jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104311 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | INGELAERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2021, M. A B, représenté par la SELARL Ingelaere et Partners Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de débet en date du 24 mars 2021 par lequel le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais l'a constitué débiteur envers la commune de Bois-Bernard à concurrence de la somme de 63 416,74 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté de débet est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012, relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- l'arrêté de débet n'a pas été précédé d'une procédure amiable, en méconnaissance de l'article 7 du décret n° 2008-227 du 5 mars 2008, abrogeant et remplaçant le décret n° 66-850 du 15 novembre 1966, relatif à la responsabilité personnelle et pécuniaire des régisseurs ;
- le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais n'a pas recueilli l'avis du comptable public assignataire avant de prendre l'arrêté de débet, en méconnaissance de l'article 8 du décret n° 2008-227 du 5 mars 2008, abrogeant et remplaçant le décret n° 66-850 du 15 novembre 1966, relatif à la responsabilité personnelle et pécuniaire des régisseurs ;
- l'arrêté de débet méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du tribunal de grande instance d'Arras en date du 29 juin 2017 et à l'arrêt de la cour d'appel de Douai en date du 7 mai 2018, devenus définitifs, en ce qu'il le constitue débiteur d'un déficit supérieur à la somme de 8 999,20 euros qu'il a été condamné civilement à verser à la commune de Bois-Bernard au titre des dommages et intérêts ;
- la commune de Bois-Bernard ne justifie pas de l'existence de détournements supérieurs à la somme de 8 999,20 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, la commune de Bois-Bernard, représentée par la SCP Gros, Hicter et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 7 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi du 23 février 1963 modifiée portant loi de finances pour 1963 ;
- le décret n° 2008-227 du 5 mars 2008 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lemaire,
- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,
- et les observations de Me Robillard, représentant la SCP Gros, Hicter et associés, avocat de la commune de Bois-Bernard.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 25 mars 2002, le maire de la commune de Bois-Bernard a nommé M. B régisseur de recettes de la régie créée pour l'encaissement des participations à des activités communales. Un rapport d'audit de cette régie réalisé par la mission départementale " risques et audit " de la direction départementale des finances publiques du Pas-de-Calais ayant établi l'existence d'un déficit de caisse d'un montant de 63 416,74 euros, le maire de la commune de Bois-Bernard a engagé la responsabilité pécuniaire de M. B dans cette mesure par l'émission, le 2 octobre 2014, d'un premier ordre de versement. Cet ordre de versement ayant été annulé par un jugement du tribunal administratif de Lille en date du 29 juin 2017, le maire de la commune de Bois-Bernard a émis un second ordre de versement le 24 novembre 2017. La requête de M. B tendant à l'annulation de ce second ordre de versement ayant été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Lille en date du 17 décembre 2020 et la somme réclamée n'ayant pas été acquittée, le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais a émis un arrêté de débet en date du 24 mars 2021 à l'encontre de M. B. Par ailleurs, par un jugement du tribunal de grande instance d'Arras en date du 29 juin 2017, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Douai en date du 7 mai 2018, M. B a été condamné pénalement pour des faits de soustraction, détournement ou destruction de biens d'un dépôt public par le dépositaire ou l'un de ses subordonnés, commis alors qu'il était en charge de la régie de la commune de Bois-Bernard, et il a été condamné civilement à verser à la commune de Bois-Bernard la somme de 8 999,20 euros à titre de dommages et intérêts. M. B, qui demande l'annulation de l'arrêté de débet en date du 24 mars 2021, doit ainsi être regardé comme demandant la décharge de la somme de 63 416,74 euros mise à sa charge.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
2. Aux termes de l'article 60 de la loi du 23 février 1963 modifiée portant loi de finances pour 1963, dans sa rédaction applicable au litige : " I. () La responsabilité personnelle et pécuniaire prévue ci-dessus se trouve engagée dès lors qu'un déficit ou un manquant en monnaie ou en valeurs a été constaté () / X - Les régisseurs, chargés pour le compte des comptables publics d'opérations d'encaissement et de paiement, sont soumis aux règles, obligations et responsabilité des comptables publics dans les conditions et limites fixées par l'un des décrets prévus au paragraphe XII ci-après. () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 5 mars 2008, relatif à la responsabilité personnelle et pécuniaire des régisseurs, alors en vigueur : " La responsabilité d'un régisseur se trouve engagée dès lors qu'un déficit en monnaie ou en valeurs a été constaté () ". Aux termes de l'article R. 167-4 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " La responsabilité personnelle et pécuniaire du régisseur s'étend à toutes les opérations de la régie depuis la date de son installation jusqu'à la date de cessation de ses fonctions ". Aux termes de l'article 7 du décret du 5 mars 2008 relatif à la responsabilité personnelle et pécuniaire des régisseurs : " La responsabilité pécuniaire du régisseur est mise en jeu au cours d'une procédure amiable par l'émission d'un ordre de versement ". Aux termes de l'article 8 de ce décret " L'ordre de versement est émis, après avis du comptable public assignataire, par l'ordonnateur de l'organisme public auprès duquel le régisseur est placé ". Aux termes de l'article 11 du même décret : " Si le régisseur n'a pas acquitté la somme réclamée et s'il n'a pas sollicité ou n'a pas obtenu le sursis ou si le sursis est venu à expiration, un arrêté de débet est immédiatement pris à son encontre en remplacement de l'ordre de versement () ". Enfin, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012, relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ".
3. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012, relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, que l'administration qui met en recouvrement un état exécutoire doit indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.
4. Il résulte de l'instruction que l'arrêté de débet contesté se réfère expressément à l'ordre de versement émis le 24 novembre 2017, auquel était joint le rapport d'audit de la régie de la commune de Bois-Bernard réalisé par la mission départementale " risques et audit " de la direction départementale des finances publiques du Pas-de-Calais qui, ainsi que l'a jugé le tribunal administratif de Lille par le jugement en date du 17 décembre 2020, détaillait avec précision les bases de la liquidation de la dette, et dont le requérant ne conteste pas avoir eu connaissance. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté de débet contesté n'était pas suffisamment motivé au regard des dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées du décret du 5 mars 2008, et notamment de celles des articles 7 et 11, que l'ordre de versement initie une phase amiable, à laquelle l'arrêté de débet, acte exécutoire, vient mettre un terme.
6. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Bois-Bernard a émis un ordre de versement le 24 novembre 2017. En outre, M. B n'allègue pas avoir sollicité le sursis du versement de cette somme et, s'il a formé un recours contentieux à l'encontre de cet ordre de versement devant le tribunal administratif de Lille, celui-ci a été rejeté par un jugement en date du 17 décembre 2020, devenu définitif. Ainsi, M. B n'ayant pas acquitté la somme réclamée malgré le rejet de son recours contentieux, le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais pouvait légalement émettre un arrêté de débet à son encontre. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la procédure amiable prévue par les dispositions citées au point 2 n'a pas été mise en œuvre préalablement à l'édiction de l'arrêté de débet contesté.
7. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article 11 du décret du 5 mars 2008 que l'arrêté de débet est pris en remplacement de l'ordre de versement. Si les dispositions de l'article 8 de ce décret prévoient que l'ordre de versement est émis après avis du comptable public assignataire, aucune disposition ne prévoit l'accomplissement d'une telle obligation préalablement à l'édiction d'un arrêté de débet. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis du comptable public assignataire n'a pas été recueilli préalablement à l'édiction de l'arrêté de débet contesté ne peut être qu'écarté.
8. En dernier lieu, il appartient au juge, saisi d'une demande dirigée contre un arrêté de débet, de vérifier que, à la date à laquelle il statue, la créance a un caractère exigible, certain et liquide. Il résulte également des dispositions citées au point 2 qu'en vertu d'un régime de responsabilité objective spécifique, l'autorité administrative est en droit de mettre en débet le régisseur de recettes depuis la date de son installation jusqu'à la date de cessation des fonctions, dès lors qu'un déficit en monnaie ou en valeurs a été constaté.
9. M. B fait valoir que si, par un jugement du tribunal de grande instance d'Arras en date du 29 juin 2017, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Douai en date du 7 mai 2018, il a été condamné pénalement pour des faits de soustraction, détournement ou destruction de biens d'un dépôt public par le dépositaire ou l'un de ses subordonnés, commis en sa qualité de régisseur de recettes, il n'a été condamné civilement qu'à verser à la commune de Bois-Bernard la somme de 8 999,20 euros à titre de dommages et intérêts. Ainsi, il soutient que le surplus du déficit retenu à son encontre n'est pas établi. Toutefois, la constatation d'un déficit et la responsabilité objective du régisseur qui en résulte sont indépendantes de la qualification éventuelle des agissements de cet agent par le juge pénal. Dès lors, la circonstance que M. B ait été condamné, pour les faits mentionnés précédemment, à verser à la commune de Bois-Bernard des dommages et intérêts d'un montant ne correspondant qu'à une faible part du déficit constaté est par elle-même sans incidence sur la légalité de l'arrêté de débet litigieux. En outre, M. B ne conteste pas sérieusement qu'un déficit de caisse de 63 416,74 euros a été constaté par un rapport d'audit de la régie de la commune de Bois-Bernard réalisé par la mission départementale " risques et audit " de la direction départementale des finances publiques du Pas-de-Calais. Néanmoins, il résulte de la lecture même du jugement du tribunal de grande instance d'Arras en date du 29 juin 2017 et de l'arrêt de la cour d'appel de Douai en date du 7 mai 2018 que le montant auquel M. B a été condamné civilement à verser à la commune de Bois-Bernard correspond à celui des soixante-dix chèques non encaissables retrouvés dans les locaux de la régie, pour 8 999,20 euros, et qui est la cause directe, à due concurrence, du déficit constaté à l'origine de l'arrêté de débet émis contre M. B. Ainsi, cette somme de 8 999,20 euros représente une partie du déficit constaté. Par suite, la commune de Bois-Bernard ayant choisi d'exercer une action indemnitaire en se constituant partie civile, et ayant obtenu gain de cause à concurrence de 8 999,20 euros, l'arrêté de débet ne pouvait légalement être pris que pour mettre à la charge de M. B le paiement du déficit restant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 8 999,20 euros et que le surplus de ses conclusions à fins d'annulation et de décharge doit être rejeté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que M. B demande au titre des frais qu'il a exposés. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant le versement à la commune de Bois-Bernard de la somme qu'elle demande au titre de cet article.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme de 8 999,20 euros mise à sa charge par l'arrêté de débet du 24 mars 2021.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Bois-Bernard au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais et à la commune de Bois-Bernard.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- M. Babski, premier conseiller,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
L'assesseur le plus ancien,
Signé
D. BABSKILe président-rapporteur,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
P. CARPENTIER
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026