26 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- et les observations de Me Carpentier, substituant Me Silvestre, représentant la société NW Joules.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er décembre 2020, la société NW Joules a déposé un dossier de déclaration préalable auprès des services de la mairie de Holque pour la pose et la mise en œuvre d'un containeur de stockage d'énergie. Au terme du délai d'instruction d'un mois, une décision tacite de non-opposition est intervenue. Le 12 mars 2021, le préfet du Nord a dressé un courrier à la société NW Joules l'informant de son intention de retirer l'autorisation tacite. Par un arrêté du 30 mars 2021, le préfet du Nord a retiré la décision tacite de non-opposition obtenue initialement par la société NW Joules et s'est opposé à la déclaration préalable déposée par celle-ci. Par la requête susvisée, cette dernière demande au tribunal l'annulation de cet arrêté du 30 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 422-2 du code de l'urbanisme : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : / () / b) Les ouvrages de production, de transport, de distribution et de stockage d'énergie, ainsi que ceux utilisant des matières radioactives ; un décret en Conseil d'Etat détermine la nature et l'importance de ces ouvrages () ". Aux termes de l'article R. 422-2 du même code : " Le préfet est compétent pour () pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable () dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : / () / b) Pour les ouvrages de production, de transport, de distribution et de stockage d'énergie lorsque cette énergie n'est pas destinée, principalement, à une utilisation directe par le demandeur () ".
En ce qui concerne l'opposition à la réalisation des travaux :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. () ".
4. D'une part, ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
5. D'autre part, à supposer même que le raccordement au réseau électrique nécessaire au projet relève des dispositions des articles L. 342-1 et L. 342-12 du code l'énergie, le projet ne portant toutefois pas sur une installation de production d'électricité à partir de sources d'énergie renouvelable mais sur un ouvrage de stockage d'électricité d'origine non déterminée, cette circonstance est sans incidence sur l'application en l'espèce des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, l'autorisation d'urbanisme sollicitée relevant de leur champ d'application.
6. Pour s'opposer à la réalisation de travaux objet de la déclaration préalable, le préfet du Nord, faisant application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, s'est fondé sur le refus de l'autorité administrative compétente, soit le maire de la commune de Holque, de prendre en charge financièrement les travaux d'extension du réseau public de distribution d'électricité nécessités par le projet.
7. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis émis par la société Enedis en sa qualité de concessionnaire du réseau public de distribution d'électricité le 15 janvier 2021 et du plan détaillé du tracé des travaux à réaliser annexé à cet avis que le projet en cause implique la réalisation de travaux d'extension du réseau électrique en dehors du terrain d'assiette de l'opération sur une longueur de 130 mètres pour un coût de 17 045,35 euros. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier et notamment des courriers électroniques échangés par la directrice du syndicat intercommunal d'énergie des communes de Flandre et les services de la commune de Holque produits par le préfet que le maire de celle-ci a refusé de prendre en charge financièrement les travaux d'extension du réseau électrique nécessaire au projet. Par suite, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur de fait. Il n'apparaît par ailleurs pas que les diligences nécessaires ont été accomplies pour déterminer les délais dans lesquels ces travaux peuvent être réalisés, l'avis précité n'apportant aucune précision sur ce point. Le préfet a ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et n'était pas, contrairement à ce qu'il soutient, tenu de refuser l'autorisation sollicitée pour l'application de ces mêmes dispositions.
8. En second lieu, le préfet du Nord ne pouvait fonder la décision en litige sur les dispositions de l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme dès lors que la commune de Holque est couverte par un plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli sans que le préfet ne puisse utilement solliciter la neutralisation de ce motif, l'autre motif d'opposition étant entaché d'illégalité ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement.
En ce qui concerne le retrait de la décision tacite de non-opposition :
9. Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ".
10. Il résulte de ces dispositions que la décision portant retrait d'une non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de cette décision d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Toutefois, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire d'une non-opposition à déclaration préalable que l'autorité administrative envisage de retirer. La décision de retrait prise par l'autorité administrative est ainsi illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le titulaire de cette décision a été effectivement privé de cette garantie.
11. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 12 mars 2021, le préfet du Nord a informé la société requérante de son intention de retirer la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable. Ce courrier indique que ce retrait tient au fait que le projet est soumis à la législation des installations classées pour la protection de l'environnement et qu'il doit ainsi faire l'objet d'une prescription de différé de travaux en application de l'article L. 425-14 du code de l'urbanisme mais également qu'il est également justifié par l'avis émis par le service GRT-gaz. Cependant, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'arrêté en litige portant retrait de la décision de non-opposition à déclaration préalable est fondé uniquement sur la méconnaissance des article L. 111-11 et R. 111-13 du code de l'urbanisme, les motifs annoncés dans le courrier du 12 mars 2021 n'étant pas repris. La société requérante n'a donc pas été mise à même de produire des observations sur les motifs mêmes qui ont conduit le préfet à retirer la décision tacite de non-opposition dont elle bénéficiait et a donc été privée d'une garantie. Par suite, la société NW Joules est fondée à soutenir que la décision a été rendue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la société NW Joules est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le préfet du Nord a retiré la décision tacite de non opposition à déclaration préalable intervenue le 2 janvier 2021 et s'est opposé à cette déclaration préalable. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de justice administrative, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. L'annulation par le présent jugement de l'arrêté du 30 mars 2021 retirant la décision de non-opposition tacite dont la société requérante était alors titulaire a pour effet de rétablir cette autorisation à compter de la mise à disposition du présent jugement. Par suite, les conclusions de la société requérante tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Nord de lui délivrer un arrêté de non-opposition à déclaration préalable ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société NW et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord en date du 30 mars 2021 est annulé.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la société NW Joules en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société NW Joules et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la commune de Holque et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
M. LECLERELe président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026