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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104186

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104186

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2021, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a rejeté son recours administratif contre la décision du 10 septembre 2020 réduisant son allocation de revenu de solidarité active de 80 % pour une durée d'un mois, à compter du 1er septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au département du Pas-de-Calais de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise totale de sa dette ;

4°) de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais la somme de 1 500 euros, à verser à son avocat, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L.262-47 et R.262-90 du code de l'action sociale et des familles dès lors que l'avis de la commission de recours amiable n'a pas été sollicité ;

- elle n'est pas justifiée dès lors qu'il n'a pas signé de contrat d'engagement réciproque dans lequel il se serait engagé à créer un site internet et qu'il a envoyé tous les documents demandés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2021, département du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut à sa mise hors de cause.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Horn pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Horn, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active depuis le 1er janvier 2012. Par une décision du 10 septembre 2020, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a réduit de 80 % le montant des droits de M. A au revenu de solidarité active. Par un recours administratif préalable du 3 octobre 2020, reçu le 12 octobre suivant, M. A a contesté cette décision. Il demande l'annulation de la décision du 8 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a rejeté son recours administratif et confirmé la décision du 10 septembre 2020.

Sur les demandes de mise hors de cause de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais :

2. La caisse d'allocations familiales du Nord, chargée du service de l'allocation du revenu de solidarité active pour le compte du département du Pas-de-Calais, est fondée à demander sa mise hors de cause en ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 262-35 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers un organisme participant au service public de l'emploi autre que l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai d'un mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion professionnelle. / Ce contrat précise les actes positifs et répétés de recherche d'emploi que le bénéficiaire s'engage à accomplir. / Il précise également, en tenant compte de la formation du bénéficiaire, de ses qualifications, de ses connaissances et compétences acquises au cours de ses expériences professionnelles, de sa situation personnelle et familiale ainsi que de la situation du marché du travail local, la nature et les caractéristiques de l'emploi ou des emplois recherchés, la zone géographique privilégiée et le niveau de salaire attendu. Le bénéficiaire ne peut refuser plus de deux offres raisonnables d'emploi ainsi définies. / Le contrat retrace les actions que l'organisme vers lequel il a été orienté s'engage à mettre en œuvre dans le cadre du service public, notamment en matière d'accompagnement personnalisé et, le cas échéant, de formation et d'aide à la mobilité. / Lorsque le bénéficiaire ne respecte pas une stipulation de ce contrat, l'organisme vers lequel il a été orienté le signale au président du conseil départemental. ". L'article L. 262-36 du même code prévoit la conclusion d'un tel contrat, énumérant alors les engagements réciproques du département et du bénéficiaire du revenu de solidarité active " en matière d'insertion sociale ou professionnelle ", lorsque ce bénéficiaire, du fait de difficultés faisant temporairement obstacle à son engagement dans une démarche de recherche d'emploi, est orienté vers les autorités ou organismes compétents en matière d'insertion sociale. Enfin, aux termes de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : () 2° Lorsque, sans motif légitime, les dispositions du projet personnalisé d'accès à l'emploi ou les stipulations de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas respectées par le bénéficiaire ; () 4° Ou lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre. Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peux excéder un mois. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le président du conseil départemental est chargé d'orienter le bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le cadre des démarches qui lui incombent en vertu de l'article L. 262-28 du code de l'action sociale et des familles. Afin de déterminer les engagements réciproques du département et du bénéficiaire en matière d'insertion, il conclut un contrat avec cette personne, sauf si elle est titulaire d'un revenu de remplacement au titre de l'indemnisation des travailleurs involontairement privés d'emploi ou est orientée vers Pôle emploi. Le président du conseil départemental est en droit de suspendre le versement du revenu de solidarité active lorsque le bénéficiaire, sans motif légitime, soit fait obstacle à l'établissement ou au renouvellement de ce contrat par son refus de s'engager à entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion, soit ne respecte pas le contrat conclu. En revanche, il ne peut légalement justifier une décision de suspension par la circonstance que le bénéficiaire n'aurait pas accompli des démarches d'insertion qui ne correspondraient pas aux engagements souscrits dans un contrat en cours d'exécution. L'obligation de conclure un " contrat librement débattu ", prévue aux articles L. 262-35 et L. 265-36 du code de l'action sociale et des familles, n'a ni pour objet ni pour effet de placer le bénéficiaire du revenu de solidarité active dans une situation contractuelle vis-à-vis du département qui lui verse ce revenu.

5. En outre, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre une décision de suspension prise au titre de l'article L. 262-37 du même code, laquelle ne présente pas le caractère d'une sanction, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et notamment des pièces justificatives le cas échéant produites en cours d'instance par le requérant. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé pour la période courant à compter de la date de suspension des droits et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

6. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que la décision contestée ne serait pas suffisamment motivée et serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission de recours amiable, qui sont relatifs aux vices propres dont serait entachée la décision contestée prise sur le fondement de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, doivent être écartés comme inopérants.

7. Il résulte de l'instruction que la décision contestée du 8 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a réduit de 80 % le montant des droits de M. A au revenu de solidarité active pour un mois à compter du 1er septembre 2020 a été prise au motif que l'intéressé n'avait pas respecté les termes de son contrat d'engagements réciproques dès lors qu'il ne s'est pas présenté à un rendez-vous avec le service chargé de son accompagnement le 10 mars 2020 et que son refus de présenter les justificatifs relatifs à l'exercice de son activité, parmi lesquels le relevés de comptes, les devis clients, le site internet, les déclarations de revenus des deux dernières années relatives à la société, les déclaration trimestrielles du 1er trimestre 2020, n'a pas permis d'établir un bilan précis permettant de déterminer si l'activité peut être dite viable. Il résulte des termes mêmes du " contrat d'engagements réciproques-professionnel " du 27 novembre 2019 que M. A s'est d'une part engagé à respecter les rendez-vous fixés par son référent et à fournir les documents demandés pour réaliser le diagnostic de son activité et d'autre part, a été informé qu'en cas de non-respect de ses engagements le versement du revenu de solidarité active pourrait être suspendu. S'il soutient qu'il n'a pas signé ce contrat, et ne s'est jamais engagé à créer un site internet, il résulte du contenu même du contrat, produit par les parties, que M. A en a bien signé la deuxième page laquelle fait état de l'engagement du référent professionnel à accompagner M. A et mentionne notamment que ce dernier adhère, par sa signature, pour une durée de trois mois, aux actions proposées et s'engage à tenir informé son référent de tout changement dans sa situation, familiale et professionnelle. Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoyant qu'un contrat conclu en application des articles L. 262-35 et L. 265-36 du code de l'action sociale et des familles soit paraphé à toutes ses pages, la circonstance que la première page du contrat ne soit pas paraphée est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. De plus, si le contrat d'engagement ne mentionne pas la création d'un site internet, il ressort de ses termes que M. A devait respecter les rendez-vous fixer avec son référent et fournir les documents demandés pour réaliser le diagnostic de son activité. Or, d'une part, si M. A fait valoir qu'il a envoyé les documents demandés, il n'apporte pas d'élément permettant d'en justifier alors qu'il résulte de l'instruction, et notamment du diagnostic de l'activité indépendante de M. A, qu'il, a dès le premier rendez-vous du 27 novembre 2019 été invité à produire des documents complémentaires sur son activité tandis qu'au cours du 2e rendez-vous du 6 janvier 2020, il a indiqué que le dossier et les documents demandés seront fournis pour le 3e rendez-vous, au cours duquel il a finalement indiqué qu'il rencontre des difficultés pour le lancement de son activité. En outre, M. A ne conteste pas ne pas s'être présenté à son 4eme rendez-vous du 10 mars 2020. Enfin, s'il se prévaut de son état de santé pour justifier l'absence de respect de son contrat d'engagement, il ne résulte pas de l'instruction que son état de santé, durant la période d'exécution de trois mois de son contrat d'engagement, ne lui aurait pas permis de respecter son contrat d'engagement, dès lors que les interventions chirurgicales dont il fournit la preuve sont toutes postérieures à l'été 2020 et qu'il n'apporte aucune précision sur le syndrome d'apnées du sommeil appareillé très sévère dont il est fait état dans un courrier médical du 4 décembre 2020. Ainsi il n'est pas établi qu'il aurait respecté les engagements pris dans son contrat d'engagements réciproques. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :

7. Il ressort des termes du recours administratif du 12 octobre 2020 que M. A a expressément demandé le retrait de la décision du 10 septembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a réduit de 80 % le montant des droits, sans formuler de demande de remise gracieuse. La décision attaquée ne fait par ailleurs mention d'aucune demande de remise gracieuse. Les conclusions du requérant tendant à une telle remise ne peuvent ainsi qu'être écartées.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Me Desfarges et au département du Pas-de-Calais.

Copie sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. HORNLe greffier,

Signé

A. COUET

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2104186

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