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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104281

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104281

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAARPI PANTONE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2021, M. E C, représenté par Me Thieffry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 avril 2021 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme D A ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de faire droit à sa demande de regroupement familial au profit de son épouse dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant fondé sur les dispositions de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables à sa situation et n'ayant pas examiné sa demande au regard de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur C, ressortissant algérien né le 6 mai 1966, titulaire d'un certificat de résidence de dix ans valable jusqu'au 29 décembre 2027, a, le 10 avril 2020, présenté une demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme D A, épouse C, ressortissante algérienne avec laquelle il s'est marié le 11 juillet 2017. Par une décision du 2 avril 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. () Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. Peut être exclu de regroupement familial : 1 - un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français. () Lorsqu'un ressortissant algérien dont la situation matrimoniale n'est pas conforme à la législation française réside sur le territoire français avec un premier conjoint, le bénéfice du regroupement familial ne peut être accordé, par les autorités françaises, à un autre conjoint. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : () 3° Le demandeur ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".

4. Les stipulations de l'accord franco-algérien régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles relatives à la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints peuvent s'installer en France.

5. La portée des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien est équivalente à celle des dispositions des articles L. 411-1 à L. 411-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'autorisation de regroupement familial et notamment à celles de l'article L. 411-5 de ce code qui énumèrent les motifs de refus d'une demande d'autorisation de regroupement familial susceptibles d'être opposés aux étrangers en général. Dès lors, la disposition du 3° de cet article, selon laquelle le bénéfice du regroupement familial peut être refusé au demandeur ne se conformant pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, n'est pas applicable aux ressortissants algériens. Au demeurant, l'accord franco-algérien ne comporte pas de stipulations semblables susceptibles de fonder un refus d'autorisation de regroupement familial pour un tel motif.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de la décision attaquée et des écritures en défense, que le préfet du Nord a rejeté la demande de regroupement familial de M. C au profit de son épouse au motif que l'intéressé, au regard de la condamnation dont il a fait l'objet le 26 mai 2016 par le tribunal correctionnel de Lille pour des faits de violence sur conjoint ou ex-conjoint, ne respectait pas les principes essentiels régissant la vie familiale en France. En motivant ainsi sa décision après avoir cité les dispositions du 3° de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord a entaché d'une erreur de droit sa décision qui, fondée sur ce seul motif, ne peut qu'être annulée.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

9. Eu égard au moyen d'annulation retenu et seul susceptible de l'être, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Nord ou à tout autre préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par M. C au bénéfice de son épouse, Mme D A, épouse C, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 2 avril 2021 du préfet du Nord est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de regroupement familial présentée par M. C au bénéfice de son épouse, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Nord.

Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Jarrige, président,

- M. Borget, premier conseiller,

- Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

N. B

Le président,

signé

A. JARRIGE

La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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