mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP BIGNON LEBRAY & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 juin 2021, 4 février 2022 et 30 mars 2022, M. D A, représenté par Me Thomas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2020 par lequel le maire de la commune d'Herverlinghen a délivré à M. et Mme Van den Broeck un permis de construire pour l'édification d'une habitation sur un terrain situé 832 rue Principale, sur le territoire communal ;
2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable et il justifie d'un intérêt à agir ;
- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) dans sa version approuvée le 4 décembre 2019 ;
- il méconnait les dispositions du 10° de l'article UCd 10 du règlement du PLUi ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 janvier et 10 février 2022, la commune d'Hervelinghen, représentée par Me Deldique conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que soit prononcé un sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence de production du titre de propriété ;
- le requérant ne justifie pas son intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoire en défenses, enregistrés les 8 février et 14 mars 2022, M.et Mme B et C Van den Broeck, représentés par Me Vamour, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que soit prononcé un sursis à statuer sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 5 000 euros au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence de titre de propriété produit à l'appui de la requête ;
- M. A ne justifie pas son intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leguin,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- et les observations de Me Deldique, représentant la commune d'Hervelinghen.
Une note en délibéré, présentée pour la commune d'Hervelinghen, a été enregistrée le 17 avril 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme Van den Broeck ont sollicité, le 21 octobre 2020, la délivrance d'un permis de construire pour l'édification d'une maison individuelle sur un terrain situé 832 rue Principale, sur le territoire de la commune d'Hervelinghen. L'autorisation d'urbanisme sollicitée a été accordée par arrêté du maire de la commune du 22 décembre 2020. Par la présente requête, M. A, voisin, demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la recevabilité de la requête :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant () ". Contrairement à ce qui est soutenu, M. A a produit, à l'appui de sa requête, les pièces démontrant sa qualité de propriétaire de son bien.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
5. M. A est voisin immédiat du terrain d'assiette du projet et exploitant agricole. Il établit avoir un projet de développement, sur sa propriété, d'un élevage de bovins, lequel sera nécessairement impacté par la proximité d'une habitation eu égard aux règles de distances réciproques fixées par le code rural et de la pêche maritime.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, l'article A1 du règlement du PLUi dispose que sont interdites en zone agricole toutes occupation et utilisation du sol hormis celles à destination d'activités agricoles ainsi que celles prévues par l'article A2.
8. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui est soutenu, la construction autorisée prend place exclusivement en zone urbaine U, de sorte que les restrictions posées par le PLUi s'agissant des constructions autorisées en zone agricole ne lui sont pas applicables. En revanche, il est constant que le filtre compact destiné à recevoir les eaux usées et les eaux vannes de l'habitation sera enterré sur la parcelle A433 située en zone agricole. Si les pétitionnaires font valoir que cette installation correspond à une occupation permise par l'article A2 du règlement du PLUi dès lors qu'elle est nécessaire à un service d'intérêt collectif, ils ne peuvent utilement se prévaloir de cette exception compte tenu de la circonstance que le dispositif en litige répond aux seuls besoins individuels de la propriété de M. et Mme Van den Broeck. Par suite, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions applicables à la zone A seulement en tant que cela concerne le dispositif d'assainissement individuel autorisé.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article UCd10 " Aspect extérieur des constructions et aménagements de leurs abords " du règlement du PLUi : " 3. Ne sont pas soumises aux dispositions suivantes () les projets d'architecture contemporaine, sous réserve, pour ces derniers, que le projet envisagé, dans son ensemble, s'intègre harmonieusement dans l'environnement urbain et naturel du site. () 10. La toiture des constructions principales devra être composée de deux ou quatre pans, selon un angle compris entre 35° et 55° () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que la construction autorisée présente une forme cubique résolument contemporaine, de sorte que les dispositions précitées relatives à la forme de la toiture ne lui sont pas applicables. Par ailleurs, cette construction, située en deuxième rideau, n'est pas visible depuis l'espace public et il n'apparait pas qu'eu égard à ses volumes, sa hauteur et les couleurs employées, elle ne s'intègrerait pas dans l'environnement naturel du site dans lequel elle prend place. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UCd10 du règlement du PLU i doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime, dans sa version applicable : " Lorsque des dispositions législatives ou réglementaires soumettent à des conditions de distance l'implantation ou l'extension de bâtiments agricoles vis-à-vis des habitations et immeubles habituellement occupés par des tiers, la même exigence d'éloignement doit être imposée à ces derniers à toute nouvelle construction et à tout changement de destination précités à usage non agricole nécessitant un permis de construire, à l'exception des extensions de constructions existantes () ".
12. D'une part, M. A, qui soutient que la construction en litige aurait été autorisée en méconnaissance des règles de distance applicables à l'égard du bâtiment agricole lui appartenant édifié sur la parcelle A109, n'apporte toutefois aucune précision sur la destination de ce bâtiment ni sur les règles de distance qui s'appliqueraient le cas échéant. D'autre part, si le requérant se prévaut également de ce qu'il aurait un projet de construction d'un bâtiment d'élevage à proximité immédiate, il est constant qu'il ne détient aucune autorisation de construire pour ce bâtiment et que ce dernier n'était pas édifié à la date de l'arrêté litigieux, de sorte que ce bâtiment n'a pas à être pris en compte au titre de l'article L. 111-3 précité du code rural et de la pêche maritime.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2020 en tant qu'il prévoit l'installation du dispositif individuel d'assainissement en zone agricole.
Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
14. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. " et aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
15. En l'espèce, eu égard à la faible portée du vice entachant le permis de construire accordé et à la circonstance que le dispositif individuel d'assainissement a été déplacé en cours d'instance pour être installé en zone urbaine du PLUi, ce qui le rend aisément régularisable par la délivrance d'une autorisation modificative, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de sursis à statuer présentée en défense et il y a lieu de prononcer l'annulation partielle de l'arrêté du 22 décembre 2020.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des demandes présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du 22 décembre 2020 du maire d'Hervelinghen est annulé en tant qu'il autorise l'installation d'un dispositif individuel d'assainissement sur la parcelle cadastrée A433.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la commune d'Hervelinghen, à M. B Van den Broeck et à Mme C Van den Broeck.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Piou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La présidente - rapporteure,
signé
A-M. LEGUIN
Le magistrat (plus ancien
dans l'ordre du tableau)
signé
J. BORGET La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026