jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104552 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 juin 2021, 9 septembre 2022 et 7 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Sartiaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 23 mars 2021 par laquelle la directrice des ressources humaines et du dialogue social de l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise lui a suspendu le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 3 août 2020 ;
2°) d'enjoindre à l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise de procéder au paiement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en date du 16 avril 2021 n'est pas confirmative de celle du 24 juillet 2020 ; sa requête a été présentée dans le délai de recours et n'est pas tardive ;
- les deux postes qui lui ont été proposés ne correspondent pas à des offres raisonnables d'emploi au sens des dispositions de l'article L. 5411-6-2 du code du travail ;
- le refus de renouvellement de son contrat était fondé sur un motif légitime, étant donné que le lieu d'exercice des postes qui lui ont été proposés était éloigné de plus de trente kilomètres de son domicile.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 septembre 2022, 15 septembre 2022 et 10 octobre 2022, l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. A le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
- la requête, qui est dirigée contre la décision en date du 23 mars 2021, confirmative de celle du 24 juillet 2020, est tardive et, par suite, irrecevable ;
- la décision attaquée peut aussi être fondée sur un autre motif, tiré du 2° de l'article L. 5412-1 du code du travail, M. A ayant manqué à son obligation d'accomplir des actes positifs et répétés de recherche d'emploi ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative :
- le rapport de Mme Jaur,
- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté par l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise en qualité d'agent contractuel pour exercer des fonctions d'infirmier à compter du 30 janvier 2018. Son contrat à durée déterminée a été renouvelé par avenant jusqu'au 21 mai 2018 et a été suivi d'un second contrat à durée déterminée pour la période du 22 mai 2018 au 22 août 2018, renouvelé à plusieurs reprises. M. A a démissionné de ses fonctions le 3 juin 2019. Il a ensuite été recruté par le centre hospitalier de Calais, puis par la société Clinique des Oyats. Le dernier de ses contrats à durée déterminée est arrivé à terme le 30 juin 2020, sans donner lieu à renouvellement. Par un courrier du 7 juillet 2020, M. A a transmis son dossier de demande d'allocation d'aide au retour à l'emploi à l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise. Par un courrier du 16 juillet 2020, l'établissement lui a proposé deux postes disponibles et, par un courrier du 24 juillet 2020, il lui a indiqué qu'il bénéficiait des droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 10 juillet 2020, mais qu'il ne pourrait plus y prétendre à compter du 3 août 2020 s'il refusait les postes proposés. M. A ayant refusé les postes proposés, la directrice des ressources humaines et du dialogue social de l'établissement a, par une décision en date du 23 mars 2021, supprimé le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 3 août 2020. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ".
3. Il résulte de l'instruction qu'ainsi qu'il a été dit au point 1, par le courrier du 24 juillet 2020, qui, en tout état de cause, ne mentionne pas les voies et délais de recours, la directrice des ressources humaines et du dialogue social de l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise s'est bornée à informer M. A qu'il ne bénéficierait plus de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 3 août 2020 s'il persistait à refuser les deux postes proposés. Dans ces conditions, l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise ne saurait sérieusement soutenir que la décision en date 23 mars 2021 par laquelle cette autorité a supprimé le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 3 août 2020 est purement confirmative d'une décision du 24 juillet 2020. En outre, il résulte de l'instruction que la décision du 23 mars 2021, qui ne mentionne pas les voies et délais de recours, a été notifiée à l'intéressé le 16 avril 2021, moins de deux mois avant l'introduction de la requête. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise et tirées du caractère confirmatif de la décision du 23 mars 2021 et de la tardiveté de la requête ne peuvent qu'être écartées.
Sur le bien-fondé de la décision supprimant le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi :
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer. Il en va notamment ainsi en ce qui concerne les agents publics privés d'emploi.
5. Aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / () / 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat et ceux mentionnés au 4° ainsi que les agents non statutaires des groupements d'intérêt public ; / () ". Aux termes de l'article L. 5424-2 de ce code : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance. / () ". Aux termes de l'article L. 5412-1 dudit code : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui : / 1° Soit ne peut justifier de l'accomplissement d'actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise ; / 2° Soit, sans motif légitime, refuse à deux reprises une offre raisonnable d'emploi mentionnée à l'article L. 5411-6-2 ; / () ". Aux termes de l'article L. 5411-6-2 du même code, alors en vigueur : " La nature et les caractéristiques de l'emploi ou des emplois recherchés, la zone géographique privilégiée et le salaire attendu, tels que mentionnés dans le projet personnalisé d'accès à l'emploi, sont constitutifs de l'offre raisonnable d'emploi ". Enfin, aux termes de l'article L. 5426-2 du code du travail : " Le revenu de remplacement est supprimé par Pôle emploi dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 5412-1 () ".
6. Il résulte de l'instruction que deux postes ont été proposés par l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise à M. A, qui se trouvaient à plus de trente kilomètres de son domicile, alors que son projet personnalisé d'accès à l'emploi prévoyait une distance maximale de trente kilomètres du domicile pour un trajet aller. Par suite, ces offres ne pouvaient être regardées comme des offres raisonnables d'emploi au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 5412-1 du code du travail. Les circonstances, dont l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise se prévaut, tirées de ce qu'il ne disposait pas du projet personnalisé d'accès à l'emploi, élaboré et actualisé conjointement par le demandeur d'emploi et Pôle emploi, conformément à l'article L. 5411-6-2 du code du travail, que le projet de formation n'était pas inscrit dans ce projet personnalisé d'accès à l'emploi alors qu'il a été validé dans ce cadre par Pôle emploi, que ce projet personnalisé d'accès à l'emploi ne serait lui-même " pas raisonnable " et que M. A a finalement accepté en avril 2021 un emploi situé à quatre-vingt-quatre kilomètres de son domicile sont par elles-mêmes sans incidence. Dans ces conditions, en refusant ces deux postes, M. A ne peut être regardé comme ayant refusé, sans motif légitime, une offre raisonnable d'emploi, au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 5412-1 du code du travail.
7. En défense, l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise fait valoir que M. A a manqué à son obligation d'accomplir des actes positifs et répétés de recherche d'emploi, au sens des dispositions précitées du 1° de l'article L. 5412-1 du code du travail. Il résulte toutefois de l'instruction que M. A a suivi, à compter du 14 septembre 2020, une formation en licence " Sciences sanitaires et sociales - parcours santé travail " à l'Institut de santé au travail du nord de la France, validée par Pôle emploi le 7 juillet 2020 dans le cadre du projet personnalisé d'accès à l'emploi, M. A ayant obtenu le diplôme à l'issue de l'année universitaire.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A, qui avait droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 3 août 2020, est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 23 mars 2021 par laquelle la directrice des ressources humaines et du dialogue social de l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise lui en a supprimé le bénéfice à compter du 3 août 2020. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant exact des droits de M. A à compter de cette date, il y a lieu de le renvoyer devant l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise pour que soit calculée et versée, dans un délai d'un mois, l'allocation d'aide au retour à l'emploi qui lui est due.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise de la somme qu'il demande au titre des frais qu'il a exposés.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision en date du 23 mars 2021 par laquelle la directrice des ressources humaines et du dialogue social de l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise a supprimé le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi de M. A à compter du 3 août 2020 est annulée.
Article 2 : M. A est renvoyé devant l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise pour qu'il soit procédé, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, au calcul et au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi due à compter du 3 août 2020.
Article 3 : L'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La rapporteure,
signé
A. JAURLe président,
signé
O. LEMAIRE
La greffière,
signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026