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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104926

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104926

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2021, M. et Mme D E, représentés par Me Danset-Vergoten, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 21 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille leur a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et ce à titre rétroactif dans les dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de leur situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure au 1er janvier 2019 leur sont applicables pour avoir accepté les conditions matérielles d'accueil le 7 février 2018 ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- il n'est pas démontré qu'ils ont été préalablement informés lors de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil des conséquences de cette acceptation et de la possibilité que ces dernières soient retirées ou suspendues et ce, en méconnaissance des articles L. 744-7 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car ils n'ont pas été en mesure de faire valoir leurs observations ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à défaut d'évaluation de leur vulnérabilité ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à défaut d'examen des documents à caractère médical et d'avis par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conformément aux dispositions de l'article L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des articles L. 744-6 et L 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 744-3 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation en ce qu'il n'a pas été tenu compte de leur vulnérabilité et de l'état de santé de leur fils ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de leur situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision peut être fondée sur les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, telles qu'éclairées par la décision du Conseil d'État nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019 ;

- les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés ;

- les requérants ne sont plus demandeurs d'asile depuis une décision de la cour nationale du droit d'asile en date du 24 août 2021.

Par une ordonnance en date du 28 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 avril 2023.

M. et Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 3 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Courtois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme E, ressortissants bangladais, ont demandé l'asile en France le 7 février 2018. Ils ont accepté le 9 septembre 2020 l'offre d'hébergement au centre d'accueil de demandeurs d'asile de Bailleul. Leur date d'accueil a été fixée au 14 décembre 2020, puis au 22 décembre 2020. Toutefois, ils ne s'y sont pas présentés. Ils demandent au tribunal d'annuler la décision en date du 21 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille a suspendu les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

2. En premier lieu, par une décision en date du 1er septembre 2020, régulièrement publiée sur le site internet de l'office français de l'immigration et de l'intégration, le directeur général de cet office a donné délégation à M. B C, directeur territorial à Lille, à l'effet de signer la décision en litige, laquelle relève des missions dévolues à cette direction. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ". Aux termes de l'article L. 744-7 de ce code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, (), est subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé, déterminé en tenant compte de ses besoins, de sa situation au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6 et des capacités d'hébergement disponibles. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, des conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de l'article D. 744-9 dudit code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 744-1 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser, retirer ou suspendre le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile dans les conditions prévues par la présente sous-section ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme E ont déposé une demande d'asile le 7 février 2018 et qu'une offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil leur a été soumise le même jour. Celle-ci comprenait une mention " si vous acceptez cette offre, vous vous engagez à : / - accepter tout hébergement proposé ". Les époux E ont signé cette offre, en cochant la case " je certifie avoir été informé dans une langue que je comprends des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil ". Cette offre de prise en charge a été réitérée le 28 septembre 2020 et les requérants l'ont acceptée dans les mêmes termes. Au surplus, ils ont signé le 9 décembre 2020 la notification à se présenter à un hébergement pour demandeur d'asile, laquelle mentionnait que la non-présentation au centre d'hébergement dans un délai de cinq jours serait considérée comme un refus de la proposition d'hébergement pouvant entraîner la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, M. et Mme E ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'ont pas été informés des conséquences de leur acceptation et de la possibilité que ces conditions soient retirées et que la décision attaquée a ainsi méconnu les dispositions précitées des articles L. 744-7 et R. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée mentionne, d'une part, les dispositions des articles L. 744-8, R. 744-9, D. 744-35 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile non modifiés par la loi n°2008-778 du 10 septembre 2018, ainsi que la décision du Conseil d'Etat du 17 avril 2019, n° 428314, et, d'autre part, les circonstances de fait, ainsi que l'évaluation de leur situation personnelle et familiale qui n'a pas fait apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du même code. Dans ces conditions, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " () La décision [de suspension] est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme E ont reçu par lettre recommandée du 28 décembre 2021, dont ils ont accusé réception le 4 janvier 2022, une notification d'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil par laquelle ils ont été informés qu'ils disposaient d'un délai de quinze jours pour faire parvenir leurs observations écrites. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile (), il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ".

10. M. et Mme E, soutiennent qu'il appartenait à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à un nouvel entretien d'évaluation de vulnérabilité avant de suspendre leurs conditions matérielles d'accueil. Toutefois, ils ne contestent pas avoir bénéficié d'un entretien individuel au cours duquel leur vulnérabilité a été examinée, lors de l'enregistrement de leur première demande d'asile le 7 février 2018, puis lors de l'enregistrement d'une nouvelle demande d'asile le 27 aout 2020. Or, les dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas pour objet d'imposer un nouvel entretien. Au surplus, les intéressés, qui pouvaient formuler des observations écrites, n'allèguent aucun élément de vulnérabilité qui, à la date de la décision attaquée, aurait été porté à la connaissance de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et méconnu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " () / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

12. M. et Mme E soutiennent que les éléments médicaux de leur fils n'ont pas été examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qu'aucun avis concernant la situation médicale de leur famille n'a été émis par un médecin. Toutefois, ils n'établissent pas qu'ils auraient transmis, préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil, des éléments médicaux concernant leur fils ou eux-mêmes. Ils n'allèguent d'ailleurs aucun problème de santé les concernant. Au surplus, ils ne peuvent se prévaloir de circonstances de fait intervenues postérieurement à la date d'édiction de la décision attaquée. Par suite, M. et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que la décision suspendant les conditions matérielles d'accueil a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

13. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue () ". Aux termes de l'article 21 de cette même directive : " Dans leur droit national transposant la présente directive, les États membres tiennent compte de la situation particulière des personnes vulnérables, () ". Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieurement applicable à la loi du 10 septembre 2018 : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 744-8 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, (). / () Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 744-3 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, de sortie de ce lieu et de changement de lieu sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, () en tenant compte de la situation du demandeur ".

14. Les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE, qui précisent les cas dans lesquels les Etats membres peuvent limiter ou retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ne font pas obstacle à ce que les Etats membres subordonnent, conformément au troisième paragraphe de l'article 7 de la même directive, l'octroi des aides matérielles aux demandeurs d'asile à l'acceptation d'une offre d'hébergement dans un lieu déterminé.

15. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme E, qui n'allèguent pour eux-mêmes aucun élément de vulnérabilité, ont refusé, les 14 décembre 2020 et 22 décembre 2020, de rejoindre le lieu d'hébergement indiqué par l'Office français de l'immigration et de l'intégration situé à Bailleul au motif que leur fils avait subi une intervention chirurgicale le 14 décembre 2020 et que son état de santé physique et psychologique nécessitait un suivi médical de proximité régulier. Ils produisent un bilan post-opératoire en date du 15 décembre 2020, selon lequel leur fils a été hospitalisé jusqu'au 15 décembre 2020 et devait être revu lors d'une consultation de contrôle le 2 janvier 2021, ainsi qu'un certificat médical contre-indiquant la pratique du sport pendant un mois. Ces éléments ne permettent pas d'estimer que leur hébergement à Bailleul aurait fait obstacle à ce que leur fils suive des soins médicaux nécessaires à son état de santé. Par ailleurs, les pièces produites quant à son état de santé psychologique sont postérieures à l'édiction de la décision litigieuse et n'établissent pas que le suivi nécessaire à son état ne pouvait être assuré par l'établissement public de santé mentale de Bailleul. Dans ces conditions, le refus de rejoindre le centre d'accueil des demandeurs d'asile de Bailleul du 22 décembre 2020 ne peut être regardé comme légitime. M. et Mme E se trouvaient, dès lors, dans l'un des cas dans lesquels l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut suspendre les conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile en application des dispositions précitées, sous réserve de la prise en compte de leur état de vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse a méconnu les dispositions des articles L. 744-6 et L 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui transposent les dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE doit être écarté.

16. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, et alors qu'il ressort au surplus des termes même de la décision attaquée que le directeur territorial de Lille de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a proposé une seconde date à M. et Mme E pour rejoindre le centre d'accueil des demandeurs d'asile de Bailleul à la suite de leur premier refus à raison de l'hospitalisation de leur fils, A et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur dans l'appréciation de leur vulnérabilité .

17. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de Lille de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. et Mme E avant de prendre la décision attaquée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision en date du 21 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille leur a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, leurs conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

20. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique, font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas la qualité de partie perdante, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D E, à Me Sophie Danset-Vergoten et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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