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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104679

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104679

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BIGNON LEBRAY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 juin, 1er novembre et 24 décembre 2021, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2020 par lequel le maire de Condette a délivré un permis d'aménager à M. D en vue du détachement de trois lots à bâtir et d'un lot bâti sur un terrain situé Résidence de la Mairie sur le territoire communal ;

2°) d'annuler l'arrêté du maire de Condette du 8 février 2021 portant modification du règlement du lotissement autorisé par arrêté préfectoral du 22 juin 1971 pour le " lotissement de la Mairie ".

Il soutient que :

- il a un intérêt à agir en qualité de voisin direct, le projet de lotissement ayant un impact sur ses conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien ;

- la requête n'est pas tardive ;

En ce qui concerne l'arrêté du 4 mai 2020 portant permis d'aménager :

- cet arrêté étant devenu caduc en raison de l'adoption de l'arrêté du 8 février 2021, un nouvel arrêté aurait dû intervenir pour autoriser à nouveau ce projet et faire l'objet d'un nouvel affichage, conformément au principe du parallélisme des formes et des procédures ;

- il méconnaît les dispositions de la fiche 21 du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) relative à la taille des parcelles ;

- il méconnaît les recommandations de la fiche 22 du règlement de l'AVAP, qui n'ont au demeurant pas été rappelées dans l'arrêté, s'agissant de l'implantation groupée ou mitoyenne des constructions ;

- il méconnaît les dispositions de la fiche 22 du règlement de l'AVAP tenant à l'interdiction de déboiser la parcelle ;

En ce qui concerne l'arrêté du 8 février 2021 portant modification du règlement du lotissement :

- il est entaché d'un vice de forme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 septembre et 6 décembre 2021, la commune de Condette, représentée par Me Capitani, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de contestation de la décision portant rejet du recours gracieux présenté par le requérant ;

- la requête est irrecevable en l'absence de grief de fond formulé contre l'arrêté du 8 février 2021 ;

- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2020 sont tardives ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de la fiche 21 du règlement de l'AVAP, relative notamment à la taille et la forme des parcelles, est inopérant et, en tout état de cause, infondé ;

- les autres moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 septembre et 25 novembre 2021, M. B D, représenté par Me Vamour, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 mai 2020 sont tardives ;

- la requête est irrecevable en l'absence de conclusions et de moyens dirigées contre l'arrêté du 8 février 2021, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant contre l'arrêté du 8 février 2021 ;

- la requête est irrecevable pour ne pas respecter l'obligation prévue par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la procédure de modification du règlement du lotissement, prévue à l'article L. 442-10 du code de l'urbanisme, est sans incidence sur la légalité du permis d'aménager en litige ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de la fiche 21 du règlement de l'AVAP, relative notamment à la taille et la forme des parcelles est inopérant et, en tout état de cause, infondé ;

- les autres moyens soulevés dans la requête sont infondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 8 février 2022 par une ordonnance du 6 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- et les observations de Me Capitani, représentant la commune de Condette, et celles de Me Sule, substituant Me Vamour, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 mai 2020, le maire de Condette a délivré à M. D un permis d'aménager en vue du détachement de trois lots à bâtir et d'un lot bâti sur un terrain situé Résidence de la Mairie sur le territoire communal. Par un arrêté du 8 février 2021, le maire de Condette a décidé de la modification du règlement du " lotissement de la Mairie " autorisé par un arrêté préfectoral du 22 juin 1971, dans le périmètre duquel se situe la parcelle allotie. Par un courrier du 1er mars 2021, M. A a contesté ces deux arrêtés. Son recours gracieux ayant été rejeté par décision du 15 avril 2021, il sollicite de ce tribunal l'annulation des deux arrêtés précités.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 mai 2020 portant permis d'aménager :

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R. 424-15 de ce code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. Cet affichage n'est pas obligatoire pour les déclarations préalables portant sur une coupe ou un abattage d'arbres situés en dehors des secteurs urbanisés. / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable / () ". Et, aux termes de l'article R. 600-1 du même code : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours / () ".

3. L'article R. 424-15 du code de l'urbanisme indique notamment que doit être affichée sur le terrain l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis. Cette mention, destinée à mieux informer les éventuels requérants de leur obligation de notification et des risques d'irrecevabilité qu'ils encourent à ne pas l'accomplir, n'est pas au nombre des éléments dont la présence est une condition au déclenchement du délai de recours contentieux. Cette mention concerne en effet une règle de procédure qui doit être accomplie postérieurement à l'introduction du recours. Elle ne peut, par suite, être assimilée aux éléments substantiels portant sur la nature et la consistance de la construction projetée ou sur les voies et délais de recours, dont la connaissance est indispensable pour permettre aux tiers de préserver leurs droits et d'arrêter leur décision de former ou non un recours contre l'autorisation de construire. L'absence, sur l'affichage, de la mention de cette condition de recevabilité fait en revanche obstacle à ce que soit opposée à l'auteur du recours l'irrecevabilité prévue par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Par suite, l'absence de mention dans l'affichage de l'obligation de notification du recours a pour seul effet de rendre inopposable l'irrecevabilité prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, mais n'empêche pas le déclenchement du délai de recours contentieux mentionné à l'article R. 600-2 du même code.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté portant permis d'aménager a fait l'objet d'un affichage continu sur le terrain du 23 juillet au 29 septembre 2020. Le délai de recours de deux mois contre cet arrêté a commencé à courir le 23 juillet 2020. Il était par suite échu lorsque M. A a introduit, le 14 juin 2021, le présent recours. Par ailleurs, l'édiction de l'arrêté du 8 février 2021 par lequel le maire de Condette a modifié le règlement du " lotissement de la Mairie " n'a pu avoir pour effet de rouvrir ce délai de recours contentieux. Par suite, les défendeurs sont fondés à soutenir que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2020 par lequel le maire de Condette a délivré un permis d'aménager à M. D sont tardives et, par suite, irrecevables.

5. En deuxième lieu, M. A ne produit pas, en réponse à la fin de non-recevoir tirée de l'absence de respect des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, la preuve de la notification de la présente requête au pétitionnaire du permis d'aménager litigieux alors que cette obligation était dûment mentionnée sur le panneau d'affichage, conformément aux dispositions de l'article R. 424-15 du code précité. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2020 sont, également pour ce motif, irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 février 2021 portant modification du règlement du " lotissement de la Mairie " :

6. Si M. A soutient que cet arrêté est entaché d'un vice de forme, il n'assortit ce moyen d'aucune précision de nature à permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. Compte tenu de ce qui précède et en l'absence d'autre moyen invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre cet arrêté, celles-ci doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme de 800 euros à verser, d'une part, à la commune de Condette et d'autre part, à M. D, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Condette et à M. D une somme de 800 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la commune de Condette et à M. B D.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. PIOU

La présidente,

Signé

A-M. LEGUINLa greffière,

Signé

C. CALIN

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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